Ainsi donc le judaïsme considère les peuples comme les enfants de Dieu. Mais y a-t-il un premier-né parmi ces enfants ? Si on considère cette question du simple point de vue de la vanité nationale, elle n’a guère d’importance. Mais elle devient primordiale dès lors qu’on en fait dépendre la question de savoir si du fait de sa religion, Israël est investi d’une mission sacerdotale au sein de ses frères qui sont les peuples de l’humanité. On peut déjà constater que ce titre est écrit en toutes lettres et qu’il est proclamé bien haut par la bouche de Moïse, lorsqu’il parle au nom de ce Dieu qu’il appelle néanmoins le Dieu des Hébreux : « Israël est mon fils, mon premier-né1« . Cette formule appelle plus d’une remarque. Tout d’abord il est intéressant de voir qu’un peuple est désigné sous le nom de fils. D’autre part le titre de premier-né suppose qu’il y a d’autres fils effectifs ou potentiels. Cette primogéniture présuppose en outre l’idée d’une organisation domestique et familiale. Car il ne saurait y avoir de fils premier-né sans père, sans maison ou sans famille. Mais ce qui importe le plus dans ce verset c’est ce terme de ÎÂ qui semble bien désigner une fonction religieuse dans le cadre du culte domestique. Et tel était réellement le cas dans l’ancienne structure familiale des premiers Israélites et d’une façon générale dans beaucoup de sociétés antiques. Mais nous aurons encore l’occasion d’envisager, s’il plaît à Dieu, la question si lourde d’enjeux des fonctions religieuses du premier-né lorsque nous traiterons de la mission sacerdotale d’Israël selon le judaïsme.
L’idée de famille entraîne l’utilisation d’une terminologie évoquant les liens domestiques. Car si le judaïsme considère l’humanité comme une famille, le monde comme une maison, Dieu comme un Père, les nations comme ses enfants et Israël comme le premier-né de ces enfants, il verra nécessairement dans les peuples de l’humanité autant de peuples frères d’Israël. Les nombreuses preuves que nous fournissent les textes montrent bien que nos affirmations ne sont pas imaginaires. Ces preuves ont d’autant plus de valeur que l’idée de fraternité humaine n’allait pas de soi dans l’environnement hostile où évoluait Israël. Combien d’influences hostiles ont dû être combattues avant que cette idée ne s’impose et que ce langage ne devienne familier ! Cela montre à quel point une doctrine puissante est en mesure de dépasser les obstacles les plus insurmontables.
Elie Benamozegh (1823-1900), Israël et l’Humanité
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- Exode IV 22 ↩
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Ainsi donc le judaïsme considère les peuples comme les enfants de Dieu. Mais y a-t-il un premier-né parmi ces enfants ? Si on considère cette question du simple point de vue de la vanité nationale, elle n’a guère d’importance. Mais elle devient primordiale dès lors qu’on en fait dépendre la question de savoir si du fait de sa religion, Israël est investi d’une mission sacerdotale au sein de ses frères qui sont les peuples de l’humanité. On peut déjà constater que ce titre est écrit en toutes lettres et qu’il est proclamé bien haut par la bouche de Moïse, lorsqu’il parle au nom de ce Dieu qu’il appelle néanmoins le Dieu des Hébreux : « Israël est mon fils, mon premier-né