Les discussions que nous avons eues l’autre jour sur la stratégie à mettre en oeuvre pour un parti libéral m’ont fait penser à un bateau. Sur la mer des possibles, le bateau France vogue. La direction qu’il suit est la résultante des efforts du gouvernement, de tous les groupes de pressions, de l’administration, des particuliers, des entreprises. Mais il y a un seul gouvernail. La roue, on la tourne dans un sens ou dans l’autre, selon la direction actuelle et selon la direction souhaitée.
Nous nous dirigeons depuis vingt ans vers l’étatisme, petit à petit. Si Sarkozy et son gouvernement veulent mettre le cap sur une société plus libérale, en pesant sur la barre à babord, ils vont se heurter à des freins puissants, et à une foule de gens qui vont s’y opposer en poussant la barre à tribord.
Alors, oui, c’est sûr : Sarkozy et Fillon sont au pouvoir, et la direction du bateau est toujours assez proche de l’étatisme. Mais il serait tout à fait naïf de penser que le gouvernement choisi sa direction librement et sans compromis. Il y a déjà un changement de cap. Insuffisant, pour les libéraux. Je les rejoins. Mais c’est un faux-procès fait à Sarkozy que de le trouver pas assez libéral : je l’ai déjà fait moi-même, et je pense que ce n’est que partiellement justifié. Il voudrait peut-être quelque chose de plus libéral, mais tout en sachant la dose d’effort qu’il faut mettre sur la barre pour ne pas la casser.
Les libéraux font le choix de dire : il faut aller dans l’autre sens ! Mais ils font mine d’ignorer que pour l’instant ce qui se joue c’est une lutte à la barre entre ceux qui veulent changer de cap, et ceux qui ne veulent pas que cela change.
Les libéraux iront-ils aider Sarkozy et Fillon à tourner la barre en direction de la Grande Société ? Ou les laisseront-ils s’escrimer seuls contre les immobilistes, tout en faisant des mines pour dénoncer le cap « choisi » ?
Cap dont ils savent très bien qu’il n’est pas celui voulu par Fillon ou Sarkozy – puisqu’ils se heurtent à des inerties énormes, culturelles comme administratives -, mais celui que l’on peut obtenir en menant des réformes sans blocages.
Les critiques seraient certainement plus pertinentes avec les mains sur la barre, pour aider à retourner vers des eaux plus libérales. Je sais bien que Sarkozy est un étatiste, et un constructiviste : mais qui d’autre veut pousser avec les libéraux dans cette direction ?
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17 Comments
Beaucoup de libéraux n’en ont que faire de « mettre la main sur la barre » parce qu’un libéral cohérent avec ses idées n’a rien à faire en politique…
Faire de la politique, ou voter, c’est déjà compromettre ses idées, parce que c’est une tentative d’imposer légalement cette même coercition que l’on refuse quand elle vient des constructivistes.
Après si tu parles de libéraux-démocrates ou je ne sais quel autre transfuge bizarre, c’est un autre sujet…
D’accord. Cela dit, cela s’applique plus au Sarkozy de 2006-2007 que 2008-2009.
Salut à tous les deux ! merci pour vos commentaires.
@ Geoffrey B : ce que tu dis est, je trouve, excessif et un brin dogmatique. Je comprends bien qu’un libéral n’en a rien à faire de la politique. Mais toute la pensée libérale est fondée sur un vrai humanisme et un vrai sens de la justice. Quand on voit ces valeurs bafouées quotidiennement, on ne peut pas rester inactif et contempler le désastre..si ? On peut être libéral ET au pouvoir : Thatcher, Reagan, les libéraux en Nouvelle-Zélande et en Australie. C’est exactement ce dont je parle dans l’article, et me dis par ton commentaire que tu es en phase avec les libéraux d’AL : on défend nos idées (qui sont justes, et dans lesquelles je me retrouve), mais on n’accepte pas de descendre de l’idéal et passer à la pratique. C’est beau, c’est pur, mais je trouve que ça présente aussi un côté dogmatique et finalement assez donneur de leçon. Mais, à nouveau, je peux comprendre.
@ Criticus : probablement. Cela dit le livre de Fillon d’avant les élections était assez libérale, et je crois que deux choses m’ont un peu obscurci les idées. Tout d’abord, la formidable résistance au changement qui existe en France. J’en fais l’expérience dans une boite privée (grosse structure), où c’est déjà difficile de bouger les choses, alors j’imagine dans une administration…! L’autre aspect, c’est la gestion de la communication indispensable en politique qui fait que les gars de l’UMP et Sarkozy, à force de pragmatisme, perdent des fois un peu la ligne qui rendrait plus cohérente leur politique. Aux libéraux et aux conservateurs de leur rappeler, mais en s’alliant avec eux. On ne fait pas changer la politique de ceux dont on s’échine à se considérer comme des ennemis. C’est ce qu’ont fait les membres d’AL, qui considèrent les gens de l’UMP au même niveau que ceux du PS (c’est à dire comme des étatistes). Or il y a des nuances, de taille. Que les électeurs sentent bien, d’ailleurs…!
à bientôt
Je pense que c’est une erreur pour le gouvernement de ne pas pousser la barre à fond même s’il y a des blocages. Faire des réformes difficiles en début de mandat permet de voir les résultats avant la fin du mandat et donc d’être réelu. C’est comme ça que Thatcher a été réelu 3 fois, malgrès une Angleterre très socialiste avant son arrivée. On a vu le même effet pour Jean Chrétien au Canada dans les années 90.
Pour faire infléchir la politique du gouvernement il faut peser éléctoralement, c’est le cas des Verts aujourd’hui. Ils ont réussi à faire passer leurs idées dans la société.
Pour moi la question essentielle, c’est comment mieux diffuser, mieux expliquer la pensée libérale ?
Là où je pense que tu as raison c’est sur le fait qu’on ne peut pas mettre l’UMP et le PS sur le même plan, car comme tu le dis pour les électeurs il y a une vrai différence.
@Lomig:
» il y a un seul gouvernail. La roue, on la tourne dans un sens ou dans l’autre, selon la direction actuelle et selon la direction souhaitée. »
There is no such thing as « la France », c’est une réalité bien trop complexe à appréhender.
« Nous nous dirigeons depuis vingt ans vers l’étatisme, petit à petit. »
Je dirais « la France EST dans l’étatisme depuis 1914 au moins, Giscard, Pompidou, de Gaulle, étaient aussi étatistes que Mitterrand.
« Si Sarkozy et son gouvernement veulent mettre le cap sur une société plus libérale, en pesant sur la barre à babord, ils vont se heurter à des freins puissants, et à une foule de gens qui vont s’y opposer en poussant la barre à tribord. »
Oui, mais sauf que Sarko et son gouvernement ne le feront pas puisqu’ils ne pensent pas que c’est une option valable, ni souhaitable. Lomig, vous faites mine de penser que Sarko est en son for intérieur tout à fait libéral, mais que les syndicats gauchistes l’empêchent de travailler. Déjà, ce type, l’idéologie il n’en a rien à cirer puisque ce qui l’intéresse c’est avant tout d’être président. Et le peu d’idéologie qu’il a, c’est de l’étatisme pur jus.
« Il y a déjà un changement de cap. Insuffisant, pour les libéraux. Je les rejoins. »
Vous pensez au contrat de travail unique? Je dis bien « unique », merveille de l’étatisme, qui veut que tout le monde soit pareil? Le contrat, c’est la base de la base du libéralisme. S’attaquer à la libre contractualisation, c’est s’attaquer à un des fondements même du libéralisme. Ce contrat unique, c’est du Sarko tout craché, et en plus il s’en vante partout. http://www.u-m-p.org/site/index.php/ump/debattre/dossiers/economie_emploi/repenser_le_contrat_de_travail_en_instaurant_un_contrat_de_travail_unique
Vous pensez à la loi Hadopi j’imagine? On foule au pied les principes les plus élémentaires de l’Etat de droit (rule of law), qui veut notamment que tout accusé ait un procès équitable avant sanction.
Vous pensez sûrement au méga plan de relance keynésien fait par Sarkozy ? http://www.u-m-p.org/site/index.php/s_informer/dossier_special_les_reponses_a_la_crise
Ou peut-être ses gesticulations pour « réformer le capitalisme »?
Bref, la liste est longue, très très longue, de ce que Sarko fait de non-libéral.
Lomig : pourriez-vous me citer une seule mesure d’essence, d’inspiration libérale, que Sarkozy a proposée, ou réalisée, depuis 1993?
« Il voudrait peut-être quelque chose de plus libéral, mais tout en sachant la dose d’effort qu’il faut mettre sur la barre pour ne pas la casser. »
Euh, je peux savoir d’où vous tenez ça?????
« Les libéraux iront-ils aider Sarkozy et Fillon à tourner la barre en direction de la Grande Société ? Ou les laisseront-ils s’escrimer seuls contre les immobilistes, tout en faisant des mines pour dénoncer le cap “choisi” ? »
Encore une fois : d’où tenez-vous que l’oreille de Sarko et de Fillon (le gaullo-séguiniste, quand même), est acquise aux libéraux?
« mais qui d’autre veut pousser avec les libéraux dans cette direction ? »
Mais pourquoi « d’autre ». Cela sous-entend que Sarko est libéral, mais réveillez-vous, bon sang!
Juste un détail, Lomig : concernant mes quelques questions, il serait préférable que vous y répondiez par des faits indubitables, pas par des conjectures sur qui est libéral.
@ Gilles Laurent : « Je pense que c’est une erreur pour le gouvernement de ne pas pousser la barre à fond même s’il y a des blocages. » complètement d’accord. ça m’enerve qu’ils n’aient pas joué la carte de la rupture dès le début…
@Athanagor : ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit : Sarkozy n’est pas libéral, c’est clair. Je suis d’accord avec tes exemples, et j’en ai souligné un certain nombre sur ce blog. Ce que je dis, c’est qu’il pousse, et peut pousser dans le même sens que les libéraux (momentanément) parce que sa vision de la société est certainement un peu plus libérale que ce qu’elle n’est actuellement. Après un quart de roue, les libéraux se rendraient bien compte que Sarkozy ne continue plus à pousser : mais une partie du chemin aura été faite, et c’est ce qui compte, non ?
Sur le fait que l’idée de « France » est complexe et impossible à définir proprement, on est d’accord. Simplement il y a un gouvernement qui – malheureusement- confond règlementation et loi, et qui donc se permet de modifier la loi tous les 15 jours. DONC, il faut être aux commandes pour arrêter le délire, stopper l’inflation juridique, exploser le code du travail (pour retrouver une liberté contractuelle vraie), et s’opposer à l’administration qui dirige ce pays. Tout cela ne pourra se faire qu’aux commandes, que ça te plaise ou non !
@ LOmiG: « Sarkozy n’est pas libéral, c’est clair. »
« Ce que je dis, c’est qu’il pousse, et peut pousser dans le même sens que les libéraux (momentanément) parce que sa vision de la société est certainement un peu plus libérale que ce qu’elle n’est actuellement. »
« Tout cela ne pourra se faire qu’aux commandes, que ça te plaise ou non ! »
Aux commandes oui, mais avec un gouvernement libéral. Le PS aussi a une vision de la société plus libérale que ce qu’elle n’est maintenant. Cela n’en fait pas un bon allié pour les libéraux.
Lomig : vous êtes de droite, et essayez de montrer un visage libéral. Soit, c’est votre droit. Mais de grâce, cessez de faire tout pour faire croire que Sarko (de droite) est libéralo-compatible, j’ai des amis écolos qui essaient de me faire croire la même chose au sujet de Cohn Bendit et compagnie, d’autres qui essaient de me faire avaler que Bayrou est libéral, etc…..
Sarko est entouré de tout un tas de gens, dont pas un seul n’est libéral, absolument aucun. Pourtant il a l’embarras du choix mais non, il prend ce qu’il y a de plus dirigiste, et de plus étatiste qui existe.
LOmiG a écrit :
D’accord avec la première partie de votre phrase ; en désaccord avec la seconde! Les « nuances » sont très faibles : pour s’en convaincre, il suffit de compter les quelques parlementaires qui se prétendent libéraux… En fait, une majorité de ces personnes sont pour un état omnipotent qui laisse fort peu de place à l’initiative personnelle. Tout doit être cadré! Ce faisant, ils sont les dignes héritiers du centralisme à la française qui a prévalu des siècles durant – et continue de perdurer…
En l’état, je ne vois vraiment pas comment faire bouge les choses, vu que tout le système est bloqué et que ceux qui en profitent n’ont aucune envie de lâcher le morceau… bien au contraire! Je me permettrais de rappeler tout de même un petit détail – à mes yeux d’importance! – c’est la première fois dans l’histoire de ce pays qu’un nombre aussi important de personnes décident de s’expatrier… pour quelle(s) raison(s) à votre avis?
J’ai longtemps cru, moi aussi, que Sarkozy tournait la roue dans le bon sens mais qu’il était bloqué par les forces réactionnaires, tant syndicales que « de gauche ».
Aujourd’hui, j’en suis de moins en moins convaincu. D’une part, il a eu à plusieurs reprises, et notamment au tout début de son mandat, les moyens (en terme de popularité) de vaincre ces immobilismes quitte à casser le gouvernail (c’est peut-être ça, la rupture), et d’autre part ses premières réactions à la crise, avant même toute influence extérieure, furent d’un interventionnisme forcené. Je le crois encore beaucoup moins libéral que je ne le pensais avant son élection, même si je ne me faisais pas des tonnes d’illusions.
Ensuite, je suis d’accord pour dire qu’il faut pousser avec lui au lieu de se contenter de lui reprocher de ne pas faire virer suffisamment le navire. Mais, à notre niveau de citoyen, et entre deux élections, que peut-on faire d’efficace au long cours ? Si tu connais un moyen d’influer réellement sur la barre, je suis preneur.
Pour répondre à dardevil2007, je ne crois que la fuite soit la meilleure manière d’agir. Je peux comprendre ceux qui partent par intérêt, pas ceux qui partent simplement dégoûtés…
Diffuser nos idées.
C’est ce que j’essaies de faire, comme beaucoup d’autres…
@ Daredevil : il n’y a pas que la ligne politique qui permette de faire la nuance entre deux formations politiques. Il y a aussi une distinction intéressante qui consiste à séparer ceux qui sont dans une logique de « conviction » et ceux qui sont dans une logique de « responsabilité ». Les premiers vont agir en fonction de ce qu’ils croient juste, sans se soucier des conséquences de leurs décisions, tandis que les seconds vont chercher à évaluer les conséquences de leur action pour les prendres en compte. Par exemple, je décide d’arroser les banlieues avec de l’argent public pour réduire les problèmes. Le politicien responsable va finir par se rendre compte que cela, malgré la justesse morale de la décision (donner à ceux qui manquent d’argent), n’a pas résolu le problème / voire l’a aggravé. Celui qui est dans la conviction continuera à distribuer l’argent, parce que c’est BIEN. Point final. Des deux, je préfère sans hésitation la logique de responsabilité. Le PS est dans le conviction rance. L’UMP dans le constructivisme, mais responsable. c’est à dire accessible à la critique, y compris libérale…
Le mainstream français c’est ça : http://www.youtube.com/watch?v=6YbIOrnn-5E
Point barre.
Video populiste sans aucun intérêt… point barre!
Pour répondre à vos remarques, je ne suis pas du tout convaincu par les arguments que vous avancez ; je pense que le fond du problème reste d’une part le cumul des mandats, de l’autre le fait qu’il n’y ait quasiment aucun renouvellement de la classe politique depuis bien longtemps – dans certains cas, cela vire à l’endogamie : on fait de la politique de père en fils… Cela crée du coup une forte dépendance au système – si on n’est pas réélu, finie la Suisse, n’est-ce pas
) On fera donc tout ce qui est possible pour l’être le plus longtemps possible (cela me rappelle étrangement les prébendes d’autrefois, pas vous?)!
Tout ceci mène droit à la démagogie dont nous gratinent tant de politiques actuellement mais certainement pas à l’ébauche d’une réponse aux problèmes aigus de notre société; la façon de parler et de traiter cette si fameuse crise en est, à mes yeux, un exemple – presqu’un archétype!
En conséquence, je ne vois pour le moment pas comment nous pourrions nous en sortir ; le système est bloqué et personne ne semble prêt à faire quoi que ce soit (malgré certaines apparences) pour remettre ce pays sur les rails… nous dérivons tel le radeau de la méduse sans trop savoir où nous emmène cette non-politique… toutefois, l’ouragan se profile à l’horizon au vu de la dégradation générale de nos comptes : le radeau y survivra-t-il, telle est la question?
En ce qui concerne la redistribution que vous évoquez, je la trouve bien au contraire parfaitement amorale! Nous a-t-on demandé seulement notre avis? Pas que je sache…
Je me fiche bien des images, je faisais allusion au texte. Mais je gage que vous imaginez que les français attendent les libéraux comme d’autres le messie, avec ferveur et passion.
« Mais je gage que vous imaginez que les français attendent les libéraux comme d’autres le messie, avec ferveur et passion »
Et bien, vous « gagez » à tort car je ne crois pas un seul instant que les français, comme vous dites, attendent ce type de changements! Ils sont, dans leur ensemble, par trop habitués à l’état-mama pour qu’une telle chose soit seulement possible… il ne faut pas rêver, surtout pas éveillé
)
Je peux vous prédire sans grands risques que ce ne sera pas demain la veille qu’un tel virage se produira… nous pouvons en faire le pari!
Pour ma part, le salut ne peut venir que d’un projet concerté, c’est pourquoi au Parti Frankliniste nous travaillons sur l’idée d’une nouvelle constitution.
Il est très important de comprendre que la force d’un parti politique et dans son projet ainsi que dans sa communication. Les idées ne sont pas tout, car l’idéalisme peut l’emporter sur l’action et fausse parfois la réalité du débat, et bien que noble, la pensée libérale ne doit pas rester figer essentiellement sur un plan philosphique; c’est pourquoi son expression politique à la valeur de notre engagement, nous nous devons de partager et de militer afin de rétablir sa justice perdue.
Concernant le débat sur le gouvernement actuel, je jette, tout de même, l’opprobe sur Nicolas Sarkozy, car comme tout spohiste, il ne mérite aucunement, la représentation du peuple, il ne fait que perpétuer un rituel pseudo monarchique dans lequel le pouvoir en serait l’ultime but.
N’oublions pas que nos idées, tout comme l’arbre de la Liberté, croîtront avec le temps; même s’il s’agit d’une entreprise ardue.