Soirée politique

La soirée a été chargée, hier. J’ai commencé par un apéro / rencontre avec les blogueurs qui était organisé par Jérôme Rivière (candidat Ile-de-France pour les élections Européennes, pour le MPF / Libertas). Je ne suis pas en phase avec ses positions, mais comme ma soirée était de toute façon consacrée à la politique (République des blogs oblige), je me suis dit que c’était intéressant d’aller rencontrer un cercle un peu éloigné de mes positions. Et puis, je suis allé à la république des blogs. Ce billet retrace les discussions et les rencontres, lors de ces deux évènements.

Jérôme Rivière au Café du métro

Une bonne dizaine de blogueurs étaient présent pour cette rencontre avec Jérôme Rivière, dont Aster et moi.

Jérôme Rivière a commencé par nous rappeler les grands thèmes de sa campagne avant d’ouvrir la séance de questions / réponses / discussions. C’est quelqu’un qui s’exprime simplement et directement. Les grands thèmes de Libertas pour les européennes sont :

  1. non à l’entrée de la turquie
  2. pour un protectionnisme économique
  3. pour des institutions européennes plus démocratiques (c’est-à-dire plus contrôlée et plus responsables)

Autant vous dire que sur le plan économique, je suis en complet désaccord avec le protectionnisme mis en avant par Jérôme Rivière, et par Libertas et le MPF, donc. Je ne suis pas expert en économie, mais là, je pense tout de même qu’un minimum de sérieux serait nécessaire. Sur ce sujet, on a affaire à une sorte de constructivisme économique, mâtiné de nationalisme. Niveau proche de zéro, je trouve. Ne pas avoir intégré les mécanismes de bases de l’économie, ne pas comprendre que la mondialisation a représenté et représente (quand elle est synonyme de libre-échange, et de progrès des démocraties libérales) une formidable opportunité pour l’humanité de sortir de sa misère, un formidable enrichissement mutuel, je trouve que c’est de l’abus. J’ai essayé de contredire certains points, mais vraiment sur ce sujet, je suis trop éloigné de ces positions recroquevillés, et faisant fi de la réalité factuelle : nous profitons chaque jour de la mondialisation, et elle représente bien plus une opportunité qu’une menace. Au niveau global, il suffirait peut-être de demander aux centaines de millions de personnes qui sortent de la pauvreté grâce au libre-échange ce qu’ils en pensent. Vision très basse-vue, donc. Sur les institutions, pas grand-chose à dire, car je pense qu’effectivement les contrôles et la limitation des pouvoirs sont indispensables.

La discussion est devenue plus intéressante quand nous avons parlé de culture, de valeurs. J’ai expliqué que j’étais frappé par le fait qu’ils n’insistaient pas tant que ça, sur leur site, et dans le discours qu’il venait de nous tenir, sur l’affirmation des valeurs « françaises ». C’est leur créneau, après tout, non ? Comment dire qu’on ne veut pas de la Turquie dans l’Europe, sans en profiter pour expliquer les raisons de ce rejet ? Comment ne pas en profiter pour rappeler notre attachement à la liberté, à l’humanisme, à la laïcité, à l’égalité homme/femme ? Comment dire non à la Turquie sans parler d’islam, et de culture islamique ? Devant ce « reproche » de ma part, Jérôme Rivière a été clair : il s’agit d’un choix de campagne. Sarkozy ayant dit « non à la Turquie », ce n’était plus un thème porteur. J’ai redis mon sentiment, à savoir qu’au lieu de tomber dans des élucubrations économiques sans fondements, ils feraient mieux (en terme d’efficacité électorale, et d’impact) de rappeler ce que sont les valeurs qu’ils défendent, ce qui parlerait bien plus à leur électorat, à mon avis.

Protectionnisme et constructivisme économique indéfendable, donc. Et manque de courage (au moins dans le discours) sur les valeurs et la culture. J’ai donc trouvé le son de cloche beaucoup trop fermé au niveau économique, et pas assez promouvant et franc au niveau « culturel ».

J’ai par la suite eu une discussion passionnante avec ma voisine de table, à propos de la situation de l’école, dans les banlieues, et de l’incroyable omerta médiatique sur les phénomènes d’immigration, de violences, de progression de l’obscurantisme. Nous nous sommes trouvé un très fort goût commun pour les écrits de Rioufol (elle m’a expliqué d’ailleurs être très déçue par ses passages médiatiques, beaucoup moins forts que son éditorial). Ce qui m’a convaincu que finalement, elle fait partie des gens qui votent Libertas non pas pour les aspects économiques (Rioufol n’est pas du tout protectionniste), mais bien pour des histoires de réaffirmation de valeurs. Cela m’a conforté dans la remarque que j’avais faite à Jérôme Rivière, en un sens…

Nous avons tous dû partir. L’ambiance était très sympathique, ouverte, et j’ai trouvé que Jérôme Rivière semblait être un homme de conviction, direct et pas très calculateur. Echanges intéressants, au final. Quel dommage qu’on ne puisse pas trouver de politiciens qui auraient ce genre de positions sur les aspects « rappels des valeurs fortes », et qui seraient également d’authentiques libéraux ! Les libéraux peinent en général à réaffirmer les valeurs qui sont les leurs, et les partis comme le MPF / Libertas tombent dans un protectionnisme et un constructivisme étatique affligeants.

République des blogs

En arrivant à cette 32ème République des blogs, j’ai serré la main d’Authueil, d’Eric, et puis nous avons retrouvé, avec AsTeR,
Libertas, Sabine Herold (candidate d’Alternative libérale), Jean-Paul Oury (qui m’a dédicacé son nouveau bouquin « OGM, moi non plus« )

Nous avons prolongé la discussion nous avions dans le métro en nous rendant à la RdB, sur la maitrise de soi qu’il doit falloir garder lors des débats télé (Sabine sera sur Ripostes, dimanche prochain). J’en profite pour saluer ici le courage de Sabine Herold, car il en faut du courage pour aller défendre les idées humanistes du libéralisme dans le marécage socialiste et bien-pensant que sont aujourd’hui les médias en France. Chapeau !

J’ai eu l’occasion de croiser Patrice Lamothe, ainsi que François. Ils m’ont tous deux convaincu de retourner faire un tour sur leur service web Pearltrees. J’ai pu saluer aussi Aurélien Véron, que je n’ai malheureusement pas recroisé. Partie remise au prochain repas LHC ?

J’ai discuté ensuite avec l’auteur de Nanostelia. Nous avons parlé de l’état de la recherche en France, des boites privées qui courent après les subventions étatiques au lieu de prendre des risques pour sortir des innovations. Jules est passé nous saluer, et nous avons rapidement parlé de Libertas, de l’extrême droite et de l’extrême gauche. Intéressante manière, selon lui, de séparer les extrêmes des modérés : un gars de gauche qui a le choix entre Besancenot et Sarkozy est modéré s’il vote Sarkozy. Extrême s’il vote Besancenot. Même chose de l’autre côté avec Le Pen, et Ségolènre Royal.

Nous avons ensuite échangé avec AsTeR et Libertas sur le choix qui serait le nôtre, si nous devions aller nous installer ailleurs qu’en France. Canada ? USA ? Nous nous retrouvions sur les pays anglosaxons, visiblement. Nous avons évoqué le fait que nos grands-pères avaient eus la vie sauve parce qu’ils avaient su quitter leur pays, et que, ne serait-ce que pour cette raison-là, il fallait toujours savoir garder la porte de sortie ouverte. Toujours. Très intéressante discussion.

Libertas devant nous quitter, nous sommes passés à table avec Jean-Paul, François, Aster, et Nanostelia. Pâtes, vin rouge chilien : nous sommes assez routiniers, finalement.

Nous avons reparlé un peu de Pearltrees, des évolutions futures de ce produit, du fonctionnement des communautés en ligne. Tout ça m’a l’air d’être une aventure passionnante !

Intéressante discussion, également, sur la stratégie de vente du « produit » politique.
François nous explique sa vision de la chose : il y a un corpus d’idées établi (par exemple, le libéralisme), il s’agit de produire les symboles dans lesquels ce corpus pourra s’incarner, et d’ensuite savoir vendre ces symboles. Cela me semble assez juste, comme vision. Et vous ?

Nous parlons ensuite de gauche et de droite. François nous a fait une description pittoresque de ce qu’est un 14 juillet « de gauche », et un 14 juillet « de droite ». Je lui demande ce qu’il ne reçoit pas bien dans les idées libérales, car il me semble qu’elles ne sont pas du tout en opposition avec les idéaux dits « de gauche ». Il me répond que cela lui semble trop utopique, et en fait pas possible. Il est attaché, aussi, à l’action collective. Je rebondis pour dire que l’action collective n’a pas forcément à être étatique, et que les libéraux sont attachés au collectif. Ils ne veulent simplement pas le faire financer de force par les autres. Vous voulez faire des choses collectives ? Très bien, mais donnez-vous les moyens de les financer ! Les discussions sont toujours passionnantes avec François, AsTeR, et Jean-Paul.

Je voudrais terminer ce billet sur une réflexion que François nous a livré (qu’il avait lu je ne sais plus où) et que je trouve très juste : un chercheur de Harvard a montré qu’il y avait une corrélation forte entre le niveau de richesse d’un pays, d’une société, et le niveau de socialisation de ses membres, mesuré en terme de nombre de « cercles d’appartenance » fréquentés. Plus les gens ont des cercles divers et nombreux de socialisation (famille, équipe de travail, église, associations, etc…), et plus les sociétés sont riches, et produisent de la richesse. Le lien social permet l’accomplissement des êtres humains, et la création de richesses (pas forcément matérielles). On pourrait dire la même chose de la liberté, non ? Ca parait évident, de manière intuitive, mais je trouve excellent qu’un gars ait pris la peine de le montrer.

J’ai été encore une fois très content d’avoir pu partager toutes ces discussions et toutes ces réflexions avec ces personnes de grande qualité. C’est ce qu’on appelle un … cercle, non ?

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6 Comments

  1. J’ai pu échanger avec de vieilles connaissances, notamment le taulier de lafinducapitalisme.net (Aurélien Buendia, je ne me souviens pas de son nom ?) et sa charmante femme. Il m’a parlé de son militantisme alter, de son expérience de « black bloc » (termes qu’il réfute) à Strasbourg. Et puis discuter avec Mathieu L est toujours un plaisir. mais j’ai dû m’éclipser vers 22h30 pour d’autres activités plus militantes.

    Mais si le prochain repas LHC colle, ce sera avec grand plaisir !

    Posted 28 mai 2009 at 19:13 | Permalink
  2. Très bonnes rencontres en ce qui me concerne pour ma première république des blogs.

    J’ai du partir un peu tôt mais je serais bien rester prolonger nos discussions.

    Posted 28 mai 2009 at 20:01 | Permalink
  3. LOmiG

    Salut à vous, merci pour vos commentaires !

    @ Aurélien : ah c’était plus éclectique pour toi. Oui j’ai oublié de préciser que j’avais serré la pince de mathieu L. aussi. Je vais corriger ça. Bien sûr qu’on se voir au repas LHC : il est le 08 juin, rendez-vous au même endroit et à la même heure que d’habitude…

    @ Duncan : c’est cool que tu dois passé ici. C’est ton vrai prénom, Duncan, ou c’est un pseudo pour le blog ? Je me rends compte que je ne t’ai pas demandé ton prénom…Bonne lecture, en tout cas ! Et bonne continuation…

    Posted 28 mai 2009 at 22:28 | Permalink
  4. Merci pour le résumé !

    Posted 2 juin 2009 at 17:40 | Permalink
  5. LOmiG

    salut Polluxe, de rien ! C’est bien naturel : merci à toi de me montrer que je ne fais pas ça en vain ! à bientôt

    Posted 2 juin 2009 at 20:42 | Permalink
  6. Non Duncan c’est mon pseudo. Mon prénom de ma vraie vie du monde réel, c’est Thomas

    Posted 2 juin 2009 at 22:34 | Permalink

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