Paix sociale : a quel prix ?

Peut-on s'appuyer sur des délinquants pour garantir une forme de paix sociale ? La stratégie politique visant à "éviter le conflit" est-elle payante, ou constitue-t-elle une grave entorse à nos principes d'égalité devant la loi ? Les règles de vie communes sont-elles négociables, et nos principes peuvent-ils faire l'objet de transactions pour acheter la paix sociale ? A quel prix ? C'est Franck Boizard qui a attire mon attention sur cet excellent article d'Elisabeth Lévy, sur Causeur : Parrains et grands frères. Elle y critique la "realpolitik" consistant à confier le maintien de l'ordre à des personnes violentes ou douteuses pour acheter une forme de paix sociale (elle y parle de deux "grands frères", militants connus d'associations dans les zones de non-droits, avec qui les autorités avaient l'habitude de travailler, et qui ont été récemment condamnés). Voilà sa conclusion :
Cette realpolitik est peut-être réaliste quand le but recherché n’est pas le règne de la loi mais, plus modestement, celui de l’ordre. Appliquée à nos banlieues, elle a des conséquences fâcheuses. D’abord, elle oblige à “travailler” avec des gens dont la moralité n’est pas absolument irréprochable – et qui, contrairement aux vigiles de supermarché, sont supposés œuvrer à l’intérêt général. De plus, au lieu de regagner les “territoires perdus”, on y encourage la privatisation du pouvoir et la création de hiérarchies fondées sur la force et la peur – à peu près le contraire de l’ordre républicain. Enfin, ce clientélisme a ses limites : en cas d’épreuve de force, un maire n’est jamais sûr de pouvoir compter sur ses obligés. Le médiateur-modèle peut jouer un rôle actif dans l’émeute au cours de laquelle on incendiera une école maternelle. En clair, quand on croit acheter la paix sociale, on est sûr de se faire arnaquer.
Cet article m'a tout de suite fait réagir, m'a fait penser au rapport Obin, que j'avais découvert en écrivant l'article sur le créationnisme à l'école, et vers lequel je renvoie souvent quand je discute, parce qu'il est court et admirable de clarté.
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