Chaque jour, quand le temps le permet, je vais au parc avec ma fille. Elle aime jouer sur les toboggans, dans le bac à sable, ramasser des cailloux. C’est un bonheur, ces moments partagés de jeu. On parle beaucoup, on joue. Je la laisse vadrouiller un peu, aller à la rencontre des autres enfants.
Quasiment chaque jour, l’observation des autres enfants, et surtout de leurs parents ou de leurs nounous, me plonge dans un saisissement particulier. Chaque jour, sous mes yeux, je vois des gens laisser leurs enfants comme livrés à eux-mêmes. L’adulte s’installe sur un banc, et ne vient s’occuper de son enfant que s’il pleure (et encore) ; c’est très courant. C’est la majorité.
Bien sûr, il est important de laisser les enfants se socialiser entre eux, et jouer dans leur coin, sans la présence permanente des adultes. Mais, entre la présence étouffante et le laxisme le plus total, il y a le chemin de ceux qui veulent éduquer leurs enfants : apprendre à intervenir quand il faut, laisser faire quand il faut, voilà bien le travail des parents. Trouver la juste distance.
Les adultes encadrent l’apprentissage de la liberté des enfants. Laisser la brute cogner les autres sans rien dire, n’intervenir que pour gronder une fois les bêtises réalisées, voilà des manières bien étranges d’apprendre la liberté, et ses limites naturelles. Bien sûr, il faut sanctionner. Mais il est aussi important de prévenir. C’est une manière de faire profiter les enfants de notre expérience. Ne pas le faire est honteux, et coupable.
Chaque jour, je mesure la chance que l’on a de recevoir une éducation réelle. J’essaye de reproduire cela avec ma fille. Chaque jour, je constate amèrement à quel point cela n’est pas une chose commune. Chaque jour, je vois des enfants dont les capacités sont et seront limitées par ceux-là même qui devraient avoir à coeur de les sublimer, et de les chérir comme le plus précieux des biens.
Alors, c’est sûr : c’est moins reposant de s’occuper de son enfant que d’être assis sur un banc. De même qu’il est plus difficile d’apprendre à prêter son seau plutôt que de simplement cogner sur ceux qui viennent le prendre.
Tellement de décalages se créent, si tôt. Si profondément gravés dans le cerveau de ces petits êtres apprenants. Entre ceux à qui l’on donne une chance de grandir, et ceux que l’on condamne à rester des enfants relationnels.





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14 Comments
Bravo Lomig !
Voilà des propos qu’on n’entend pas assez souvent. Je passe mon temps, dans mon entourage, à insister sur le rôle irremplaçable et obligatoire qu’ont les parents dans l’éducation de leur progéniture. Et je suis le plus souvent raillé et taxé de passéisme…
L’éducation est un devoir à la chagre des parents. Un devoir dont dépend l’avenir de leurs enfants. L’avenir social, certes, mais pas seulement : l’avenir professionnel, affectif, intellectuel même. Car la structuration de l’esprit dans un sens ou dans l’autre conditionne la réussite ou l’échec de l’apprentissage, et donc la vie.
Avant de fustiger les seuls enseignants, comme le font la plupart, devant l’échec scolaire, il faut d’abord voir comment les jeunes en difficulté sont éduqués chez eux. Et combien de temps ils passent effectivement avec leurs parents, et pas seuls devant les programmes abrutissants de la TV, par exemple…
Etre géniteur, c’est facile. Etre parent, c’est autre chose. Combien en sont conscients ?
A bientôt.
@ René: salut René, merci pour ce commentaire qui complète très opportunément mon texte…! Oui, la société française a beaucoup déresponsabilisé les parents, et on demande à l’école d’éduquer, au lieu d’instruire. Ce qu’elle fait en partie, d’ailleurs, mais au détriment de l’instruction pour le plus grand nombre. L’éducation nationale s’est transformée en une « assistante sociale ». C’est un rôle noble, certainement (?), mais qui n’a pas laissé beaucoup de place pour la non-moins noble mission d’instruction…
Il faudra bien un jour responsabiliser les parents; sinon c’est très grave.
à bientôt, bonne journée !
Bonjour,
C’est un très bon ! J’ai deux enfants, 7 et 4 ans, et j’adere a100% a votre propos. Je ne saurais le dire aussi bien, mais c’est exactement ce que je pense. C’est aux parents et non a l’école et encore moins a la TV que revient la responsabilité de l’éducation des enfants. Assumer cette responsabilité nous demande nécessairement d’y consacrer une part de nous mêmes. On peut ne pas offrir de console de jeux des 6 ans mais jouer avec eux a autre chose: domino, dames, jeu de l’oie, … Ça ne nous intéresse pas toujours mais c’est justement comme ça qu’on peut leur apprendre que nous jouons avec eux parce que nous les aimons et que nous en avons envie et pas parce que nous sommes des accessoires de jeux disponibles au moindre caprice.
Le rapport a la télévision est pour moi un bon exemple pou illustrer le propos. L’interdire n’a pas de sens. Que l’on veuille ou non, elle fait partie de notre monde de notre société. Tôt ou tard, nos enfants y seront confrontes. Les laisser traîner « librement » devant la tele est une non assistance a personne en danger. Les enfants n’ont aucune defense face au lavage de cerveau généreusement servi par les pubs des programmes pour enfants. Notre rôle est de le je apprendre d’abord un minimum d’autodéfense intellectuelle avant de les laisser seuls devant les écrans.
Tous ces efforts que nous demande l’éducation de nos enfants peuvent donner l’illusion de nous priver d’une part de notre propre liberté. Mais lorsqu’on a la chance d’en avoir et que l’on y tient vraiment ne doit on pas trouver naturel d’en transmettre ainsi a nos enfants?
@ Anya: salut Anya, je partage complètement ton sentiment. Il faut responsabiliser, et sans culpabiliser. La plupart des gens qui n’éduquent pas correctement leurs enfants n’ont -j’imagine- pas eu la chance non plus d’être éduqués par des parents présents, aimants, et soucieux de les faire progresser.
Je rejoins complètement tes propos sur la télévision, les jeux vidéos et autres DVD. Ni pas du tout, ni en roue libre : il faut gérer…
à bientôt, et merci pour ton commentaire !
et madame lomig tu n’en parles pas? cordialement.
Je suis d’ accord avec votre billet sur le rôle primordial des parents dans l’ éducation des enfants ainsi que les commentaires qui l’ accompagnent. En particulier votre formule suivant laquelle « Les adultes encadrent l’apprentissage de la liberté des enfants ». J’ ajoute que le rôle de tout parent est de préparer ses enfants au monde des adultes ( amour, travail,…) qui comprendra de façon égale son lot à la fois de plaisirs et de déplaisirs. C’ est pourquoi cet apprentissage doit viser notamment au respect des autres et surtout à résister aux frustrations. En effet, c’ est dans l’ insatisfaction et la souffrance que l’ agressivité puise sa source.L’ enfant , pour se développer doit apprendre à endurer des frustrations, à attendre pour obtenir satisfaction et à donner pour recevoir.
Comme René j’ accepte avec sourire d’ être taxé de passéisme.Plutôt que de jouer au parent immature je préfère endosser le rôle du « vieux con » à l’ égard de mes enfants et des jeunes en général. Exemples: utilisez les poubelles ! Ne posez pas vos pieds sur les banquettes du bus ! Baissez le son de votre MP3 vous allez devenir sourds ! Rentrez à l’ heure ! soyez poli ! etc,… Bref , je fais ce que ceux des générations précédentes ont toujours fait vis-à-vis de leur enfants : poser des limites. Finalement, un parent c’ est quelqu’un qui a apprit à durer et à endurer mais qui ne se console pas que ses enfants doivent l’apprendre à leur tour.
Si j’osais, je dirais que la mauvaise éducation moderne oscille entre le fusionnel et l’abandon, qui sont les deux écueils qui guettent les parents. Le pire est atteint quand ces deux attitudes sont réunies. Je souscris tout à fait donc à cet exemple, ajoutant que mes deux garçons nous ont donné raison (mais ce n’était pas le but) en faisant de très belles études et d’être devenus des mecs supers….
A noter que statistiquement, ce sont les enfants d’enseignants qui réussissent le mieux à l’école… comme si les enseignants savaient le danger qu’il y a à abandonner les enfants à l’école!
salut à tous, merci pour vos commentaires passionnants !
@ Daniel sachet : non. pour deux raisons : nous sommes en phase là-dessus, et le moment que je décris ici est un moment où je suis seul avec ma fille, en fin d’après midi. Ce qui n’enlève rien à l’importance primordiale de deux parents, et de l’apport différencié de la mère et du père…
@ Michel V : oui c’est très bien vu, et on sent l’expérience…que je n’ai pas. Je débute mon apprentissage de « père », et je dois dire que je trouve ça passionnant, difficile (on n’est jamais sûr de prendre les bonnes décisions), mais tellement épanouissant.
@ Le péripate : oui, d’accord avec toi : le but est bien de permettre à nos enfants de devenir des gens « biens », c’est à dire libres, humains (au sens propre comme figuré), capables de s’épanouir et d’être heureux. Nous sommes des « tuteurs », en quelque sorte. Sur l’exemple des enfants d’enseignants, oui, il y a un avantage à ceux qui ont l’information (des filières à suivre ou à ne pas suivre, des bahuts à éviter, des passerelles qui existent ou pas). J’ai une copine instit’, qui nous dit clairement qu’elle ne mettra jamais sa fille dans l’école où elle enseigne (et très bien je pense) : tout y est tiré vers le bas. La fonction d’assistante sociale / éducatrice que l’on a confié à l’école fait que l’on s’occupe avant tout des plus mauvais et des plus en difficulté (ce qui est noble et indispensable), mais au détriment de la « classe moyenne » des élèves, et des bons…
J’enrage de voir qu’on laisse ça comme ça depuis des dizaines d’années…
à bientôt
Sur le problème de l’école : les enseignants (les bons, et il y en a beaucoup), ont à gérer un problème quasi insoluble qui est celui de la disponibilité différenciée entre élèves. Je ne suis pas enseignant, et je risque donc d’être démenti. Mais ce que je dis résulte de ce que j’ai pu constater, notamment dans le cadre des conseils de parents d’élèves dans lesquels je me suis investi lors de la soclarité de mes deux fils, il n’y a pas si longtemps que ça.
Certains établissements reçoivent une proportion ingérable d’élèves que j’appelle des handicapés sociaux en ce sens qu’ils partent dans la vie, et donc dans leur cursus scolaire, avec des lacunes qui n’ont rien à voir avec l’école, mais qui ont à voir avec leur milieu de vie.
Il est toutefois trop facile de dire, comme on l’entend souvent, que le responsable serait leur milieu social défavorisé. Sans doute ces cas-là sont plus nombreux dans les « quartiers difficiles ». Ce n’est pas une cause, mais une conséquence de la même erreur.
Ces quartiers sont difficiles à cause de la nature de la population qui les compose majoritairement. On a généralement « parqué » dans ces quartiers des familles qui réunissent toutes les conditions pour rencontrer des difficultés sociales, professionnelles, d’intégration culturelle, et j’en passe. Ce sont là des gens que les autres habitants n’aiment pas trop voir dans leur univers immédiat, et les élus, essentiellement pour des raisons électoralistes, préfèrent les reléguer en périphérie, loin des regards. C’est le problème de la mixité sociale que tout le monde connait et que personne n’a le courage de prendre à bras le corps.
C’est un autre sujet, mais il reste que c’est dans cette catégorie de la population que se trouvent rassemblés la plupart des parents qui n’ont pas les atouts propres à dispenser à leurs enfants ni l’éducation ni la culture qui leur permettraient d’évoluer normalement dans cette micro-société qu’est l’école. Pas plus d’ailleurs que dans la société « grandeur nature ».
Il en résulte que les écoles qui les reçoivent, reçoivent une majorité d’élèves qui présentent de telles lacunes. Partant de là, les enseignants, qui se concentrent tout naturellement sur ces cas difficiles, n’ont plus de temps suffisant pour les autres.
LA solution à ce problème comme à beaucoup d’autres, c’est bien sûr la mixité sociale, et elle ne dépend pas des enseignants ni de la qualité de leur enseignement.
Corolairement, c’est une des raisons qui me poussent à militer pour la suppression pure et simple de la carte soclaire. Je ne vois pas pour quelle raison je devrais faire subir à mes enfants les conséquences d’une politique de gestion démographique désastreuse à laquelle je ne peux rien changer…
Encore un mot, pour redire que l’école est très loin de constituer le maillon principal de la chaîne éducative, et qu’il est d’abord de la responsabilité des parents d’assurer la structuration culturelle, sociale et intellectuelle de leur progéniture. L’école est là pour dispenser le savoir, pas l’éducation au sens strict. Que les enseignants palient dans la mesure du possible la carence des parents en ce domaine peut se comprendre, mais sans doute pas au détriment de leur mission première, qui est la transmission du savoir.
Beaucoup d’entre eux cependant donnent souvent l’impression d’utiliser volontiers cette mission qui n’est pas la leur pour transmettre leur vision de la société; traduisez leurs idées politiques. Mais c’est encore un autre problème…
Pardon pour ce commentaire trop long, et pour mes digressions.
A bientôt.
@ René: salut René, oui les profs ne peuvent pas consacrer 2 h à chaque élève chaque jour. Il y a tant à changer dans ce système monstrueux, tant en terme de taille, qu’en terme – c’est la conséquence – d’immobilisme. Il y a un dogme anti-redoublement, par exemple, qui s’est installé : une obscure étude a montré un jour que les élèves qui redoublent n’avaient pas plus de chance de succès scolaire. La belle affaire. Ce faisant, on laisse des élèves arriver en sixième sans maitrise ni du calcul ni de la langue. Quelle chance de réussite ont-ils ? C’est du broyage d’enfant auquel se livre le système…!!! Le redoublement aurait le mérite d’alerter le système et dire « ok ça fait deux fois que tu redoubles, il y a un autre problème que purement scolaire ». Mais on en arrive toujours aux mêmes problèmes, et aux mêmes solutions vigoureuses que nos politiciens n’ont pas le courage de mettre en oeuvre :
beaucoup de billets à faire, visiblement, et sur beaucoup de sujets. Comme quoi, les visites au parc sont très stimulantes !
Je n’avais pas voulu aborder une fois de plus le problème de l’immigration sauvage, qui n’était qu’en philigrane dans mon commentaire, mais tu as parfaitement raison. D’accord aussi sur les deux autres points. On n’a pas fini d’en discuter, crois-moi…
Tu as tout à fait raison sur le fond quant à l’éducation des enfants et l’importance du jeu, néanmoins en étant vraiment pragmatique, peu de parents peuvent s’accorder une visite au parc tous les soirs ! déjà quand on arrive à avoir une demi heure rien que pour eux que j’appellerais « l’expression » du soir (papotage, relecture de journée ou lecture) c’est déjà bien !
Hello Lom ! Très beau texte…:) Steph et Gont
Salut Thaïs, merci pour ton commentaire…même si la situation que je décris n’est pas quotidienne, les attitudes que je décris restent vraies, non ? Même en 1/2 h on peut échanger beaucoup, comme tu le dis. Et le problème ici n’est pas le temps passé avec ses enfants, mais la manière de le passer.
Salut Gont & Stéph, merci pour votre passage et pour votre compliment…!