J’ai été surpris par une chose en regardant l’émission Ce soir ou jamais de Taddéi qui a eu lieu le soir de l’intervention télévisée de Sarkozy. Ce qui m’a surpris : Daniel Cohen et Pascal Salin, deux économistes, ne parviennent pas à se mettre d’accord sur les causes de la crise. Comment raisonner de manière correcte, si on n’est pas d’accord sur le constat ? Comment les gens peuvent-ils se mettre d’accord sur les actions à mener ou pas, s’ils ne partagent pas une vision commune de la réalité ?
J’ai été surpris également de la place laissée à Ben (artiste) qui a monopolisé un temps de parole monumental pour délivrer un message assez creux.
Pour finir, je rejoins Salin sur plusieurs points importants :
- La règle des 1/3 pour la répartition des profits dans les entreprises est une ineptie, notamment parce que les dividendes reviennent de droit aux actionnaires. Ce sont eux qui ont investi leur argent, ce sont eux qui accepté de prendre un risque et d’attendre. Au nom de quoi faudrait-il leur expliquer que ce qui a motivé cela ne leur appartient plus ? Le simple respect du droit de propriété devrait éviter de dire de telles âneries.
- Sur la moralité de l’héritage, après un couplet de Denis Olivennes : bien entendu les droits de succession sont une bêtise économique, et morale. Pourquoi celui qui dépense serait-il encouragé par rapport à celui qui épargne ? Les politiciens n’ont pas à orienter les actions des individus de la sorte.
- Les français bénéficient des délocalisations : tout le bla-bla des autres invités sur les licenciements, la mondialisation, ne tient pas la route, puisqu’il considère que la mondialisation, présentée comme une génératrice d’inégalités (horreur !), n’est pas fondé
- Le capitalisme est moralement fondé ; ceux qui parlent de le refonder se fourrent le doigt dans l’oeil, ou veulent tromper les gens.
- Pourquoi toujours vouloir faire coopérer les Etats, uniformiser les solutions de relance, alors même que l’on sait qu’il n’y a pas de consensus des économistes sur la manière de sortir de la crise ? Laissons la concurrence jouer, y compris dans le domaine de la politique économique. Faisons les constats de manière rigoureuse, et laissons la diversité des humains créer des voies différenciées de construire…
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9 Comments
Ben oui, les Français bénéficient des délocalisations. Ca fait baisser les prix pour le consommateur, et ça permet d’évoluer vers des métiers plus qualifiés.
Mais je doute qu’il soit possible de faire entendre un discours rationnel sur ces sujets, par les temps qui courent.
salut Rubin merci pour ton commentaire : oui il devient difficile, surtout à la télé où le rythme est trop élevé pour faire de la pédagogie, de dire la simple vérité.
Il va bien falloir pourtant un jour, faire cet effort. C’est ce que nous faisons sur nos blogs…
bonne soirée
Toujours le même débat pour lequel je ne prétends pas avoir raison et pour lequel je ne suis pas sûr que vous ayez totalement tort: la liberté individuelle ne doit elle pas souffrir de quelques coups de canif consentis pour que l’efficacité collective puisse se développer?
si, si, on est d’accord, pap…mais de quels coups de canifs parle-tu puisque tu parles d’efficacité ?
Tu sembles penser que mon billet est « dogmatique » : sur quel point ?
Il me semble que justement, en terme d’efficacité, le fait de plomber encore plus la liberté d’entreprendre et de créer de la richesse ne joue pas du tout dans le sens affiché..! Il y avait une bonne part de démagogie à mon sens dans le discours de Sarkozy l’autre soir, de démagogie politicienne et électorale, et assez peu de cohérence politique. Je le sens naviguer en bon pragmatique pour arriver à manier la chêvre et le choux, mais ça ne peut résister en façade que parce que les journalistes en face sont totalement incapables de soulever les vrais questions….
Sur la règle des 1/3 1/3 1/3, très franchement, il faut arrêter de se foutre de la gueule du monde…Ok, il veut renforcer Besancenot pour flinguer encore un peu le PS, mais très franchement s’il faut en arriver à de telles impostures intellectuelles, il va finir par perdre son électorat…!
au passage, pap, une question. Ta phrase semble sous-entendre que la liberté pleine de certains ne peut s’exprimer qu’en diminuant la solidarité ou en causant des dégâts à l’efficacité collective. Je pense au contraire que c’est tout l’inverse : je pense que la liberté pleine de TOUS permet également d’atteindre une efficacité maximale ET juste.
Pour que nous nous comprennions bien, il importe ici de rappeler ce qu’on entend par liberté. Quand je parle de liberté, je me réfère aux textes de salin que tu peux lire ici : en gros la liberté va avec la propriété (de soi, des fruits de son travail, de ce qu’on acquiert ou possède par l’échange libre) et la responsabilité. Comment ne pas la souhaiter entière et pleine pour chaque individu ? En quoi cette même liberté, respectée de manière stricte pour chaque individu, pourrait causer du tort aux autres, ou à l’efficacité collective ? L’efficacité collective peut s’obtenir librement : c’est ce qu’on observe tous les jours dans toutes les entreprises, dans toutes les associations. Pourquoi faudrait-il toujours opposer liberté individuelle et efficacité collective ?
« En quoi cette même liberté, respectée de manière stricte pour chaque individu, pourrait causer du tort aux autres, ou à l’efficacité collective ? » Tout simplement parce que la liberté n’est pas une variable quatifiable, ni mesurable de la même façon pour tout le monde. C’est une valeur morale avant tout, revendiquée et vécue de façon différente par chaque individu. Il y a des normes et des moyennes j’en conviens mais le problème vient précisément de ceux qui sont hors normes et utilisent leur liberté pour asservir d’autres. C’est un constat et non une proclamation d’intention.
« L’efficacité collective peut s’obtenir librement : c’est ce qu’on observe tous les jours dans toutes les entreprises, dans toutes les associations » Voila typiquement le contre exemple: dans combien d’entreprises l’efficacité est-elle obtenue librement? Oublies tu que les hiérarchies sont précisément faites pour contrôler et harmoniser les libertés individuelles? A moins que tu me dises que la hiérarchie est consentie librement par la majorité des individus. On parle peut être de la même chose en la nommant différemment.
Je viens de comprendre tout le malentendu…par liberté, je n’entend pas une caractéristique morale, ou un processus d’émancipation. Je n’entend pas non plus, bien sûr, la possibilité de faire ce qu’on veut. La liberté c’est un droit fondamental des humains. Défendre la liberté individuelle, c’est la défendre pour tous de manière – pour le coup – dogmatique. Celui qui contraint les autres ou les asservis ne respecte pas la liberté. Il tombe automatiquement sous le coup de la loi et de la justice. On ne peut tolérer aucune entorse à la liberté, si l’on veut en faire un principe juste.
Vouloir éviter que certains contraignent les autres n’est pas un argument pour limiter la liberté : c’est normal et c’est punir ceux qui ne respectent pas la liberté des autres. Dans une entreprise, tu es salarié parce que tu as signé – librement – un contrat de travail, qui te lie à l’entreprise. Le fait que le travail en équipe et son efficacité nécessite une structuration pour que les décisions puissent être prise, c’est une autre question. Par ailleurs, on est au courant de cela en signant son contrat de travail.
Je crois que la différence entre nos deux conceptions / utilisation du mot liberté, vient du fait que tu vois la liberté comme un synonyme un peu de « désir » ou « volonté » (je sais que ce n’est pas exactement ça, mais c’est l’idée). C’est la liberté au sens positif : être libre, c’est faire ce qu’on veut. Dis moi si je me trompe. Pris dans ce sens, évidemment, il faut limiter la liberté.
Les libéraux (les quelques auteurs que j’ai lus, de manière incomplète) ont justement le mérite d’avoir défini précisemment ce qu’est la liberté. Elle se définit comme quelque chose de « négatif ». La liberté ne va pas sans propriété : le droit fondamental d’un être humain, c’est d’être propriétaire de soi, du fruit de son travail. La propriété est quelque chose de négatif : je possède ce dont je peux exclure autrui. En lui associant la propriété, on peut ainsi définir la liberté comme un droit d’exclusion : je fais ce que je veux de ce que je possède, et je peux en exclure les autres. Même chose pour eux. ça rejoint, à peu de choses près, le « ne fais aux autres ce que tu ne voudras pas qu’on te fit ».
Et pris sous cet angle, respecter la liberté de chacun, c’est faire de l’acte de contrainte ou de menace, un mal presque « absolu ». Celui qui aggresse ou qui contraint un autre n’est pas dans un exercice de sa liberté. Il est dans un acte de contrainte, de violence. La liberté n’est pas à critiquer, mais bien la violence et la contrainte. La liberté bien comprise inclue le respect de celle des autres. Sinon ce n’est qu’un vulgaire synonyme de « puissance ».
est-ce que ça rend plus compréhensible notre « désaccord » ?
Merci de ta réponse qui effectivement m’éclaire. oui je considère la liberté sous son angle « positif » comme tu dis. Et oui sous cet angle la liberté appelle des contrôles. Si je comprends bien ton angle « négatif » de la liberté c’est qu’elle contraint quiconque à la respecter. Sur le papier c’est beau. mais restent 2 questions à mes yeux pour sortir de l’apect formel de l’affirmation: qui est chargé de faire respecter cette liberté de tous? et, n’y a-t-il pas des propriétés qui interdisent à d’autres de devenir propriétaires?
salut Pap, l’angle « négatif » de la liberté tel que définit plus haut est simplement une définition de la liberté incluant des limites. La liberté sans limites n’a pas de sens.
Tes deux questions sont très importantes :
1) je suis attaché à l’Etat de droit. On peut toujours imaginer des mondes imaginaires, mais nous vivons dans le réel. La police, la justice, l’Etat de droit sont des choses indispensables et dont il n’y a pas lieu de sortir. L’Etat doit etre le garant de la sécurité et de la liberté des citoyens.
2) quelles propriétés interdisent à d’autres de devenir propriétaires ? Les seules qu’on pourraient imaginer sont des propriétés de fait, légitimes, obtenues par exemple par héritage. La question centrale ici est l’injustice, et la capacité de notre société à lutter contre les injustices. Il me semble assez clair que le meilleur moyen de lutter contre ces injustices (qui ne sont pas forcément le fruit de l’activité humaine) est de rendre possible le travail, l’accumulation de richesses, la protection quasi-absolue justement de ces droits de propriétés. La concurrence dans tous les secteurs (possibilité pour chacun de venir travailler dans le secteur qui lui chante) est une chose nécessaire pour faire progresser la justice.
pour en discuter…