Criticus m’a gentiment invité à répondre à une chaîne portant sur l’Europe, dont la question est la suivante :
Quelle Europe voulez-vous en 2020? Quelles doivent être les 4 priorités à mettre en oeuvre dès aujourd’hui pour améliorer l’Europe, la rendre plus démocratique, plus compétitive, plus forte à l’international, plus en avant sur le développement durable, etc
Merci, Criticus. Je suis bien emmerdébarrasé, maintenant. L’Europe, je n’y connais rien. Mais je m’y colle, parce que pour une fois, la chaîne ne consiste pas à donner ses trois positions favorites, ou 5 choses susceptibles de nous gâcher la journée (questions existentielles certes mais un brin nombrilistes…). Comme je n’y connais rien, je vais simplement partager quelques idées qui me paraissent importantes à garder en tête lorsqu’on décide au niveau politique des changements à l’échelle Européenne.
Pour une vraie subsidiarité
J’avais déjà parlé de subsidiarité dans un billet récent. Cette notion exprime l’idée simple selon laquelle les structures, à plus forte raison les super-structures, n’ont de raison d’être que si elles viennent palier à des insuffisances du niveau inférieur. La gestion par la commune de certains problèmes ne se justifie que si les individus ne peuvent pas régler ces problèmes eux-mêmes, la gestion d’un problème par l’Etat ne se justifie que s’il ne peut être traité de manière satisfaisante au niveau régional, etc. L’Europe, selon ce principe de subsidiarité, ne se justifie que pour traiter des problèmes qui ne peuvent être traités au niveau des Etats membres. Ce principe évite donc de superposer des couches les unes aux autres, sans qu’elles soient justifiées. C’est une manière de s’assurer que l’individu reste maître des actions qui le concernent, et libre. Et que l’on ne construit pas une usine à gaz administrative et règlementaire de plus.
Tout cela milite à l’évidence pour une une Europe fédérale, et …
Contre l’harmonisation fiscale
Une Europe fédérale ne se construit donc pas en imposant d’en haut (au niveau européen) des règles communes, mais en apportant des réponses européennes aux problèmes que les Etats ne peuvent résoudre seuls. Il n’y a donc aucune justification à ce que l’harmonisation fiscale fasse partie des attributions de l’Europe.
La concurrence est toujours bonne, elle l’est dans le domaine de la fiscalité comme dans tous les autres domaines. En effet, la concurrence permet d’avoir une diversité d’expériences et on apprend donc des expériences d’autrui. L’harmonisation fiscale nous priverait de ce processus d’apprentissage. De ce point de vue, l’adoption de la flat tax (impôt non progressif) par la Roumanie, la Slovaquie, l’Estonie et d’autres pays d’Europe est un exemple formidable, car ses conséquences économiques positives sont indéniables. Les gouvernements de pays comme la France ou l’Allemagne n’ont malheureusement pas encore été convaincus par ces exemples, mais au lieu d’adopter la même solution, ils craignent la concurrence de ces autres pays et ils réclament l’harmonisation fiscale, précisément pour mettre fin à la concurrence efficace des pays qui ont adopté la flat tax! Il est vital pour l’Europe de lutter vigoureusement contre tout effort d’harmonisation fiscale!
D’une manière générale, je pense que l’Europe doit aider à une libéralisation franche et réelle, c’est-à-dire à supprimer toutes les règlementations constituant des entraves à la liberté des individus. Egalement, et c’est déjà le cas, l’Europe doit contribuer à supprimer tous les monopoles maintenus par la contrainte étatique.
Pour une politique de défense commune
Les points qui me paraissent le plus évidemment ressortir des compétences européennes ainsi définies, sont la défense et son pendant indispensable la diplomatie. Organiser une défense européenne doit être une priorité, ainsi que de faire en sorte que l’Europe parle d’une seule voix sur la scène internationale. Une voix lisible, forte et humaniste. Cela implique à mes yeux de stopper dès à présent toute extension supplémentaire de l’Europe. Tant que cette politique diplomatique, cette ligne de conduite, ne sera pas définie, il est illusoire et dangereux de croire qu’on pourra la mettre en œuvre avec des membres supplémentaires. Il est déjà suffisamment difficile de mettre d’accord 27 pays.
Passage de relais
Et comme tout maillon d’une chaîne est reliés à d’autres maillons, et ce, des deux côtés, je passe le relais – si leur cœur leur en dit – à Koz (parce c’est pour l’Europe qu’il a commencé à bloguer, et parce qu’il m’a pris la tête sur le travail dominical), à Authueil (parce qu’il doit avoir plein d’idées sur la question, contrairement à moi), à Franck Boizard (La Lime) pour fêter son arrivée parmi les LHC, à Vincent Bénard – membre également des LHC – (parce que son prestigieux statut de président de l’Institut Hayek et sa localisation Bruxelloises font penser qu’il apportera un éclairage intéressant sur cette question), et pour terminer à Maître Eolas (parce qu’il faut toujours demander de prolonger la chaîne à au moins une personne qui ne la prolongera pas…).
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9 Comments
Et ben, pour quelqu’un qui n’y connaît rien…
Ca commence à m’agacer d’être aussi souvent d’accord avec toi. Moi aussi je voudrais te poster des commentaires outragés.
Bon allez je vais bosser sur le mien.
@ Lomig : l’Europe que tu proposes – et à laquelle j’agrée – n’est pas fédérale, mais confédérale : le « vrai » principe de subsidiarité impose en effet une certaine liberté pour chaque État-membre de l’Union.
Par ailleurs, tu parles de défense commune : vu les enjeux géopolitiques contemporains, je pense que le principe de subsidiarité fait que la défense ne peut être assurée que par l’OTAN… sous réserve que chaque État-membre de l’Organisation atlantique contribue à la même proportion que les États-Unis…
Le billet de Lomig, très intéressant, correspondrait presque à une définition des ETATS-UNIS d’EUROPE. Malheureusement, je suis maintenant trop agé popur avoir une chance de les voir apparaître…..
jf.
salut à tous ! merci pour vos commentaires !
@ Rubin :
tu as le droit de faire des commentaires outragés ! J’attends avec impatience le tien…
@ Criticus : vous voyez bien que je n’y connais rien. Je ne vais pas faire semblant : je ne sais pas la différence qu’il y a entre fédérale et confédérale. Tu peux m’expliquer ? Sur l’OTAN, entièrement d’accord. Il faut construire cela de manière européenne sans exclure à aucun moment que la force européenne fasse partie de l’OTAN.
@ Jacques : merci pour ton compliment. C’est suffisamment rare pour que je l’apprécie à sa juste valeur ! Oui, intuitivement, ça ressemble un peu à ça dans ma tête. Je crois que les USA ont mieux compris le principe de subsidiarité dans un sens libéral que nous…N’hésites pas à continuer la chaîne si le coeur t’en dit. Le but est d’avoir plein d’avis différents !
à bientôt,
@ Lomig
Mes cours de droit constit’ sont loin, mais entre une fédération et une confédération, la différence tient au sens dans lequel s’applique le principe de subsidiarité : du général vers le particulier pour une fédération, du particulier vers le général pour une confédération. Par ailleurs, sur la défense : voilà, il faudrait que tous les États ocidentaux s’accordent sur une même proportion du PIB à consacrer à la défense, et qu’une subdivision européenne de l’OTAN réunisse les défenses des États européens.
salut, alors, oui, tu as complètement raison. La subsidiarité, prise dans le sens où j’en ai parlé ici, ne peut être respectée que dans une confédération. Tout doit partir de l’individu, et y revenir, selon moi.
merci pour ces précisions, à bientôt !
Je suis assez d’accord avec l’ensemble de tes prises de position.
Au plan international, il faut en effet que l’Europe existe enfin, et ne soit pas que le tigre de papier qu’elle ne parvient même pas à être aujourd’hui. Pour ça, une défense commune intégrée à l’OTAN à la place des 27 défenses nationales, une diplomatie commune et une place de membre permanent au conseil de sécurité de l’ONU à la place de celles des états membres qui y sont actuellement (France et Royaume Uni). Ceci pour les institutions. Pour ce qui est de la politique, une vraie préférence communautaire à la place de la « passoire » que sont actuellemet les frontières de l’Union. Le protectionnisme n’est pas un gros mot, surtout quand il est pratiqué par tout le monde ou presque, sauf nous…
Au plan intérieur (à l’Europe), d’accord pour maintenir la compétition économique entre les états membres, y compris sur le plan fiscal. Mais il faut une réelle gouvernance au niveau européen pour réglementer la saine concurrence et lui garantir des règles de loyauté. La subsidiarité ne signifie pas l’acceptation du strict « chacun pour soi ».
Pour ce qui est de « fédération ou confédération », la différence est assez ténue. D’accord sur ce qui a été dit, sauf qu’il convient impérativement que cette entité européenne soit une entité forte, et pas un simple club de libre échange. C’est cependant la vision que semble souvent en avoir le Royaume Uni par exemple.
Ces idées sont beaucoup trop simplement exprimées, et beaucoup trop incomplètes. Je n’ai pas la place ici, ni le temps, de m’étendre sur le sujet, que j’ai eu l’occasion de traiter sur mon propre blog où j’y reviendrai sans doute.
A bientôt
salut René, merci pour ce commentaire qui précise bien ta position. Juste, concernant la « saine concurrence » : la seule concurrence saine, à mon sens, c’est celle qui permet à tout nouvel acteur d’entrer sur n’importe quel marché. CE qui signifie de supprimer tous les monopoles obtenus par la contrainte. Un monopole de fait n’est pas attaquable en soi, mais seulement si l’entrée de nouveaux concurrents est bloquée ou interdite.
à bientôt !
Tout à fait d’accord avec cette formulation.