Les socialistes

Je ne sais plus où, ni quand, mais j’avais pro­mis à Mathieu L. de publier ici un extrait de Bas­tiat où il parle du socia­lisme. C’est un petit texte extrait de «La Loi», écrit en 1850, juste avant sa mort. D’une grande beauté, comme tous les textes de Bas­tiat que j’ai lus.

Les publi­cistes1 modernes, par­ti­cu­liè­re­ment ceux de l’école socia­liste, fondent leurs théo­ries diverses sur une hypo­thèse com­mune, et assu­ré­ment la plus étrange, la plus orgueilleuse qui puisse tom­ber dans un cer­veau humain.

Ils divisent l’humanité en deux parts. L’universalité des hommes, moins un, forme la pre­mière ; le publi­ciste, à lui tout seul, forme la seconde et, de beau­coup, la plus importante.

En effet, ils com­mencent par sup­po­ser que les hommes ne portent en eux-mêmes ni un prin­cipe d’action, ni un moyen de dis­cer­ne­ment ; Ils divisent l’humanité en deux parts. L’universalité des hommes, moins un, forme la pre­mière ; le {socia­liste}, à lui tout seul, forme la seconde et, de beau­coup, la plus impor­tante.qu’ils sont dépour­vus d’initiative; qu’ils sont de la matière inerte, des molé­cules pas­sives, des atomes sans spon­ta­néité, tout au plus une végé­ta­tion indif­fé­rente à son propre mode d’existence, sus­cep­tible de rece­voir, d’une volonté et d’une main exté­rieures, un nombre infini de formes plus ou moins symé­triques, artis­tiques, perfectionnées.

Ensuite cha­cun d’eux sup­pose sans façon qu’il est lui-même, sous les noms d’Organisateur, de Révé­la­teur, de Légis­la­teur, d’Instituteur, de Fon­da­teur, cette volonté et cette main, ce mobile uni­ver­sel, cette puis­sance créa­trice dont la sublime mis­sion est de réunir en société ces maté­riaux épars, qui sont des hommes.

Par­tant de cette don­née, comme chaque jar­di­nier, selon son caprice, taille ses arbres en pyra­mides, en para­sols, en cubes, en cônes, en vases, en espa­liers, en que­nouilles, en éven­tails, chaque socia­liste, sui­vant sa chi­mère, taille la pauvre huma­nité en groupes, en séries, en centres, en sous-centres, en alvéoles, en ate­liers sociaux, har­mo­niques, contras­tés, etc., etc.

Et de même que le jar­di­nier, pour opé­rer la taille des arbres, a besoin de haches, de scies, de ser­pettes et de ciseaux, le publi­ciste, pour arran­ger sa société, a besoin de forces qu’il ne peut trou­ver que dans les Lois; loi de douane, loi d’impôt, loi d’assistance, loi d’instruction.

Il est si vrai que les socia­listes consi­dèrent l’humanité comme matière à com­bi­nai­sons sociales, que si, par hasard, ils ne sont pas bien sûrs du suc­cès de ces com­bi­nai­sons, ils réclament du moins une par­celle d’humanité comme matière à expé­riences : on sait com­bien est popu­laire parmi eux l’idée d’expé­ri­men­ter tous les sys­tèmes, et on a vu un de leurs chefs venir sérieu­se­ment deman­der à l’assemblée consti­tuante une com­mune avec tous ses habi­tants, pour faire son essai.

C’est ainsi que tout inven­teur fait sa machine en petit avant de la faire en grand. C’est ainsi que le chi­miste sacri­fie quelques réac­tifs, que l’agriculteur sacri­fie quelques semences et un coin de son champ pour faire l’épreuve d’une idée.

Mais quelle dis­tance incom­men­su­rable entre le jar­di­nier et ses arbres, entre l’inventeur et sa machine, entre le chi­miste et ses réac­tifs, entre l’agriculteur et ses semences!… Le socia­liste croit de bonne foi que la même dis­tance le sépare de l’humanité.

Pen­dant que l’humanité penche vers le Mal, eux inclinent au Bien; […] Et, cela posé, ils réclament la Force, afin qu’elle les mette à même de sub­sti­tuer leurs propres ten­dances aux ten­dances du genre humain.Il ne faut pas s’étonner que les publi­cistes du dix-neuvième siècle consi­dèrent la société comme une créa­tion arti­fi­cielle sor­tie du génie du Législateur.

Cette idée, fruit de l’éducation clas­sique, a dominé tous les pen­seurs, tous les grands écri­vains de notre pays.

Tous ont vu entre l’humanité et le légis­la­teur les mêmes rap­ports qui existent entre l’argile et le potier.

Bien plus, s’ils ont consenti à recon­naître, dans le cœur de l’homme, un prin­cipe d’action et, dans son intel­li­gence, un prin­cipe de dis­cer­ne­ment, ils ont pensé que Dieu lui avait fait, en cela, un don funeste, et que l’humanité, sous l’influence de ces deux moteurs, ten­dait fata­le­ment vers sa dégra­da­tion. Ils ont posé en fait qu’abandonnée à ses pen­chants l’humanité ne s’occuperait de reli­gion que pour abou­tir à l’athéisme, d’enseignement que pour arri­ver à l’ignorance, de tra­vail et d’échanges que pour s’éteindre dans la misère.

Heu­reu­se­ment, selon ces mêmes écri­vains, il y a quelques hommes, nom­més Gou­ver­nants, Légis­la­teurs, qui ont reçu du ciel, non seule­ment pour eux-mêmes, mais pour tous les autres, des ten­dances opposées.

Pen­dant que l’humanité penche vers le Mal, eux inclinent au Bien; pen­dant que l’humanité marche vers les ténèbres, eux aspirent à la lumière; pen­dant que l’humanité est entraî­née vers le vice, eux sont atti­rés par la vertu. Et, cela posé, ils réclament la Force, afin qu’elle les mette à même de sub­sti­tuer leurs propres ten­dances aux ten­dances du genre humain.

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  1. Publi­ciste: DR. Per­sonne qui écrit sur le droit public; spé­cia­liste du droit public.

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64 Comments

  1. Merci pour l’extrait. Tu me l’avais pro­mis à la der­nière RDB.

    Ce qui est tout aussi inté­res­sant, c’est que Bas­tiat uti­lise les mêmes argu­ments contre le socia­lisme que vous aujourd’hui.

    Fina­le­ment, les choses ont peu bougé depuis le XIXe siècle…

    Posted 13 décembre 2008 at 02:02 | Permalink
  2. Le socia­lisme non plus, tu me diras ;-)

    Posted 13 décembre 2008 at 04:08 | Permalink
  3. LOmiG

    salut Mathieu L,
    je rejoins la «bou­tade» de Rubin, qui n’en est pas une : si les cri­tiques faites par Bas­tiat sont justes, et si le socia­lisme reste fondé sur les mêmes choses, il n’y a pas vrai­ment de rai­son d’inventer de nou­veaux arguments.

    Ce que je trouve plus éton­nant, c’est que les argu­ments mis en avant pas Batiat dans ce texte sont forts, et que tu ne prennes même pas la peine d’y répondre.

    Le fait de consi­dé­rer que livrés à eux-mêmes, dans un cadre légal défini, les indi­vi­dus ten­draient inévi­ta­ble­ment vers le mal, est effec­ti­ve­ment socia­liste. toute la jus­ti­fi­ca­tion du socia­lisme se situe là : les humains ne sont pas capables de vivre entre eux, libres. Il faut donc orga­ni­ser pour eux, construire un monde qui les contraigne suf­fi­sa­ment pour qu’ils ne puissent pas se nuire les uns aux autres.

    Les libé­raux expliquent que le res­pect de la liberté des autres suf­fit à assu­rer la paix et la pos­si­bi­lité de vivre ensemble.

    Posted 13 décembre 2008 at 09:23 | Permalink
  4. Bonjour Mes­sieurs,

    Bon, les gars, j’ai lu ce post à 1h30 du matin, j’étais pas dans un état per­met­tant de faire un com­men­taire intel­li­gent et je me suis donc contenté d’une boutade.

    Pour répondre plus posé­ment, Bas­tiat est un auteur du XIXe siècle et s’appuie pour construire ses rai­son­ne­ments sur des aspects moraux (le bien et le mal). C’était d’ailleurs aussi le cas des auteurs socia­listes de l’époque (voir Prou­dhon par exemple). Cette vision de la vie poli­tique est assez dépas­sée, sauf dans cer­tains cercles des deux extrêmes. De plus, je ne me recon­nais pas dans sa vision du socia­lisme : il parle des révo­lu­tion­naires ici, alors qu’il y a de nom­breux cou­rants qui ne le sont pas. Il évoque la vertu, terme de Robes­pierre, qui n’est plus vrai­ment d’actualité. Cela peut expliquer que je ne me sois pas senti visé au départ.

    Je crois qu’il y a cepen­dant dans ce texte une rup­ture fon­da­men­tale entre nous et vous. Bas­tiat consi­dère que les inté­rêts indi­vi­duels qui se mélangent, s’ils abou­tissent à des résul­tats néga­tifs, ne peuvent pas être enca­drés. On est en plein dans la logique de la main invi­sible. Il nie aussi l’existence des classes sociales que Marx venait de lan­cer en 1848 (Le Mani­feste du Parti Com­mu­niste, tu le lis quand au fait ?). Depuis, la majo­rité des socia­listes ont aban­donné cette vision sim­pliste, mais se concentrent plu­tôt sur l’existence de groupes sociaux qui peuvent avoir des com­por­te­ments iden­tiques sous cer­taines condi­tions. Il me semble que le fait d’admettre que les carac­tères sociaux, cultu­rels et fami­liaux jouent sur les com­por­te­ments est une idée socia­liste actuelle, que vous refu­sez je sup­pose, et que les com­por­te­ments d’un groupe peuvent ame­ner une société à la catas­trophe dans cer­taines conditions.

    Actuel­le­ment, la vision est plu­tôt de dire que le com­por­te­ment des indi­vi­dus n’amène pas for­cé­ment à la catas­trophe, comme le dit Bas­tiat, mais peut ame­ner à la catas­trophe en fonc­tion de ceux qui dirigent. Comme les diri­geants agissent eux-mêmes en fonc­tion de leurs inté­rêts propres (sou­vent ceux de la bour­geoi­sie en l’occurence), ce qui a d’ailleurs été démon­tré par des écono­mistes néo­li­bé­raux de Chi­cago (le Public Choice, je crois), cela peut ame­ner à des catas­trophes pour les autres groupes sociaux.

    Les socia­listes ne voient pas tous les hommes comme mau­vais, ni l’évolution géné­rale comme mau­vaise. La seule chose est que les inté­rêts indi­vi­duels visent, dans la majo­rité des cas, à mettre de côté le maxi­mum de richesses pour soi et sa famille en igno­rant le fait qu’on en prive peut-être ses voi­sins. Ce n’est pas mau­vais en soi, c’est un com­por­te­ment cohé­rent à l’échelle individuelle.

    Le vrai socia­lisme démo­cra­tique vise à ame­ner nos conci­toyens, par la logique du choix de la majo­rité, à se dire que mettre des choses en com­mun est par­fois plus effi­cace et moins des­truc­teur pour le bon fonc­tion­ne­ment de la société. C’est par la loi de la majo­rité qu’on pourra arri­ver à un socia­lisme cohé­rent. Comme vous le savez, je n’adhère pas aux théo­ries révo­lu­tion­naires que Bas­tiat décrit ici. Si j’étais un membre de l’avant-garde bol­che­vique, je ne répon­drais même pas…

    Voila, je ne sais pas si j’ai été cohé­rent, mais je reste ouvert à la dis­cus­sion avec les LHC, vous le savez bien ;) . Je peux com­plé­ter tous les aspects que vous souhaitez.

    Posted 13 décembre 2008 at 11:14 | Permalink
  5. @ LOmiG : juste une remarque. Ton site mou­line en ce moment. Sou­vent, je ne peux pas y accé­der. Pas très facile pour suivre l’un de mes blo­gueurs libé­raux favoris.

    Posted 13 décembre 2008 at 11:26 | Permalink
  6. Anne

    Ce texte de Bas­tiat est extra­or­di­naire de moder­nité sur le socia­lisme et les tenants (diri­geants) de cette idéo­lo­gie : néga­tion de l’Homme en tant qu’individu auto­nome et doué de rai­son, son infan­ti­li­sa­tion, sa déres­pon­sa­bi­li­sa­tion, jusqu’à l’arrogance de ceux qui se sont auto­pro­cla­més supé­rieurs, les «Sachant» et «Oeu­vrant» pour le bien de la popu­lace inculte qu’en fait ils méprisent, et s’il le faut mal­gré elle.
    On peut trans­po­ser au socia­lisme ce que Ber­nar­din dit de l’écologie mon­dia­li­sée, à savoir que cette idéo­lo­gie, tout en lais­sant l’illusion de la liberté indi­vi­duelle, a pour conséquence le ren­ver­se­ment de la concep­tion de l’Homme, qu’elle fait pas­ser en second pour lui sub­sti­tuer la col­lec­ti­vité : les tota­li­ta­rismes ne sont pas morts.

    Posted 13 décembre 2008 at 12:24 | Permalink
  7. LOmiG

    salut Mathieu L.,
    oui mon site mou­line un peu et je ne sais pas trop à quoi c’est dû…j’essaye de cor­ri­ger avec mon héber­geur, mais ça n’est pas simple.

    tu dis :

    Les socia­listes ne voient pas tous les hommes comme mau­vais, ni l’évolution géné­rale comme mau­vaise. La seule chose est que les inté­rêts indi­vi­duels visent, dans la majo­rité des cas, à mettre de côté le maxi­mum de richesses pour soi et sa famille en igno­rant le fait qu’on en prive peut-être ses voi­sins. Ce n’est pas mau­vais en soi, c’est un com­por­te­ment cohé­rent à l’échelle indi­vi­duelle. Le vrai socia­lisme démo­cra­tique vise à ame­ner nos conci­toyens, par la logique du choix de la majo­rité, à se dire que mettre des choses en com­mun est par­fois plus effi­cace et moins des­truc­teur pour le bon fonc­tion­ne­ment de la société.

    Quelle vision réduc­trice des humains ! Donc selon toi le prin­ci­pal com­por­te­ment des humains est d’accumuler des richesses. Ce qui serait — toujours selon toi — 1) une pri­va­tion pour les autres, et 2) desc­truc­teur. Je m’inscrit tota­le­ment en faux par rap­port à cette vision. Pre­miè­re­ment tout le monde ne vise pas la même chose, et la plu­part de ceux qui accu­mulent des richesses le font dans un but donné, comme un moyen que l’on construit plus que comme un but. Deuxiè­me­ment, le fait de gagner de l’argent n’a jamais enlevé un kopek à qui que ce soit, ni détruit quoi que ce soit ! C’est tout l’inverse qui est vrai : les richesses sont toujours le fruit d’un tra­vail, et le tra­vail est une créa­tion de richesses. L’échange com­mer­cial n’a rien a voir avec la guerre, et ce que l’un gagne, il ne l’enlève pas à quelqu’un d’autre. Toujours cette his­toire du gateau qu’il fau­drait partager.

    Mais ce que montre ton inter­ven­tion — au-delà des mots comme «bour­geois», «néo­li­bé­ra­lisme», qui n’ont pas de sens tant que tu ne les défi­nis pas — c’est une vision socia­liste, exac­te­ment au sens où Bas­tiat la décrit jus­te­ment : tu penses qu’il faut «ame­ner» les gens à consi­dé­rer qu’il faut mettre en com­mun des choses pour faire pro­gres­ser la société. Crois-tu que les humains aient attendu les socia­listes pour le com­prendre ? Crois-tu que les libé­raux pensent qu’il ne faut rien mettre en com­mun ? Quelle méprise sur le libé­ra­lisme et sur l’humain…
    Pour finir, ton texte montre que tu n’as aucune défi­ni­tion claire de ce qu’est la pro­priété. Celui qui gagne sa vie en tra­vaillant, n’a causé aucun tort à autrui, puisqu’il s’est appro­prié par l’échange ou en les créant des richesses. Rien à redire à cela, sauf si l’on ne res­pecte pas la pro­priété pri­vée et/ou l’échange libre.

    Fina­le­ment, je suis tout à fait d’accord avec une de tes phrases :

    C’est par la loi de la majo­rité qu’on pourra arri­ver à un socia­lisme cohérent.

    Cela est vrai : par la loi de la majo­rité qui rem­place la rai­son, par la loi du plus grand nombre qui défi­nit ce qui est juste ou pas, on arrive effec­ti­ve­ment à une société socia­li­sante, où tous les indi­vi­dus doivent être les plus égaux pos­sible. Et où les mino­ri­tés — à com­men­cer par les indi­vi­dus — n’ont plus voix au cha­pitre puisque la toute puis­sante majo­rité — fût-elle idiote ou cri­mi­nelle — décide pour tous. Je refuse cette logique tota­li­taire, et je reven­dique — c’est là mon libé­ra­lisme — le droit pour chaque indi­vidu de vivre comme il l’entend en bonne entente avec ses congé­nères, sans qu’on le force à faire ceci où cela. Il n’est pas légi­time de don­ner tant de pou­voir à des être humains, et c’est bien ce que dit Bas­tiat. La règle selon laquelle un humain ne doit pas avoir le droit de nuire à un autre doit être valable, y com­pris pour les diri­geants. Cette règle est uni­ver­selle et juste : «Ne fais pas à autrui ce que tu ne vou­drais pas qu’on te fit».

    Oui, décidemment,Bastiat a bien rai­son : quand on va voir les idées qui trainent dans le socia­lisme, quand on fouille, on tombe effec­ti­ve­ment sur des gens qui pensent que les autres sont des veaux, et qu’il faut donc déci­der pour eux. Je refuse que l’on décide pour moi, et je refuse que l’on force les autres à faire ce qu’ils ne veulent pas. ça s’appelle exé­crer la contrainte, et aimer la liberté.

    à bien­tôt !

    @ Anne : oui Bas­tiat est super moderne, et il était sur­tout conscient des dan­gers du construc­ti­visme socia­liste bien avant qu’il ne cause ses vrais ravages, au XXème siècle. Comme le disait Mises : «il est impor­tant de com­prendre que le com­mu­nisme et le nazisme sont deux idéo­lo­gies socialistes».

    à bien­tôt, et merci pour vos commentaires !

    Posted 13 décembre 2008 at 15:12 | Permalink
  8. Paul

    Comme l’explique assez bien André Comte-Sponville dans l’ouvrage que je suis en train de lire («Le capi­ta­lisme est-il moral ?»), le socia­lisme est un sys­tème poli­tique moral, et donc «ridi­cule». Il place en effet la morale au des­sus de l’économie et du poli­tique. Ceux-ci ont pour fonc­tion de pro­duire de la richesse pour l’un, du droit et de la jus­tice pour l’autre, mais en aucun cas d’imposer un sys­tème éthique.

    Je vous copie quelques pas­sages très éclairants :

    (à pro­pos de Marx et du com­mu­nisme)
    « Il était donc inévi­table qu’il échoue, puisque les hommes sont égoïstes et mettent toujours, à l’échelle des grands nombres, leur inté­rêt par­ti­cu­lier plus haut que l’intérêt géné­ral. Il était donc à peu près inévi­table aussi que le com­mu­nisme devienne tota­li­taire, puisqu’il fal­lut bien impo­ser par la contrainte ce que la morale, très vite, s’avéra inca­pable de d’obtenir ».

    (à pro­pos main­te­nant du capi­ta­lisme)
    « Le coup de génie du capi­ta­lisme, à l’inverse, ou plu­tôt (puisque per­sonne ne l’a inventé) sa logique propre, son essence actuelle et acive, c’est de ne rien deman­der d’autre aux indi­vi­dus que d’être exac­te­ment ce qu’ils sont : soyez égoïstes, occu­pez vous de votre inté­rêt, si pos­sible intel­li­gem­ment, et tout ira non pas pour le mieux dans le meilleur des mondes pos­sibles, qui n’est qu’un rêve, mais à peu près cor­rec­te­ment dans le plus effi­cace des mondes écono­miques réels, qui est le marché ».

    Posted 13 décembre 2008 at 16:51 | Permalink
  9. Salut LOmiG,

    Chouette, un débat ! Cela fai­sait longtemps !

    Ton com­men­taire est bien ce qui m’avait amené, au départ, à faire une réponse rapide, tout en te remer­ciant de cet extrait, parce que ce que tu dis, nous en avons déjà parlé par le passé. On a déjà constaté que :
    1) Tu penses que le gâteau est exten­sible à l’infini, ce avec quoi je ne suis qu’en accord par­tiel, mais tu nies le fait que l’inégalité des richesses vient d’un par­tage inégal du gâteau, ce que je conti­nue à pen­ser.
    2) Pour toi, la pro­priété n’est pas des­truc­trice, alors qu’elle l’est pour moi, à par­tir du moment où elle est réser­vée à une mino­rité.
    3) Tu refuses la loi de la majo­rité, alors qu’elle est à mon avis la seule viable car la seule légi­time. Je n’ai jamais dit que la majo­rité ne fai­sait que des choses intel­li­gentes, la preuve : elle élit par­fois des libé­raux ! Fina­le­ment, l’État ne trouve grâce à tes yeux que pour pro­té­ger ta pro­priété. Dans ce com­men­taire, tu défends très for­te­ment ton inté­rêt indi­vi­duel. L’évocation du droit devient fon­da­men­tale à ce moment-là, puisqu’il garan­tit, dans ton dis­cours, que la majo­rité ne puisse jamais exer­cer son droit de faire les choix qu’elle veut. Cette logique est liber­ti­cide, car le monde ne peut plus évoluer, même sans le «construc­ti­visme» que tu dénonces. Le droit devient un dieu dans ce cadre-là. Qui fixe ce droit ? D’où vient-il ? De la nature ? Pas de droit dans la nature. De la culture ? Mais alors, de qui ? Des pen­seurs libé­raux peut-être ? Ah oui, tiens… Je crois que voilà encore un groupe de tota­li­taires en herbe qui veulent nous impo­ser leurs modes de pen­sée. Ce droit n’a aucune légi­ti­mité autre que la déci­sion de la majo­rité, à moins que tu ne crois à un droit divin. En clair, tu vas nous impo­ser de vivre avec moins pour pro­fi­ter plei­ne­ment de tes richesses : cela n’est pas mieux et n’a rien de plus moral, même si ce sys­tème est très cohé­rent idéo­lo­gique­ment par­lant (comme le socia­lisme par ailleurs).

    Sur ton voca­bu­laire, tu es dur, LOmiG. Si je te pre­nais pour un veau, je ne per­drais pas mon temps à te par­ler, non ? J’aurais fait comme d’autres : je t’aurais balancé trois insultes, puis j’aurais fait un billet pour t’insulter, et j’aurais laissé tom­ber, atten­dant la révo­lu­tion pour te pendre avec tes tripes de social-traître à un lam­pa­daire. ;)

    Pour les termes de bour­geois et de néo­li­bé­ra­lisme, je n’ai pas besoin de les défi­nir, puisque tu m’as toi-même qua­li­fié de socia­liste. Vu que tu réponds aux ques­tions à ma place, je m’abstiens.

    Des nou­veau­tés cependant :

    - Concer­nant la volonté des humains d’accumuler de la richesse, je n’ai pas dit que c’était sim­ple­ment par cupi­dité ou par envie de s’asseoir sur un tas d’or, même s’il y a sans doute des gens comme ça. Il s’agit sou­vent de garan­tir son ave­nir, mais cela fait que beau­coup d’autres ne peuvent pas le faire. Je te l’ai dit, je ne fais pas de moral et ne dit pas que c’est mal. Si la société n’était pas capi­ta­liste, nous ferions autre chose.
    – Dire que les richesses sont le fruit d’un tra­vail est, à mon sens, une énor­mité, parce que ces richesses sont répar­ties tota­le­ment inéga­le­ment par rap­port au tra­vail (et que dire de l’héritage…). Le mot «tra­vail» que tu emploies ne veut rien dire. Un ouvrier qui bosse en France gagne bien plus qu’un ouvrier chi­nois alors qu’il tra­vaille moins. Certes, l’ouvrier français est plus pro­duc­tif, mais dans cer­tains cas, on choi­sit de payer moins l’ouvrier chi­nois, moins pro­duc­tif mais qui tra­vaille plus. Où est le juste paie­ment du tra­vail ici ? Qu’est-ce qui jus­ti­fie aussi qu’un ouvrier chi­nois gagne moins qu’un tra­der de Wall Street ? L’un sans l’autre, pas de pro­duc­tion de richesses. Le tra­vail n’est que rare­ment rému­néré par rap­port à la richesse qu’il pro­duit, et sur des cri­tères tota­le­ment arbi­traires. Inven­tons une manière de rému­né­rer le tra­vail qui ne soit pas inique, et on en redis­cute.
    – J’estime avoir une vision de l’être humain bien plus res­pon­sable que la tienne. J’estime que les hommes sont lar­ge­ment assez bons et intel­li­gents pour faire des choses en com­mun, de manière res­pon­sables. Dans cette affaire, c’est toi qui voient les hommes mau­vais dès qu’ils sont en groupe, mais cohé­rents lorsqu’ils agissent de manière indi­vi­duelle. Tu crois vrai­ment qu’une per­sonne est plus cohé­rente lorsqu’elle agit pour elle ? Dans mon cas, je ne suis pas sûr d’agir toujours selon mes inté­rêts. Il faut alors faire un choix : soit les hommes sont cohé­rents, soit ils ne le sont pas.
    – Pour les choses en com­mun, tu m’avais dit une fois que l’État ne devait gérer en col­lec­tif que la police, la jus­tice et l’armée, et lais­ser les indi­vi­dus se débrouiller pour le reste. Par défi­ni­tion, tu veux mettre une limite au-delà de ce champ, non ?

    Enfin, je vou­drai réta­blir une chose qui me semble impor­tante. Je rap­pelle d’abord que le capi­ta­lisme n’est pas né natu­rel­le­ment. Il n’y a d’ailleurs pas de sys­tème écono­mique natu­rel. Il a été pensé, et est apparu en réac­tion au sys­tème pré­cé­dent qui pro­voquait des blo­cages très impor­tants. De grands phi­lo­sophes, des intel­lec­tuels, des poli­tiques, l’ont concep­tua­lisé. Je veux bien que vous affir­miez des idées, mais pitié, res­pec­tez la vérité his­to­rique. Une plon­gée chez Mon­taigne, chez Mont­chres­tien, chez Jean Bodin, dans la phi­lo­so­phie des Lumières vous ferait du bien.

    Ensuite, seconde chose, le socia­lisme est né en réac­tion au capi­ta­lisme mais aussi aux idées libé­rales du XVIIIe. Dans l’affaire, vos idées ne sont pas les nou­velles, elles sont les plus anciennes.

    Enfin, lorsque tu me donnes ta vision du monde, du droit, de la pro­priété, tu construis aussi une réa­lité, une vision du monde, une morale, une logique plei­ne­ment humaine. Le libé­ra­lisme est une idéo­lo­gie, comme le socia­lisme, c’est-à-dire des idées visant à construire une vision cohé­rente du monde pour expliquer son évolu­tion. En tout cas, les his­to­riens poli­tiques le classent comme tel, y com­pris les libé­raux eux-mêmes. Dom­mage que vous refu­siez cette réalité-là. Là-dessus, les socia­listes ont fait plus de che­min que vous.

    Que tu sois en désac­cord avec le socia­lisme, je l’accepte plei­ne­ment, puisque j’estime que la démo­cra­tie nous per­met de vivre ensemble, et pour­rait même, un jour, per­mettre que tes idées s’appliquent, en sachant qu’on pourra y reve­nir si cela ne marche pas. Main­te­nant, il me semble sain qu’on sorte de la morale et de l’anathème et qu’on dis­cute des avan­tages et incon­vé­nients des dif­fé­rents sys­tèmes. On ne s’en por­tera que mieux.

    P.S. : désolé pour la lon­gueur, je suis toujours aussi expansif.

    Posted 13 décembre 2008 at 19:01 | Permalink
  10. pap

    Sujet pas­sion­nant.
    1° obser­va­tion: je ne suis pas sûr que le reproche de Bas­tiat soit propre aux publi­cistes socia­listes. A bien y regar­der on peut ima­gi­ner que n’importe quel homme poli­tique, n’importe quelle per­sonne qui veut exer­cer le pou­voir, de quelque bord qu’elle se situe, a au fond d’elle le sen­ti­ment qu’elle peut amé­lio­rer la situa­tion géné­rale. (je ne parle pas des des­postes qui ne visent qu’à s’approprier la vie des autres)
    Disons qu’il y a un cer­tain mes­sia­nisme dans les neu­rones humains, plus ou moins déve­loppé selon les indi­vi­dus, et que cher­cher à mieux orga­ni­ser la vie en société n’est pas for­cé­ment une tare. Je crois que le texte de Bas­tiat n’est pas plus anti-socialiste qu’anti poli­tique glo­ba­le­ment. Effec­ti­ve­ment il consi­dère que les hommes, pris indi­vi­duel­le­ment ont assez de qua­li­tés pour vivre en société sans que qui­conque se charge de les orga­ni­ser. Si tel est le sens alors je pose une ques­tion: quelle est la limite entre libé­ra­lisme et anar­chisme?
    2° point: Si je reviens sur cette notion de mes­sia­nisme que j’invoquais pour ten­ter de com­prendre le mou­ve­ment de cer­tains hommes qui cherchent à pilo­ter le monde autour d’eux, je vou­drais faire une remarque concer­nant la légi­ti­mité de ces hommes (ou de ces femmes bien entendu).
    Mathieu L. signa­lait le vote ou l’élection et la mise en évidence de la notion de majo­rité. Soyons clairs, com­ment évaluer la légi­ti­mité de tel ou tel mes­sie hors d’un décompte pré­cis, c’est à dire d’un vote ou d’une élec­tion? En tout cas pour ma part je trouve heu­reux que les hommes aient pu struc­tu­rer des votes par lesquels on peut dési­gner ce qui est majo­ri­taire.
    A contra­rio, il existe plu­sieurs voies mes­sia­niques qui visent à sau­ver le monde et qui passent outre le décompte démo­cra­tique des voix. Je pense d’une part aux jour­na­listes, non élus, coop­tés par affi­ni­tés, non sanc­tion­nables, qui s’autoproclament aptes à com­prendre le monde, à pro­po­ser des modi­fi­ca­tions, à juger des avis non expri­més du peuple, par­lant en son nom, et qui se parent de plus d’une légi­ti­mité démo­cra­tique. Alors que c’est la liberté d’expression qui est consub­stan­cielle de la démo­cra­tie. Les jour­na­listes, français en par­ti­cu­lier, viennent tous de même moule: des empê­chés qui n’osent pas se lan­cer offi­ciel­le­ment dans l’action publique et qui veulent mal­gré tout sor­tir de leur frus­ta­tion et exer­cer un pou­voir (le qua­trième pou­voir) sur la société. A mes yeux ils sont beau­coup plus dan­ge­reux que les poli­tiques car beau­coup plus éloi­gnés de la réa­lité sociale et sur­tout non légi­times.
    Bien entendu il fau­drait aussi par­ler de ces reli­gieux qui, au lieu de se can­ton­ner au pou­voir spi­ri­tuel, visent un pou­voir tem­po­ral et cherchent à tra­vailler la pâte humaine pour offi­rir le plus beau bouquet à leur dieu. On est là dans l’extrême des erre­ments dénon­cés par Bas­tiat.
    3° point que je sou­mets à votre cri­tique. Aussi angé­lique soit-on, aussi naïf soit-on, il y a bien un moment où l’on doit obser­ver qu’une part non négli­geable de l’humanité n’est faite que de gros cons dan­ge­reux. Moi je veux bien qu’on laisse jouer la liberté de cha­cun en rêvant d’un bien com­mun spon­tanné, mais que faites vous des sup­por­ters de foot ball, des fous reli­gieux, des malades men­taux, et autres demeu­rés qui sont tota­le­ment inca­pables de se prendre en charge. On les laisse s’autodétruire?

    Posted 13 décembre 2008 at 19:05 | Permalink
  11. LOmiG

    salut à tous les deux !
    merci pour vos longs et inté­res­sants com­men­taires : c’est ce genre de dis­cus­sion que j’aime avoir. Je vais m’appuyer sur les points de Pap pour vous répondre (Mathieu, si cer­tains points ne sont pas évoqués, ou lais­sés de côté dis le moi, et je revien­drai des­sus). En guise de pré­li­mi­naire, désolé Mathieu si le ton de ma réponse t’a paru un peu «dur», ce n’était pas le but recher­ché ! Et par ailleurs, pour rebon­dir sur ta conclu­sion, je consi­dère que le libé­ra­lisme est une idéo­lo­gie oui, et je n’ai pas de pro­blème avec ce terme (je m’en suis expliqué ailleurs). Ce n’est pas l’idéologie qui est gênante, c’est le fait d’en faire un absolu ou un dogme. Per­sonne ici n’est dans ce cas là, je pense.

    1° oui com­plè­te­ment d’accord avec toi ! Ce que Bas­tiat cri­tique ici c’est l’attitude construc­ti­viste consis­tant à pen­ser qu’il est pos­sible d’organiser la société de manière cen­trale. Le construc­ti­visme est une erreur pour plu­sieurs rai­sons, à com­men­cer par l’incapacité des hommes à pré­voir les conséquences de leurs actions, et leur inca­pa­cité à tout com­prendre et à tout inté­grer dans une vision qui pren­drait en compte toute la réa­lité. C’est une évidence, mais il faut la gar­der à l’esprit si on la consi­dère comme vrai. On ne peut pas ensuite, d’un revers de manche, faire comme si l’on pou­vait «construire» l’ordre sou­hai­table. Il y a des choses plus hautes que ces construc­tions abs­traites : le res­pect des indi­vi­dus, de leur droit natu­rel à la liberté et à la sécu­rité (contrai­re­ment à ce que dit Mathieu). Et oui, je crois que le libé­ra­lisme n’est pas très éloi­gné de l’anarchie, sauf que les libé­raux res­pectent la pro­priété (prise, je le rap­pelle, au sens large défini par Salin, par exemple, c’est à dire com­mençant par la pro­priété de soi et du fruit de son travail).

    2° D’accord avec ça. Même si je ne trouve pas que le fait que quelque chose soit démo­cra­tique (sou­mis au vote de la majo­rité) suf­fise à le rendre légi­time. La majo­rité peut déci­der de choses injustes, illé­gi­times. Et contrai­re­ment à ce que Mathieu, ce n’est pas la démo­cra­tie qui fait que l’on peut dis­cu­ter ensemble, c’est la liberté de parole et d’action. La majo­rité peut déci­der que les gens n’ont plus de le droit d’exprimer telle ou telle chose ; une société libé­rale ne per­met pas ce genre d’interdiction (ou ne devrait pas du moins)

    3° Point très impor­tant. On est d’accord avec le constat ; on est d’accord égale­ment avec le fait que ni les uns ni les autres nous ne vou­lons vivre dans une société qui laisse les sui­ci­daires, ou les mal­heu­reux, ou les plus faibles se détruire sans lever le petit doigt. Mais en quoi cela plaide-t’il pour une orga­ni­sa­tion cen­tra­li­sée avec un Etat fort ? La soli­da­rité humaine ne peut-elle pas s’exprimer de manière volon­taire et spon­ta­née ? Les asso­cia­tions, les fon­da­tions, les socié­tés phi­lan­thro­piques existent et per­mettent de faire ce tra­vail néces­saire d’entraide. non ?

    Posted 14 décembre 2008 at 12:18 | Permalink
  12. >Dans cette affaire, c’est toi qui voient les hommes mau­vais dès qu’ils sont en groupe, mais cohé­rents lorsqu’ils agissent de manière individuelle.

    LOmiG voit juste! Pour s’en convaincre, il suf­fit de lire «Masse et Puis­sance» de Canetti qui a fait un tra­vail magni­fique à ce sujet.

    Quant au socia­lisme, c’est une idéo­lo­gie au mieux désuette, au pire archaïque, et dont Slo­terdjick a dit, dans «Colère et Temps», tout ce qui devait être dit à ce sujet. On ne peut consi­dé­rer cet objet poli­tique que sous l’angle de l’Histoire doré­na­vant et ceux qui osent encore s’en récla­mer comme des «arrié­rés» ou bien des cri­mi­nels poten­tiels, à mettre sur le même plan poli­tique que les néo-nazi — dans le cas des crypto-communistes.

    Posted 14 décembre 2008 at 20:59 | Permalink
  13. Masse et puis­sance. Un ouvrage d’une rare intel­li­gence, un point de vue unique et ori­gi­nal. À lire abso­lu­ment en effet, mais… Je ne suis pas sûr qu’il puisse être entiè­re­ment déta­ché de son contexte et des ques­tion­ne­ments de son auteur. En tout cas, c’est sûr, sa lec­ture est indis­pen­sable si l’on veut avan­cer dans une réflexion sur les rap­ports entre masses et individus.

    Posted 14 décembre 2008 at 21:08 | Permalink
  14. Bon­soir,

    Alors, je réponds à LOmiG sur les dif­fé­rents points (tu as laissé beau­coup de choses de côté, mais ce n’est pas for­cé­ment grave, vu la masse de mon propre com­men­taire) :
    1) Le concept libé­ral de construc­ti­visme est pour moi tota­le­ment illu­soire. Tout est construc­ti­visme. Par défi­ni­tion, nous pas­sons notre temps à construire et à recons­truire. Nous le fai­sons dans tous les mou­ve­ments poli­tiques. De plus, la démo­cra­tie per­met de construire d’autres poli­tiques en fonc­tion des événe­ments. En fait, j’ai toujours l’impression que tu te réfères aux idéo­lo­gies socia­listes consi­dé­rant que seule la dic­ta­ture peut amé­lio­rer les choses. Si ton oppo­si­tion se concentre sur l’idée de mener des poli­tiques par en haut, je reviens à ce que je te disais plus haut : on est en désac­cord là-dessus et on le savait déjà.

    2) A mon avis, la liberté de parole ne sert à rien sans pos­si­bi­lité d’action. Tu peux toujours par­ler dans le vide, si tu n’impactes sur rien, la vio­lence devient le seul mode de réso­lu­tion des conflits. La loi de la majo­rité est en effet le pire des sys­tèmes, mais il est le seul, à ce jour, qui évite la vio­lence dans la plu­part des cas.

    3) Là, je crois que tu es très opti­miste. Cepen­dant, les asso­cia­tions peuvent avoir un impact, mais vrai­ment à la marge.

    A bien­tôt,

    PS : c’est quoi, cette nou­velle mise en page ??? Tu rénoves le site ?

    Posted 14 décembre 2008 at 23:26 | Permalink
  15. débat pas­sion­nant effect­vi­ment, je poste pour guet­ter la suite :)
    texte très fort en tout cas, ça me donne envie de lire «Masse et puis­sance», puisque vous le conseillez.
    a

    Posted 15 décembre 2008 at 22:58 | Permalink
  16. «Le concept libé­ral de construc­ti­visme est pour moi tota­le­ment illu­soire. Tout est constructivisme.»

    Il y a dans cette phrase une incom­pré­hen­sion du construc­ti­visme, basée sur la parenté avec construire.

    Le construc­ti­visme consiste à vou­loir arri­ver à un résul­tat, à un état donné de la société, par exemple que les villes soient dépla­cées à la campagne.

    Or, tout ne fonc­tionne pas comme cela. On peut aussi faire une loi neutre et lais­ser les gens s’installer où ils veulent.

    Le code de la route n’est pas construc­ti­viste. Bison Futé l’est.

    Posted 17 décembre 2008 at 08:46 | Permalink
  17. LOmiG

    salut à tous,
    merci à tous pour vos com­men­taires, et désolé pour les tur­bu­lences de ces der­niers jours ! (le souci semble être réglé).

    Merci Franck de pré­ci­ser cela concer­nant le construc­ti­visme. Je ne nie pas que la démo­cra­tie a eu des mérites pour sor­tir de la vio­lence. Je pense sim­ple­ment qu’il fau­drait faire le tri entre ce qui est à mettre au cré­dit de la démo­cra­tie, et de ce qui est à mettre au cré­dit du libé­ra­lisme. Les deux ayant pris place à peu près en même temps.

    Et oui, je suis fina­le­ment assez opti­miste sur la nature humaine.

    à bien­tôt !

    Posted 17 décembre 2008 at 09:51 | Permalink
  18. LOmiG

    juste pour reve­nir sur un point, Mathieu L. :

    tu parles de la liberté d’action, et de la vio­lence qu’il faut conte­nir et limi­ter. Tout le pro­blème est là effec­ti­ve­ment : trou­ver un cadre qui per­mette l’action, sans que la vio­lence soit pos­sible. Cela s’appelle les règles ou la Loi. Le libé­ra­lisme ne dit pas autre chose. Défi­nir les règles de «juste conduite» consiste à com­prendre leur nature : c’est de cela que parle Hayek dans son livre «Droit, légis­la­tion et liberté». Les règles de juste conduite ne sont pas toutes des règles crées par les hommes de manière inten­tion­nelles. Cer­taines — nom­breuses et fortes — ont émer­gées dans le temps parce qu’elles don­naient un avan­tage en terme de sur­vie aux groupes qui les avaient adop­tées. Ne confon­dons pas règles de juste de conduite, et législation.

    Pour limi­ter la vio­lence, il «suf­fit» qu’elle soit inter­dite. Il n’y a pas à règle­men­ter toutes les actions des humains pour limi­ter la pos­sible vio­lence. Lais­sons libre les humains de faire ce qui ne nuit à per­sonne : le libre échange en fait partie.

    La réso­lu­tion des conflits n’est pas que le fait de la démo­cra­tie, mais sur­tout de l’application sans faille des règles de juste conduite.

    à bien­tôt !

    Posted 17 décembre 2008 at 10:25 | Permalink
  19. pap

    «Les asso­cia­tions, les fon­da­tions, les socié­tés phi­lan­thro­piques existent et per­mettent de faire ce tra­vail néces­saire d’entraide. non ?»

    Dans ton post 11 Lomig tu écris ce qui est au des­sus. Dans ton der­nier post tu reviens sur l’application sans faille des régles.

    OK. Mais ça ne réponds pas à ma ques­tion: il y a des gens qui sont inca­pables de res­pec­ter les règles de juste conduite. Il y en a d’autre tout aussi nom­breux qui ne sou­haitent pas res­pec­ter ces règles. Il y encore des pou­ris qui ne rêvent que d’exploiter ces per­sonnes inca­pables de vivre soi­ca­le­ment pour les consti­tuer en mafias pri­vées.
    Que fait-on de ces gens? On ne peut pas tour­ner autour du pot: leurs dérives appellent une vio­lence supé­rieure qui limitent la vio­lence qu’ils imposent aux petit peuple que nous sommes.
    Si on refuse que des mafias prennent le contrôle de tous les tra­fics de tous les faibles il faut pou­voir s’y oppo­ser phy­sique­ment. C’est la source des états. Je veux bien admettre que les états ne sont que les mafias les plus struc­tu­rées et les plus vio­lentes. Mais au total je les pré­fére aux petites mafias car le pou­voir y est plus trans­pa­rent, plus dis­cu­table. La loi est publique, la vio­lence ins­ti­tu­tion­na­li­sée, votée et contrô­lable par le peuple sou­ve­rain, et non quelque par­rain invisible.

    Pour ma part je fais confiance à l’homme si on ne laisse pas les pires s’occuper de lui.

    Posted 17 décembre 2008 at 10:48 | Permalink
  20. LOmiG

    D’accord avec tout ce que tu dis, Pap. L’application de la loi implique pour moi l’existence d’une Etat qui «garan­tie» (à voir) une forme de «neu­tra­lité». Et bien sûr l’Etat doit user de la force pour faire res­pec­ter le loi. Bien sûr qu’il faut empri­son­ner tous ceux qui veulent foutre le mer­dier et empê­cher les autres de vivre tranquille­ment leur vie. Ce qui importe à mes yeux est l’existence de contre-pouvoir réels. Je pense qu’en démo­cra­tie libé­rale, on n’en est pas très loin : le pou­voir média­tique (dont je n’apprécie pas for­cé­ment les posi­tions) joue un vrai rôle de contre-pouvoir (peut-être même trop, mais c’est une autre discussion).

    Au final, je pense qu’il faut un Etat pour garan­tir la sécu­rité des citoyens (ce qui englobe police, jus­tice, diplo­ma­tie). Le reste n’a pas — et ne devrait pas — être l’affaire de l’Etat. La redis­tri­bu­tion des richesses par un Etat censé ser­vir l’intérêt géné­ral est une conne­rie sans nom.

    à bien­tôt

    Posted 17 décembre 2008 at 11:46 | Permalink
  21. Une seule réponse à tes ques­tions, LOmiG : pour moi, la notion de «règle juste» est aber­rante. Il n’y aucune règle juste, il y a par contre des idées très majo­ri­taires qui per­mettent à la société de fonctionner.

    Je vais te don­ner un exemple. Tu dis : «La redis­tri­bu­tion des richesses par un État censé ser­vir l’intérêt géné­ral est une conne­rie sans nom.» Cela signi­fie donc que toi, LOmiG, estime que la règle juste est d’interdire à l’État de mener ce type de poli­tiques. Pour­tant, la très grande majo­rité des Français estime que cette poli­tique est à pour­suivre (en tout cas, ils ne votent pas pour les liber­ta­riens pour le moment). Donc, tu estimes que nos conci­toyens vont contre la «règle juste», qui n’a ici aucun sens réel. La règle est fina­le­ment deve­nue l’intervention de l’État. D’ailleurs, pour reve­nir aux règles qui ont émergé dans le temps, l’intervention de l’État, his­to­rique­ment, en est une ! C’est votre vision qui n’a qua­si­ment jamais existé.

    Il n’y a là aucune jus­tice, mais sim­ple­ment une large majo­rité. Si un jour, tes idées triomphent, ta règle devien­dra majo­ri­taire et sera appliquée.

    C’est donc le concept même d’une jus­tice cohé­rente, abso­lue, totale, qui est à revoir. Pour moi, cela n’existe pas : toutes les idéo­lo­gies sonnent justes lorsque tu les découvres. Pour­tant, pour toi, seul le libé­ra­lisme te semble cohé­rent. Aucune jus­tice là-dedans, juste des opi­nions personnelles…

    Quant à la vio­lence, elle est inter­dite par­tout, que je sache, mais elle existe par­tout aussi. Gros pro­blème pour ta théorie.

    A bien­tôt,

    Posted 17 décembre 2008 at 18:00 | Permalink
  22. pap

    Je suis assez d’accord avec Mathieu L. L’intervention de l’état dans les règles écono­miques est le résul­tat de la démo­cra­tie. Notre regard est faussé en France car notre his­toire a mis en place des moyens écono­miques d’état qui sont sur­di­men­sion­nés. La fonc­tion publique, avec ses propres moyens d’évaluation, sa propre notion de per­for­mance, ses propres garan­ties d’emploi ou d’assurance, vit au cro­chet du monde écono­mique pro­duc­tif direct. Et cette fonc­tion publique sur­di­men­sio­née appau­vrit les autres acteurs de la société. Et je suis d’accord avec Lomig, la fonc­tion publique française est un bou­let qui devrait être allégé. Il suf­fit de voir com­ment fonc­tionnent les pays déve­lop­pés com­pa­rables et de s’en ins­pi­rer. Alors oui, notre société française n’est pas assez libé­rale. Mais ce n’est pas une rai­son suf­fi­sante pour envi­sa­ger de réduire à zéro les inter­ven­tions d’état sur l’économie. Il fau­drait que l’état inter­vienne au niveau écono­mique pour favo­ri­ser la créa­tion de richesse dans notre pays ou sou­te­nir des orien­ta­tions stra­té­giques pro­fondes.
    Ce qui est dra­ma­tique c’est qu’un tel constat n’est pas poli­tique­ment accep­table par les socia­listes français qui sont étouf­fés dans une vision écono­mique du 19° siècle et un refus du libre échange qui conduit à la mon­dia­li­sa­tion.
    J’aspire à un socia­lisme français qui favo­rise l’enrichissement col­lec­tif au lieu de cam­per sur un pro­tec­tion­nisme (à visée élec­to­rale) en faveur de seuls ser­vices publics. Et je suis triste de tant d’aveuglement.

    Posted 17 décembre 2008 at 18:35 | Permalink
  23. @Mathieu L. gros pro­blème pour ta théo­rie disant que la vio­lence, elle est inter­dite par­tout
    … par­tout où il existe un pou­voir étatique qui s’est acca­paré le droit à pro­duire de la vio­lence comme signe effec­tif de sa puis­sance; ce qui fait que la vio­lence est inter­dite à qui­conque qui n’est pas man­daté par l’ETAT TOUT PUISSANT.

    Il exis­taient des socié­tés sans État et qui s’étaient orga­ni­sées pour que per­sonne ne puisse avoir le mono­pole de la vio­lence, c’est à dire le pouvoir.

    Cf. Pierre Clastres:
    «Quand les Euro­péens débarquèrent sur les côtes du Nou­veau Monde, ils
    furent stu­pé­faits de décou­vrir des peuples vivant en dehors de toute
    struc­ture poli­tique hié­rar­chi­sée. Certes, par­tout ils trou­vèrent des chefs mais
    jamais ces der­niers ne com­man­daient, et per­sonne n’obéissait à per­sonne. Ce
    ne fut pas l’unique sur­prise. Ces peuples sem­blaient indif­fé­rents aux
    richesses et s’adonnaient en per­ma­nence à la guerre. La rai­son pro­fonde fut
    rapi­de­ment enten­due : ces hommes vivant à l’état de nature n’avaient point
    encore fondé de véri­table société. Ce n’était en quelque sorte que des
    sau­vages, des pri­mi­tifs. Ce constat ali­menta les réflexions théo­riques d’un
    Tho­mas HOBBES (1588−1679) pour qui l’homme à l’état de nature se défi­nit
    par « la guerre de cha­cun contre chacun ».»

    Ou bien c.f. Eugène Enriquez, qui pense qu’en pro­lon­geant la pen­sée de Freud, il est per­mis de dire que l’ Etat (cris­tal­li­sa­tion dans des ins­ti­tu­tions stables du lien grou­pal) ne peut naître ni se déve­lop­per ni se for­ti­fier que par la guerre. C’est pourquoi l’ exis­tence d’ un Etat paci­fique est impos­sible. Enfin, il est inté­res­sant de voir com­ment Freud, selon E. Enriquez, montre que le prin­cipe guer­rier inhé­rent à toute col­lec­ti­vité abou­tit à la consti­tu­tion d’un Etat pourvu de l’autorité néces­saire pour limi­ter les excès pul­sion­nels. Mais l’Etat devient à son tour source de domi­na­tion sur une col­lec­ti­vité qu’il trans­forme en une masse pro­gram­mable et mani­pu­lable. La tra­gé­die humaine pro­vient de cette situa­tion sans issue.

    Posted 17 décembre 2008 at 21:32 | Permalink
  24. pap

    le mythe du bon sauvage…Rousseau…c’est bidon tout ça. Com­ment peut on com­pa­rer une société de quelques mil­liers d’individus dans une nature riche où tout est à dis­po­si­tion avec une société de mil­lions d’hommes concen­trés sur man­hat­tan (ou ailleurs), où rien n’est dis­po­nible sans lutte de chaque ins­tant? Soyez sérieux il y a 7 mil­liards d’hommes sur la pla­nète et une orga­ni­sa­tion d’enfer pour que ça ne se passe pas trop mal. Alors socialisme?

    Posted 17 décembre 2008 at 23:42 | Permalink
  25. LOmiG

    d’accord sur le fait que les his­toires de bon sau­vage, de contrat social à la Rous­seau sont du pipeau.

    tu dis : «L’intervention de l’état dans les règles écono­miques est le résul­tat de la démo­cra­tie.» je n’ai jamais affirmé le contraire…! Je suis d’accord avec vous là-dessus. Mais je ne suis pas sûr que l’intervention de l’état dans les règles écono­miques soit une bonne chose, c’est tout. La démo­cra­tie n’aboutit pas néces­sai­re­ment à des choses formidables.

    Pap, tu dis : «Il fau­drait que l’état inter­vienne au niveau écono­mique pour favo­ri­ser la créa­tion de richesse dans notre pays ou sou­te­nir des orien­ta­tions stra­té­giques profondes.»

    Quel est le meilleur moyen de favo­ri­ser la créa­tion de richesse ? Si ce n’est de lais­ser les indi­vi­dus et les entre­prises entre­prendre libre­ment. Le com­merce et l’échange créent de la richesse. L’état ne doit avoir comme rôle, pour moi, que le fait de garan­tir les condi­tions juri­diques per­met­tant cela : sécu­rité des per­sonnes et des biens, garan­tie de la pro­priété et garan­tie contrac­tuelle. Le reste c’est quoi ? Les his­toires de poli­tiques indus­trielles me font dou­ce­ment rigo­ler : je ne crois pas au mythe du «diri­geant extra-lucide» qui sau­rait déter­mi­ner la bonne direc­tion au bon moment. En matière écono­mique, je pense que la concur­rence libre est un bien meilleur moyen de voir émer­ger des choses nou­velles. Per­sonne ne peut pré­voir l’évolution des mar­chés ; se repo­ser sur des mil­lions de cer­veaux est bien plus effi­cace que de se faire croire qu’il existe quelqu’un capable de don­ner des orien­ta­tion stra­té­giques en matière économique.

    Après, il reste les ques­tions stra­té­giques, au sens diplo­ma­tique et inter­na­tio­nal du terme. Là, oui, il me parait indis­pen­sable, dans les cir­cons­tances actuelles, d’avoir un état assez fort aussi.
    Désolé, j’ai déjà été trop long…

    Posted 18 décembre 2008 at 08:56 | Permalink
  26. pap

    Quand je parle d’intervention de l’état c’est aussi bien pour favo­ri­ser telle ou telle niche écono­mique (baisse sélec­tive de fis­ca­lité, sou­tien à l’endettement, apport de moyens –par exemple sur la recherche ou pour une région défa­vo­ri­sée) que pour appor­ter des moyens lourds inac­ces­sibles à des entre­pre­neurs pri­vés. Le choix de la filière nucléaire (et dieu sait si j’étais contre en 1973) n’a été pos­sible que parce que l’état a décidé de mettre tous ces moyens dans la balance. C’était un inves­tis­se­ment à long terme et des «mil­lions de cer­veaux» tra­vaillant ensemble n’auraient pas pu appor­ter les moyens. La pré­vi­sion des mar­chés reste une par­tie de loto: l’avenir n’est écrit nulle part. Mais quand on est à la tête d’un grand état on dis­pose d’informations impor­tantes plus tôt que les indi­vi­dus de cet état. Et là il y a des choix à faire, des anti­ci­pa­tions à ne pas rater, des inter­ven­tions écono­miques à sou­te­nir ou favo­ri­ser.
    Où je suis tota­le­ment d’accord avec toi, c’est quand tu dis que l’intervention de l’état ne doit pas péna­li­ser l’engagement indi­vi­duel et au contraire favo­ri­ser les indi­vi­dus qui entre­prennent. Mais il n’y a pas contra­dic­tion entre nos 2 posi­tions: juste une affaire d’équilibre. Et je t’accorde aussi qu’aujourd’hui notre héri­tage catholico-communiste et son corol­laire qui est notre incul­ture écono­mique, sont des péna­li­sa­tions consi­dé­rables. (médias culpa­bi­li­sés, fonc­tion publique plé­tho­rique, oprobe jetée sur la notion de performance…)

    Tiens, sur le cha­pitre du socia­lisme je cite le pré­sident du groupe socia­liste du par­le­ment euro­péen au sujet de la pré­si­dence Sar­kozy: «ce bilan n’est pas mal du tout». Imagine-t-on Aubry ou Hamon dire ça? il y a socia­lisme et socialisme.

    Posted 18 décembre 2008 at 10:00 | Permalink
  27. @Pap & LOmiG Vous avez réagi comme des ani­maux de cirque dres­sés à secouer la tête en cadence dès qu’on actionne l’input adéquate. Ici, je sup­pose que c’est le terme «l’homme à l’état de nature» qui vous pousse à la réponse condi­tion­née «Rous­seau» et au sté­réo­type qui va avec «les his­toires de bon sau­vage, de contrat social à la Rous­seau sont du pipeau». Moi, je veux bien, je ne pren­drais même pas le temps de vous démon­trer que Rous­seau ne peut pas être réduit à un sté­réo­type aussi sim­pliste. Mais, je pense sur­tout que vous avez raté l’essentiel de mon inter­ven­tion qui signi­fiait à Mathieu — un his­to­rien — que la vio­lence est inter­dite par­tout où il existe une struc­ture étatique — ce qui est très récent au regard de l’humanité — et que plus l’Etat est faible et plus la vio­lence civile est grande c.f. Irak, Afgha­nis­tan, Pakis­tan, etc… Je pense que vous n’avez rien com­pris à ce que je signi­fiais parce qu’il manque à vos réflexions politico-socio-économiques, un cer­tain recul anthropo-psycho-philosophique, un niveau de culture, qu’à l’évidence, vous ne pos­sé­dez pas. C’est dommage!

    Posted 18 décembre 2008 at 12:20 | Permalink
  28. pap

    C’est vrai que ce bag­gage anthropo-psycho-philosophique me manque depuis la fin du 19° siècle. Je pré­fère de loin ce que Levy Strauss nous a ensei­gné et je plaide coupable.

    Posted 18 décembre 2008 at 12:34 | Permalink
  29. Et bien jute­ment, Pap, pour Lévi-Strauss: «Rous­seau ne s’est pas borné à pré­voir l’ethnologie, il l’a fon­dée. D’abord de façon pra­tique, en écri­vant ce Dis­cours sur l’origine et les fon­de­ments de l’inégalité parmi les hommes qui pose le pro­blème des rap­ports entre la nature et la culture, et où l’on peut voir le pre­mier traité d’ethnologie géné­rale ; et ensuite, sur le plan théo­rique, en dis­tin­guant, avec une clarté et une conci­sion admi­rables, l’objet propre de l’ethnologue de celui du mora­liste et de l’historien : «Quand on veut étudier les hommes, il faut regar­der près de soi ; mais pour étudier l’homme, il faut apprendre à por­ter sa vue au loin ; il faut d’abord obser­ver les dif­fé­rences pour décou­vrir les pro­prié­tés.» (Essai sur l’origine des langues, chap. VIII.)
    Rous­seau est au fon­de­ment de le réflexion moderne sur la liberté de l’homme et si la gauche s’en est empa­rée, c’est qu’elle n’a rien com­pris aux concep­tions de Rous­seau qui ne voyait rien de «bon» ou de «mau­vais» en l’homme, contrai­re­ment à ce qui a été véhi­culé dans les cours de français, en classe de seconde, par des profs épris de la pen­sée… ou plu­tôt… du dogme n°68 ;-)

    Posted 18 décembre 2008 at 12:53 | Permalink
  30. LOmiG

    Je n’ai pas non plus le bagage. Mais je ne suis pas sûr qu’il faille se col­ti­ner toute l’histoire de l’humanité et de la pen­sée pour com­prendre ce qui est juste ou pas.

    Au pas­sage, c’est bien Rous­seau qui a tra­vaillé et fait émer­ger le concept de «contrat social», qui est je le répète une fumis­te­rie intel­lec­tuelle et un grave contre­sens sur la nature des rap­ports humains.

    @ Pap : oui il y a socia­lisme intel­li­gent et res­pon­sable et socia­lisme dog­ma­tique. Sar­kozy incarne assez bien le pre­mier, et le PS le second. pour résu­mer un peu rapi­de­ment.
    J’aimerais qu’il y a un vrai débat entre socia­lisme intel­li­gent (inter­ven­tion­niste à tout crin) et libé­ra­lisme pour que les choses se rééqui­librent. Pas gagné !

    Posted 18 décembre 2008 at 14:09 | Permalink
  31. @ Scheiro : il est vrai que je par­lais des socié­tés modernes avec Etat ici. Main­te­nant, si les Indiens d’Amérique n’avaient par­fois pas d’Etats consti­tués, ils avaient aussi des sys­tèmes de régu­la­tion de la vio­lence, même s’il n’y avait pas de mono­pole de la vio­lence en effet. Glo­ba­le­ment d’accord avec ton commentaire.

    @ PAP : je pense que ta vision des socia­listes est assez sur­an­née. Elle cor­res­pond plu­tôt au dis­cours creux du PS, alors que de nom­breuses évolu­tions idéo­lo­giques ont lieu en paral­lèle. Main­te­nant, dire que la fonc­tion publique est un bou­let est aussi assez dis­cu­table : com­ment expliquer notre vigou­reuse crois­sance depuis 1945 avec une FP en aug­men­ta­tion dans tous les pays riches ?

    @ LOmiG : non, la démo­cra­tie n’aboutit pas sys­té­ma­tique­ment à des choses for­mi­dables, mais elle a un avan­tage indé­niable : elle te per­met d’espérer un jour accé­der au pou­voir pour les cor­ri­ger. Les autres sys­tèmes ne te donnent pas cela.

    Posted 18 décembre 2008 at 14:11 | Permalink
  32. @ LOmiG : Sar­kozy socia­liste ??? T’es sérieux là ??? J’aimerais bien lire ta jus­ti­fi­ca­tion de cette affirmation…

    Posted 18 décembre 2008 at 14:13 | Permalink
  33. @ Mathieu L.

    «Main­te­nant, dire que la fonc­tion publique est un bou­let est aussi assez dis­cu­table : com­ment expliquer notre vigou­reuse crois­sance depuis 1945 avec une FP en aug­men­ta­tion dans tous les pays riches ?»

    Vous confon­dez la cause et la conséquence ! Ce n’est pas la fonc­tion publique qui a fait les trente glo­rieuses. Sim­ple­ment quand la para­sité, l’économie libre, pros­père, le para­site, la FP, pro­fite également.

    «Sar­kozy socia­liste ??? T’es sérieux là ??? J’aimerais bien lire ta jus­ti­fi­ca­tion de cette affirmation…»

    C’est très simple. Ses déci­sions tendent à accroitre le pou­voir de l’Etat et à dimi­nuer celui des indi­vi­dus : c’est un socialiste.

    Quant au fait qu’il ne se pro­clame pas socia­liste, c’est une simple affaire de mar­ke­ting. On doit cla­mer d’autant plus fort sa dif­fé­rence qu’en réa­lité on est semblable.

    Les Peu­geot et les Citroen sont pareilles, mais on essaie de vous faire croire qu’elles sont dif­fé­rentes. Aubry et Sar­kozy jouent le même jeu.

    Posted 18 décembre 2008 at 14:26 | Permalink
  34. Encore un mot :

    au pre­mier ordre, il y a un moyen simple, radi­cal et effi­cace de mesu­rer le socia­lisme ou le libé­ra­lisme d’une politique.

    Le libé­ra­lisme et le socia­lisme se dif­fé­ren­cient par la part de déci­sions qui sont prises col­lec­ti­ve­ment ou lais­sées à l’individu.

    En écono­mie, cela se tra­duit par la part de dépenses publiques dans le PIB.

    On peut donc résu­mer ainsi : un socia­liste (pro­ges­siste ou conser­va­teur) est quelqu’un qui aug­mente (ou main­tient, dans le cas français, vu le nive

    Posted 18 décembre 2008 at 14:34 | Permalink
  35. @ F. Boi­zard : tota­le­ment en désac­cord avec vous. Les grandes orien­ta­tions poli­tiques des Trente Glo­rieuses sont mises en place dès la sor­tie de la guerre, et en par­ti­cu­lier l’intervention de l’Etat bien plus forte dans l’économie. La Sécu est par exemple fon­dée en 1945. Par contre, le démar­rage écono­mique se pro­duit à la fin des années 1940, sous l’impulsion du Plan Mar­shall, des inves­tis­se­ments publics (pla­ni­fi­ca­tion), de la col­la­bo­ra­tion Etat-patronat-syndicats et du boom démographique.

    Durant les Trente Glo­rieuses, la France est à 5% de crois­sance par an. Depuis la libé­ra­li­sa­tion des années 1970, on tourne plu­tôt à 2%. Certes, il y a le contexte, mais je peine à croire que cela suf­fise à tout expliquer.

    Pour votre défi­ni­tion de socia­lisme, je crois que vous êtes non seule­ment réduc­teur, mais aussi caricatural.

    A bien­tôt,

    Posted 18 décembre 2008 at 14:38 | Permalink
  36. @ F. Boi­zard : en fait, vous confon­dez socia­lisme et inter­ven­tion­nisme. Le socia­lisme vise à la col­lec­ti­vi­sa­tion des moyens de pro­duc­tion. Je ne crois pas que Sar­kozy le voit comme cela…

    Posted 18 décembre 2008 at 14:41 | Permalink
  37. ERREUR dans le mes­sage pré­cé­dent, je com­plète. Annule et remplace.

    Encore un mot :

    au pre­mier ordre, il y a un moyen simple, radi­cal et effi­cace de mesu­rer le socia­lisme ou le libé­ra­lisme d’une politique.

    Le libé­ra­lisme et le socia­lisme se dif­fé­ren­cient par la part de déci­sions qui sont prises col­lec­ti­ve­ment ou lais­sées à l’individu.

    En écono­mie, cela se tra­duit par la part de dépenses publiques dans le PIB.

    On peut donc résu­mer ainsi : un socia­liste (pro­gres­siste ou conser­va­teur) est quelqu’un qui aug­mente (ou main­tient, dans le cas français, vu le niveau déjà atteint) le niveau de dépenses publiques dans le PIB.

    Un libé­ral est quelqu’un qui le diminue.

    Les écono­mistes, parce qu’ils aiment la com­plexité pour elle-même, trou­ve­ront un tas de choses à redire sur cette défi­ni­tion, mais elle tient assez bien la route.

    A cette aune, les der­niers gou­ver­ne­ments libé­raux français datent des années 50 (il y a quelques fluc­tu­tu­tions non signi­fi­ca­tives autour de 54 % ces der­nières années qui indiquent juste que l’on a atteint un seuil de dou­leur fis­cale : le para­site étouffe son hôte).

    Posted 18 décembre 2008 at 14:41 | Permalink
  38. «Durant les Trente Glo­rieuses, la France est à 5% de crois­sance par an. Depuis la libé­ra­li­sa­tion des années 1970, on tourne plu­tôt à 2%. Certes, il y a le contexte, mais je peine à croire que cela suf­fise à tout expliquer.»

    Encore une fois, je pense que vous confon­dez cause et conséquence. La libé­ra­li­sa­tion ne s’est faite qu’après que l’étatisme se fut révélé un échec.

    Si vous retrou­vez des docu­ments sur les cam­pagnes élec­to­rales de R. Rea­gan et M. That­cher, vous n’aurez aucun doute qu’ils ont pro­fité d’une crise de l’étatisme.

    «Pour votre défi­ni­tion de socia­lisme, je crois que vous êtes non seule­ment réduc­teur, mais aussi caricatural.»

    Si vous êtes capable de me dire ce qu’est le socia­lisme, de don­ner une défi­ni­tion que vous jugez ni cari­ca­tu­ral ni réduc­trice, je suis preneur.

    Il me semble que les socia­listes eux-mêmes en ont été inca­pables à leur der­nier congrès, puisqu’ils sont tom­bés dans la caricature.

    L’interventionnisme est la forme moderne du socia­lisme. On est passé d’un Etat père sévère à la Sta­line à un Etat mater­nant, cajo­lant, qui vous étouffe à force de se sou­cier de votre bien-être.

    Posted 18 décembre 2008 at 14:55 | Permalink
  39. LOmiG si je te disais que «Capi­ta­lisme et liberté» (Capi­ta­lism and Free­dom) un des bouquin de Mil­ton Fried­man est «une fumis­te­rie intel­lec­tuelle et un grave contre­sens sur la nature des rap­ports» écono­miques sans, au moins, don­ner un argu­ment ou deux sur lesquels je me base pour avan­cer une chose pareille, tu ne serais cer­tai­ne­ment ennuyé. Comme, je ne sais pas ce que tu reproches au «Contrat social» de Rous­seau, je ne sais pas de quoi tu parles véritablement.

    Je suis d’accord pour dire avec toi que «je ne suis pas sûr qu’il faille se col­ti­ner toute l’histoire de l’humanité et de la pen­sée pour com­prendre ce qui est juste ou pas», mais je pense, par contre, qu’en se col­ti­nant toute l’histoire de l’humanité et de la pen­sée, on a moins de chance de se trom­per losrqu’on aura à décla­rer qu’une chose est juste ou non.

    Je serais sur­pris d’apprendre que Fried­man ne savait rien de l’anthropo ou de la philo. Bien entendu on ne peut pas être expert dans tous les domaines. Mais par­ler de poli­tique — on parle bien du mou­ve­ment socia­liste — sans se réfé­rer à l’ensemble des sciences humaines, mais en se cloi­sonnent à la simple théo­rie écono­mique, c’est prendre le risque de pas­ser à côté d’un bon nombre de choses qui expliquent tout un sys­tème poli­tique, non ?

    Posted 18 décembre 2008 at 15:03 | Permalink
  40. @Franck Boi­zard
    >un Etat mater­nant, cajo­lant, qui vous étouffe à force de se sou­cier de votre bien-être
    Et, oui, parce qu’après avoir confisqué la vio­lence, l’Etat cherche à confisquer le reste, c’est à dire la vie en s’appliquant à gérer les corps en atten­dant de pou­voir gérer l’esprit — voir les batailles sur l’audio-visuel et les médias tel qu’Internet.

    @Mathieu L.
    Moi aussi Mathieu, j’aimerais savoir ce qu’on doit entendre par «socia­lisme», aujourd’hui; parce que, dans mon esprit, ça reste quelque chose d’étroitement lié au marxisme.

    Posted 18 décembre 2008 at 15:36 | Permalink
  41. pap

    scheiro: je te disais que je n’avais pas le bag­gage anthropo, psy­cho, socio truc juste pour te faire plai­sir. Bien sûr que j’ai lu tous tes trucs et que je suis même proche d’un prof du col­lège de France en paléoan­thropo… c’était une façon de te dire de ne pas pous­ser le bou­chon trop loin car la dis­cus­sion y per­drait. Je te par­lais de Claude Levy Strauss parce que oui enfin on est dans le scien­ti­fique. Dans la socio­lo­gie anglo saxonne, celle qui nous sort de nos erre­ments. Ma bou­tade n’avait qu’un but: par­lons de faits établis, mesu­rables, et com­pa­rables, et au diable les mas­tur­ba­tions d’intellos. Jétais d’autant plus enclin à bot­ter en touche que pour moi le socia­lisme est une don­née écono­mique (je rejoins donc boi­zard) et que je me refuse à en faire un enjeu de lar­moie­ment social.
    Alors, peut-on défi­nir scien­ti­fique­ment le socia­lisme? Qu’est ce qui carac­té­rise un régime socia­liste? Voila les vraies ques­tions auxquelles il faut répondre avant de dire que Sarko serait ou ne serait pas socialiste.

    Je vous donne mon avis en 2 points:
    1– Ce n’est pas parce qu’un régime se qua­li­fie de démo­crate qu’il est démo­crate. OK? C’est la même chose pour les régimes qui se déclarent socia­listes, révo­lu­tion­naires, ou répu­bli­cains. Toujours d’accord? Donc pour moi ce n’est pas parce que le parti se dit socia­liste qu’il l’est. Tout ceci n’est qu’une ques­tion de mar­ke­ting au même titre que la cou­leur d’une boîte de les­sive: à la pêche aux voix, la note de gueule et le nom comptent plus que le pro­gramme. Et moi la seule chose qui m’interesse, c’est le pro­gramme.
    2– Pour moi est socia­liste un pro­gramme poli­tique qui consi­dère que l’optimisation de la créa­tion de richesses s’obtient grâce à une répar­ti­tion qui dyna­mise l’ensemble des acteurs. Facile à dire?
    Alors des exemples. Si je prends le sys­tème le plus concu­ren­tiel il pri­vi­lé­giera l’enrichissement de ceux qui prennent des risques, de ceux qui tra­vaillent et de ceux qui épargnent. Bravo ça créé des richesses. A mes yeux un pro­gramme socia­liste reprend le sys­tème concur­ren­tiel, mais s’organise pour que ceux qui sont moins capables de tra­vailler, de prendre des risques ou d’épargner puissent mal­gré tout dis­po­ser d’un cer­tain nombre de res­sources pour consom­mer et s’éduquer aux valeurs de risque et de concur­rence. Le pro­gramme socia­liste s’organise aussi pour que le petit nombre d’inaptes totaux ne soient pas en mesure de péna­li­ser le fonc­tion­ne­ment de l’ensemble (en les pro­té­geant ou en les mar­gi­na­li­sant si besoin). Un pro­gramme socia­liste favo­rise le déve­lop­pe­ment de la culture écono­mique pour que le plus grand nombre puisse sor­tir de la misère et des dif­fi­cul­tés écono­miques. Un pro­gramme socia­liste favo­rise l’investissement en sou­te­nant les action­naires, mais orga­nise aussi une redis­ti­bu­tion des richesses qui favo­rise l’ensemble.
    Tout ça je le vois dans le pro­gramme socia­liste de tas de pays euro­péens, et je le vois dans le pro­gramme de Sar­kozy: c’est pour ça que je dis qu’il est socia­liste. Ne croyez pas que je découvre ça main­te­nant car c’est exac­te­ment la rai­son pour laquelle j’ai voté pour lui.

    Main­te­nant si quelqu’un me dit que le socia­lisme c’est Aubry puisqu’elle dit qu’elle est socia­liste, alors je pré­fère me coucher.

    Posted 18 décembre 2008 at 18:48 | Permalink
  42. @ tous ceux qui veulent une défi­ni­tion de socia­lisme, j’en pro­pose une qui me semble résu­mer l’ensemble des mou­ve­ments et des idéo­lo­gies socia­listes : le socia­lisme est un sys­tème écono­mique basé sur la pro­priété col­lec­tive d’une par­tie voire de la tota­lité des moyens de pro­duc­tion, à l’opposé du capi­ta­lisme qui est basé sur la pro­priété pri­vée des moyens de production.

    C’est la défi­ni­tion que j’avais apprise durant mes études d’histoire. Elle n’est pas par­faite mais elle a l’avantage d’être concise et efficace.

    @ Scheiro : le mar­xisme est une variante du socia­lisme, qui indique que la col­lec­ti­vi­sa­tion des moyens de pro­duc­tion, néces­saire pour mettre un terme à la lutte entre bour­geoi­sie et pro­lé­ta­riat, doit pas­ser par une révo­lu­tion ame­nant le pro­lé­ta­riat au pou­voir, qui exerce ensuite sa dic­ta­ture pour col­lec­ti­vi­ser les biens et ensuite sup­pri­mer l’État, qui n’est plus néces­saire puisqu’il sert à défendre les biens des bour­geois. Le mar­xisme ne croit donc pas en la démo­cra­tie, car elle est noyauté par les bourgeois.

    @ F. Boi­zard : il est vrai que le key­né­sia­nisme a connu une crise durant les années 1970, per­met­tant l’avènement du néo­li­bé­ra­lisme dans cer­tains pays, je ne le nie pas. D’ailleurs, ces économistes-là ont aussi fait évoluer leurs pen­sées et on parle main­te­nant de néo­key­né­sia­nisme. Je dis juste qu’on ne peut pas dire que la crois­sance de l’État des Trente Glo­rieuses est pos­té­rieure ou conséquence de la crois­sance écono­mique. Si on regarde bien les chiffres, les phé­no­mènes sont inver­sés. Après, ce n’est peut-être pas lié, mais c’est troublant…

    Posted 18 décembre 2008 at 19:20 | Permalink
  43. «le socia­lisme est un sys­tème écono­mique basé sur la pro­priété col­lec­tive d’une par­tie voire de la tota­lité des moyens de pro­duc­tion, à l’opposé du capi­ta­lisme qui est basé sur la pro­priété pri­vée des moyens de production.»

    D’après votre défi­ni­tion, si Mar­tine Aubry accède au pou­voir suprême, elle natio­na­li­sera tout ou par­tie des moyens de production.

    Ca me don­ne­rait envie de voter Aubry rien que pour voir ça (et la tête de ses «camarades»).

    Allons, soyons sérieux, il n’y a pas de défi­ni­tion claire du socia­lisme poli­tique en 2008 tout sim­ple­ment parce qu’il a cessé depuis long­temps d’être pertinent.

    Les socia­listes font encore du bruit avec la bouche (et les portes qui claquent) mais dans les têtes, il n’y a plus que des clien­tèles à sou­doyer (fonc­tion­naires, assis­tés, élec­teurs en espoir d’assistanat) avec l’argent volé grâce à la force étatique.

    Mais, au fond, peut-être que rien n’a changé, peut-être que le socia­lisme, ça a toujours été ça ?

    Posted 18 décembre 2008 at 19:45 | Permalink
  44. @ F. Boi­zard : ai-je pré­tendu que le PS était socia­liste ??? Pour le reste, je vous laisse à vos opinions…

    Posted 18 décembre 2008 at 20:38 | Permalink
  45. Merci pour le rap­pel sur le mar­xisme, Mathieu, et c’est toujours avec une cer­taine émotion que je me repré­sente cette reli­gion sur le déclin ainsi que ses prouesses socio-économiques telles que ses grands offi­ciants les ont accom­plies. J’ai tjs la larme à l’oeil quand je tombe sur la page d’un vieux maga­zine qui décrit le bon­heur passé des Cubains ou des Rou­mains à l’époque de l’International.

    @Pap: c’est entendu Pap, je tache­rai de res­ter dans les faits établis, mesu­rables, et com­pa­rables, et au diable les mas­tur­ba­tions d’intellos.
    De toute façon je suis d’accord avec l’idée que Sar­kozy est un socia­liste qui s’ignore, un peu comme ces types mariés avec 3 gosses qui se retrouvent, brusque­ment, avec de drôles de pul­sions pour des indi­vi­dus du même sexe qu’eux.

    Posted 18 décembre 2008 at 21:47 | Permalink
  46. pap

    Scheiro, non je ne crois pas que sarko soit un homo.

    Posted 18 décembre 2008 at 22:31 | Permalink
  47. LOmiG

    salut à tous,
    merci pour cette très inté­res­sante dis­cus­sion. ça devient dur de rebon­dir sur tous les points…

    @ Franck : tu dis «On peut donc résu­mer ainsi : un socia­liste (pro­gres­siste ou conser­va­teur) est quelqu’un qui aug­mente (ou main­tient, dans le cas français, vu le niveau déjà atteint) le niveau de dépenses publiques dans le PIB.» et j’en suis bien d’accord, même si c’est un peu réducteur.

    @ Sheiro : bien sûr on est d’accord. De même qu’Hayek visi­ble­ment avait foutu le nez (et pas qu’un peu) dans les sciences cog­ni­tives, dans la théo­rie de l’évolution, dans l’histoire et la phi­lo­so­phie du droit, etc…C’était juste pour réagir un peu parce qu’au lieu de nous mettre face à notre incul­ture, il vaut mieux nous en appor­ter des morceaux…non ?

    @ Mathieu & Pap : Mathieu, ta défi­ni­tion du socia­lisme est une défi­ni­tion du mar­xisme pour moi. Elle est tour­née vers le passé ; c’est peut-être une défor­ma­tion d’historien ? Pap, com­plè­te­ment d’accord avec ta défin­tion de ce que devrait être un socia­lisme intel­li­gent et moderne. C’est effec­ti­ve­ment ce qu’on peut voir dans les pays euro­péens où les socia­listes ont évolué. Et d’accord pour ne pas lais­ser ceux qui braillent le plus fort s’accaparer un nom. ON a le droit et le devoir de réflé­chir. Sar­kozy est socia­liste, je le répète. AUbry est com­mu­niste, et tout sim­ple­ment déca­lée et dog­ma­tique. Ton avant-dernier com­men­taire me donne envie de réagir sur les points suivants :

    Pour moi est socia­liste un pro­gramme poli­tique qui consi­dère que l’optimisation de la créa­tion de richesses s’obtient grâce à une répar­ti­tion qui dyna­mise l’ensemble des acteurs.

    J’ai envie de répondre, que pour moi, est libé­ral un pro­gramme poli­tique qui consi­dère que les droits indi­vi­duels humains doivent être la prio­rité en toutes cir­cons­tances. Ces droits com­prennent la liberté, la pro­priété de soi et du fruit de son tra­vail. L’esprit de jus­tice implique non pas de déci­der arbi­trai­re­ment la «juste» répar­ti­tion des richesses entre les uns et les autres, mais de com­prendre qu’est juste un sys­tème où ces droits sont garan­tis, pour tous.

    mais s’organise pour que ceux qui sont moins capables de tra­vailler, de prendre des risques ou d’épargner puissent mal­gré tout dis­po­ser d’un cer­tain nombre de res­sources pour consom­mer et s’éduquer aux valeurs de risque et de concurrence.

    En quoi cela devrait-il être orga­nisé par l’Etat, de manière col­lec­tive ? Je suis tout à fait en phase avec le fait qu’une société qui lais­se­rait les plus faibles cre­ver sur le bord de la route est tout à fait détes­table, mais agi­ter cette soli­da­rité et cette fra­ter­nité me donne envie de reci­ter le texte de Bas­tiat. Les humains seraient-ils donc «bons» quand ils arrivent au pou­voir, et «mau­vais» le reste du temps ? Cette néces­saire soli­da­rité est-elle mieux orga­ni­sée, plus concrète, plus réelle si elle est le fruit d’une col­lecte for­cée ? Per­mets moi d’en dou­ter, sans aucune malice. j’ai le sen­ti­ment que la vraie soli­da­rité est empê­chée en France par le fait qu’elle est plus ou moins déjà orga­ni­sée de manière col­lec­tive. Je pré­fè­re­rais déci­der moi-même où va l’argent de ma soli­da­rité, sur quelles prio­ri­tés. Je ne pense pas que l’usage de la force soit néces­saire pour que la soli­da­rité joue. ça rejoint les argu­ments que je don­nais dans mon pre­mier com­men­taire, et qui ne fai­sait que repro­duire l’argument cen­tral de Bas­tiat : le socia­liste consi­dère l’humain comme mau­vais, sauf lui (qui est animé par une soli­da­rité sin­cère). Drôle de manière de voir l’humain, qui ne cor­res­pond pas à ma vision. Je crois que les humains, indi­vi­duel­le­ment, seraient capables de jouer le jeu de la soli­da­rité sans y être forcé, et c’est ce qu’on observe dans les pays où la charité/mécénat/évergétisme ne sont pas sys­té­ma­tique­ment découragés…

    Un pro­gramme socia­liste favo­rise l’investissement en sou­te­nant les action­naires, mais orga­nise aussi une redis­ti­bu­tion des richesses qui favo­rise l’ensemble.

    Oui ; et un pro­gramme libé­ral consi­dère que l’investissement n’a pas à être favo­risé ou défa­vo­risé, mais sim­ple­ment laissé libre. Et un pro­gramme libé­ral consi­dère que le meilleur moyen que des richesses soient créés est de lais­ser les gens libres d’en créer (ce qui implique de res­pec­ter l’inégalité). La redis­tri­bu­tion doit res­ter spon­ta­née et volon­taire : com­ment évoluer dans un sys­tème juste autrement ?

    Posted 19 décembre 2008 at 08:35 | Permalink
  48. @LOmiG: Désolé, LOmiG, ce n’était pas pour vous mettre face à votre «incul­ture» comme tu le dis, mais au contraire c’est parce que ma culture est très limi­tée et que je ne peux réagir qu’à par­tir de mes faibles connais­sances qui forment un monde réfé­ren­tiel où les sciences écono­miques occupent une toute petite place, alors que les sciences du lan­gage, l’anthropo et la philo sont un peu plus déve­lop­pées. C’est moi qui apprend bcp de choses en ce moment parce que je découvre plus en pro­fon­deur des sys­tèmes écono­miques ou poli­tiques dont je ne sais pra­tique­ment rien. Je connais seule­ment de répu­ta­tion des auteurs comme Fried­man ou Hayek, mais mis à part ce que j’ai pu en lire sur vos blogs et qqs articles en ligne, je ne sais qua­si­me­ment rien de leurs théo­ries, de leurs sys­tèmes de pen­sée. En fai­sant qqs cita­tions, je cherche sim­ple­ment à vous indiquer des pistes pour élar­gir le champ de vos connais­sances mais ça s’arrête là, LOmiG, c’est sim­ple­ment pour payer mon tri­but, appor­ter un peu de ma science et la mettre en com­mun. C’est pour faire cir­cu­ler la kula :-)

    Posted 19 décembre 2008 at 10:13 | Permalink
  49. LOmiG

    Salut Sheiro,
    j’avais bien com­pris, merci à toi pour ces apports ! Je vais me m’acheter «Masse et puis­sance» pen­dant mes vacances de Noël, et je le met­trais au som­met de la pile de bouquin que je dois lire…(soupir)

    à bien­tôt !

    Posted 19 décembre 2008 at 10:17 | Permalink
  50. Ceci dit, j’ai le sen­ti­ment que par rap­port aux socia­listes euro­péens, tra­vaillistes, socio-démocrates, etc. le PS fait véri­ta­ble­ment figure de dino­saure atteint de la mala­die de Pic. Je ne parle pas du PC et consort qui en réa­lité res­semblent à des asso­cia­tions folk­lo­ristes his­toire de mon­ter aux tou­ristes com­ment on vivait avant, dans le temps, des asso­cias­sions qui ne devraient être dans la rue qu’à l’occasion du Mardi Gras. Au mieux, il fau­drait réser­ver aux membres des ces groupes, LCR-NPA, Attac, etc. une place au fond des zoos pour que les visi­teurs puissent foutre la paix aux singes et se défoulent les zygo­ma­tiques en allant jeter des caca­houètes à ces fils de fac­teurs ou d’instituteurs.

    Posted 19 décembre 2008 at 10:31 | Permalink
  51. Comme l’avait fait remarquer Rubin «Masse et Puis­sance» est très contex­tua­lisé mais Canetti n’est pas sim­ple­ment un socio­logue, c’est un très grand auteur qui manie les langues à la per­fec­tion et tu vas te réga­ler LOmiG.
    Have a great xmas! comme vient de me le sou­hai­ter à l’instant Yiying Lu sur Twit­ter ;-)

    Posted 19 décembre 2008 at 10:42 | Permalink
  52. @ LOmiG : en fait, il est vrai que j’ai repris la défi­ni­tion de mes cours d’histoire. Cepen­dant, elle n’est pas mar­xiste pour autant. Le mar­xisme pro­pose une vision du monde par­ti­cu­lière et des moyens pour arri­ver à la pro­priété col­lec­tive. D’autres idéo­lo­gies tota­le­ment dif­fé­rentes (anar­chisme, socia­lisme jau­res­sien…) visent au même but.

    Je ne suis pas d’accord avec vous sur Sar­kozy. Il ne vise pas à faire des moyens de pro­duc­tion une pro­priété col­lec­tive, et sa poli­tique vise plu­tôt à res­treindre la pro­priété publique. Par contre, il n’est pas contre l’intervention de l’État dans l’économie, mais ça, ce n’est pas for­cé­ment du socia­lisme. Cela se rap­proche plus d’une droite gaul­liste qui est inter­ven­tion­niste mais vise plu­tôt à être conservatrice.

    En fait, le socia­lisme est équi­va­lent au capi­ta­lisme dans les défi­ni­tions. Ensuite, des idéo­lo­gies se sont orga­ni­sées autour pour le théo­ri­ser. Le pro­ces­sus est le même pour le libé­ra­lisme autour du capitalisme.

    Main­te­nant, je ne nie pas que mon métier puisse défor­mer ma pen­sée politique.

    Posted 19 décembre 2008 at 10:50 | Permalink
  53. Gontman

    Quel débat enflammé :) ! Gont

    Posted 19 décembre 2008 at 18:06 | Permalink
  54. Paul

    @ Mat­thieu : Keynes n’a jamais été socia­liste. S’il pro­pose d’augmenter les dépenses publiques, de taxer les plus riches, c’est unique­ment dans un objec­tif de régu­la­tion macro-économique, il n’y a aucune ambi­tion sociale là dedans. D’ailleurs les méthodes key­né­siennes ont été appliquées par tous, socia­listes ou non !

    @ Mat­thieu toujours : Ta défi­ni­tion du socia­lisme (pro­priété col­lec­tive des moyens de pro­duc­tion) s’appuie je pense sur des concepts écono­miques dépas­sés, comme le fait la pen­sée mar­xiste. Les moyens de pro­duc­tion parais­saient être au 19eme siècles les usines, le char­bon (et avant : la terre). Il est plus juste de dire aujourd’hui que la pro­duc­tion de richesse est le fruit de la créa­ti­vité humaine, de sa capa­cité d’invention : com­ment col­lec­ti­vi­ser les cer­veaux humains sans deve­nir tota­li­taire ?
    Cela explique en par­tie que les socia­listes n’arrivent plus à pro­po­ser une pen­sée cohé­rente, enfer­més dans cette vision caduque de l’activité écono­mique. Ne pas renon­cer clai­re­ment aux concepts mar­xistes est selon moi un sui­cide intel­lec­tuel (celui du PS français).
    Les idées socia­listes, au sens Boi­za­rien du terme (CAD jus­ti­fier une inter­ven­tion étatique qui ne se limite pas aux mis­sion réga­liennes de l’Etat), il y a mille façon de les jus­ti­fier. Mais dès que tu te réfè­re­ras à ces vieilles doc­trines, les plus mal­hon­nêtes te répon­dront : «Sta­line». Et ils auront rai­son.
    Je donne une piste pour essayer de défi­nir une pen­sée socia­liste moderne (CAD social-libérale) : selon les libé­raux, l’Etat a pour objec­tif de garan­tir à cha­cun la jouis­sance de ses droits natu­rels (liberté, sécu­rité, pro­priété).
    Mais il faut don­ner à chaque per­sonne la capa­cité d’exercer ces droits, pour qu’il ne soient pas qu’une abs­trac­tion. Et pour exer­cer ces droits, la pre­mière condi­tion est d’être en vie ! Une nou­velle mis­sion s’impose à l’État : pro­té­ger la vie des indi­vi­dus, non pas contre les vio­lence des autres unique­ment, mais de manière abso­lue. Sécu­rité sociale publique, revenu mini­mum, construc­tion d’infrastructures d’assistance, se voient ainsi mieux sou­te­nus idéo­lo­gique­ment que par l’idée de pro­priété col­lec­tive des moyens de production.

    @ Lomig : atten­tion à ne pas cari­ca­tu­rer Rous­seau ! Sa pen­sée est bien plus com­plexe et lucide que ce que l’on pour­rait en pen­ser en la sur­vo­lant briè­ve­ment. A coté du bon sau­vage et du contrat social il y a des idées lourdes de sens comme celle-ci : «Le pre­mier qui, ayant enclos un ter­rain, s’avisa de dire: Ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fon­da­teur de la société civile» (Dis­cours sur l’origine de l’inégalité entre les peuples).

    Posted 20 décembre 2008 at 12:28 | Permalink
  55. @ Paul : euh, je n’ai pas dit le contraire. Keynes était pour le capi­ta­lisme, je le sais. Si j’ai laissé entendre cela, merci d’avoir corrigé.

    Posted 20 décembre 2008 at 14:49 | Permalink
  56. @ Paul encore : on m’a demandé une défi­ni­tion de socia­lisme, je vous en ai pro­posé une. Merci de tes expli­ca­tions. Cette vision de l’État est inté­res­sante. Cepen­dant, pour moi, les droits natu­rels n’existent pas : ils sont le pro­duit d’une his­toire, d’une civi­li­sa­tion, et ils s’imposent à nous par cela. Ils sont le résul­tat d’un consen­sus très majo­ri­taire, comme tous les droits. Seule la pro­priété est régu­liè­re­ment dis­cu­tée jus­te­ment. Tous les droits pour­raient être remis en ques­tion dans le futur. Il y a cinq siècles, la pro­priété, la liberté étaient de pures abs­trac­tions, et elles le rede­vien­dront peut-être un jour…

    A mon humble avis, si Marx se réfère en effet à une société qui n’existe plus, comme Bas­tiat le fait ici par ailleurs, cer­tains concepts qu’il a théo­risé sont toujours valides, comme la lutte des classes ou la plus-value. D’ailleurs, les écono­mistes classent main­te­nant Marx comme le der­nier des écono­mistes clas­siques, voire comme un libé­ral. Inté­res­sant, non ?

    Je signale que LOmiG m’a pro­mis de s’attaquer un jour à la lec­ture de Marx.

    Posted 20 décembre 2008 at 14:56 | Permalink
  57. LOmiG

    ah ah ah : :::::: Mathieu L. Marx comme un écono­miste libé­ral, ça c’est la meilleure !!!!!! :)

    J’espère que c’est une blague. Marx n’est ni un pur écono­miste, mais avant tout un phi­lo­sophe dou­teux, et il n’a abos­lu­ment rien de libé­ral, dans la mesure où les indi­vi­dus dans son sys­tème de pen­sée sont tota­le­ment sou­mis et défi­nis par des ensembles plus grand. Marx est un anti-individualiste primaire.

    Et moi, je suis un anti-marxisme primaire.

    Posted 21 décembre 2008 at 11:17 | Permalink
  58. LOmiG

    @ Paul : je ne cherche pas à cari­ca­ture Rous­seau (que je n’ai pas lu, rai­son de plus). Cepen­dant j’ai quand même lus quelques textes, et ils m’ont per­mis de voir que la vision de Rous­seau est assez sim­pliste, et com­porte des sauts concep­tuels qui ne vont pas tel­le­ment avec un esprit de rigueur intel­lec­tuelle.
    Il parle quand même d’un état de nature de l’être humain, où celui-ci serait «libre, sain bon et heureux».…étrange manière de croire que l’homme a déjà existé dans un hypo­thé­tique état de nature asocial.

    Je cite un extrait :

    Mais dès l’instant qu’un homme eut besoin du secours d’un autre ; dès qu’on s’aperçut qu’il était utile à un seul d’avoir des pro­vi­sions pour deux, l’égalité dis­pa­rut, la pro­priété s’introduisit, le tra­vail devint néces­saire et les vastes forêts se chan­gèrent en des cam­pagnes riantes qu’il fal­lut arro­ser de la sueur des hommes, et dans lesquelles on vit bien­tôt l’esclavage et la misère ger­mer et croître avec les moissons.

    JJ Rous­seau, Dis­cours sur l’orgine et les fon­de­ments de l’inégalité parmi les hommes

    Il y a dans ce texte une vision du tra­vail qui est fausse (à quel moment les hommes n’ont-ils pas eu besoin de tra­vailler ?) et il y fait de la pro­priété et de la vie en société la source de tous les maux. Je suis à 180° de cette vision de l’être humain.

    à bien­tôt

    Posted 21 décembre 2008 at 11:34 | Permalink
  59. @ LOmiG : mais si, j’ai lu ça quelque part. Il va fal­loir que je fouille mes bouquins d’économie main­te­nant. Je te tiens au courant.

    Atten­tion, être pri­maire est une limi­ta­tion au champ de la pen­sée et de la cri­tique. Je ne te pen­sais pas doté de ce travers…

    Posted 21 décembre 2008 at 11:42 | Permalink
  60. @ LOmiG : ah, tu as rai­son, le bouquin auquel je pen­sais dit que Marx était le der­nier des écono­mistes clas­siques. Bon, mea culpa, j’irai me fouet­ter d’orties fraî­che­ment cou­pées pour me faire par­don­ner (quoiqu’en hiver, ça va être dur à trou­ver). Par contre, Marx est bien consi­déré comme un écono­miste par les man­da­rins du milieu…

    A bien­tôt,

    Posted 21 décembre 2008 at 11:47 | Permalink
  61. JEAN-JACQUES ROUSSEAU, FONDATEUR DES SCIENCES DE L’HOMME:
    «La révo­lu­tion rous­seauiste, pré­for­mant et amorçant la révo­lu­tion eth­no­lo­gique, consiste à refu­ser des iden­ti­fi­ca­tions obli­gées, que ce soit celle d’une culture à cette culture, ou celle d’un indi­vidu, membre d’une culture, à un per­son­nage ou à une fonc­tion sociale que cette même culture cherche à lui impo­ser. Dans les deux cas, la culture ou l’individu reven­diquent le droit à. une iden­ti­fi­ca­tion libre, qui ne peut se réa­li­ser qu’au delà de l’homme : avec tout ce qui vit et donc souffre ; et aussi, en deçà de la fonc­tion ou du per­son­nage : avec un être non déjà façonné, mais donné. Alors, le moi et l’autre, affran­chis d’un anta­go­nisme que la phi­lo­so­phie seule cher­chait à exci­ter, recouvrent leur unité. Une alliance ori­gi­nelle enfin renou­ve­lée leur per­met de fon­der ensemble le nous contre le lui, c’est-à-dire contre une société enne­mie de l’homme, et que l’homme se sent d’autant mieux prêt à récu­ser que Rous­seau, par son exemple, lui enseigne com­ment éluder les insup­por­tables contra­dic­tions de la vie civi­li­sée. Car, s’il est vrai que la nature a expulsé l’homme et que la société per­siste à l’opprimer, l’homme peut au moins inver­ser à son avan­tage les pôles du dilemme, et recher­cher la société de la nature pour y médi­ter sur la nature de la société. Voilà, me semble-t-il, l’indissoluble mes­sage du Contrat social, des Lettres sur la Bota­nique, et des Rêve­ries.«
    Claude LEVI-STRAUSS, Anthro­po­lo­gie struc­tu­rale II, chap. II, Plon, 1973, p. 45–56

    >à quel moment les hommes n’ont-ils pas eu besoin de tra­vailler ?
    Tant que l’homme se contente de chasse et de cueillettes sans avoir l’idée de sto­cker de la nour­ri­ture, le tra­vail reste pour lui quelque chose d’impensée et cette période dure envi­ron 95.000 ans si l’on fait débu­ter le règne de l’homo-sapience à envi­ron 100.000 avant l’ère chré­tienne. Ce que tu appelles TRAVAIL, LOmiG est un concept spé­ci­fique à la culture judéo-chrétienne, mais ce n’est pas un «uni­ver­sel», comme tu le penses.

    Posted 21 décembre 2008 at 13:28 | Permalink
  62. LOmiG

    @ Sheiro : «Car, s’il est vrai que la nature a expulsé l’homme et que la société per­siste à l’opprimer»…Ah ? en quoi cela est-il vrai, si je peux me per­mettre de ne pas être d’accord avec Maître Levi-Strauss ?

    Posted 22 décembre 2008 at 18:24 | Permalink
  63. pap

    Le tra­vail n’aurait-il com­men­cer qu’avec l’ère judéo chré­tienne au moyen orient et en Europe?
    Le tra­vail n’existait-il pas pour les hommes en Afrique avant que les judéo-chrétiens n’apportenet la déso­la­tion à ce conti­nent de lait et de miel? Non il n’existait que pour les femmes.

    Posted 22 décembre 2008 at 21:57 | Permalink
  64. LOmiG

    salut à tous,
    juste pour vous infor­mer que j’ai publié un petit texte d’Hayek, et dont le thème est Pourquoi les socia­listes ont tort ? (le titre est de moi, bien sûr :) )

    à bien­tôt !

    Posted 24 décembre 2008 at 09:07 | Permalink

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