C’est la question posée, magistralement, par Jean-François Revel dans ce livre paru en 2000. Il ne fait pas que poser la question, d’ailleurs, puisqu’il démonte un à un tous les stratagèmes rhétoriques, tous les mensonges, qui ont permis aux communistes d’abord, et aux socialistes ensuite, de se dédouaner de toute responsabilité vis-à-vis des crimes du communisme. Je voulais vous faire un résumé détaillé de cet excellentissime livre, mais la description donné sur la page d’Amazon est très claire :
La Grande Parade, ouvrage décapant et livre d’humeur, met en cause l’incapacité du socialisme, en raison de sa haine du progrès, à tirer les leçons de son histoire. Jean-François Revel s’étonne de constater que l’effondrement du régime soviétique sous le poids de ses contradictions internes n’a suscité, au sein de la gauche internationale, aucune réflexion critique sur la validité de la doctrine socialiste. Bien au contraire, les véritables raisons de cet effondrement ont été occultées, tandis que restait taboue la comparaison entre les grandes idéologies totalitaires du XXe siècle – le nazisme et le communisme – malgré l’identité de leurs méthodes, de leurs crimes et de leurs objectifs.
L’auteur explique les raisons de cet aveuglement et dénonce le mensonge historique qu’il engendre, cultivé aux seules fins de nier le naufrage des illusions de la théorie au mépris de la vérité des faits. C’est finalement cette tendance totalitaire de toute idéologie qui est critiquée car elle s’oppose à l’aspiration des hommes à la liberté.
Paul Klein
Beaucoup de rappels historiques, lointains ou récents, de réactions de socialistes décryptées. La démarche consistant à systématiquement classer à l’extrême-droite ou dans le camp des fascistes ceux qui dénoncent la logique socialiste ou communiste est par exemple très bien expliquée.
On trouve dans ce livre de vibrants éloges du libéralisme, qui n’est pas une idéologie.
J’invite vivement tout le monde à lire ce livre formidable, passionnant, bien écrit, clair et direct. C’est un ouvrage indispensable pour comprendre les méandres intellectuels dans lesquels sont fourvoyés une bonne partie des acteurs de la gauche, et pourquoi la gauche française a tant de mal à se moderniser.
Il faudrait pour cela qu’elle abandonne le nom, et les idées, du socialisme. Qu’elle condamne clairement et une fois pour toute le communisme. Pas seulement les crimes commis en son nom, mais ses fondements philosophiques, son totalitarisme socialiste. Le nazisme et le communisme étaient deux totalitarismes socialistes.
Le socialisme est encore très vivace en France. Rien que pour cette raison, il faut faire lire ce livre. Et reprendre ses idées, et sa méthode de pensée : réaliste, analysant les faits et passant les théories au crible des faits.
Enfin de la philosophie politique !
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12 Comments
… et de la droite !
Le libéralisme ne serait pas une idéologie selon Revel. J’ai du mal à ne pas voir là le zèle d’un socialiste en rupture de ban, converti au libéralisme et qui a flirté avec les thèses néo-conservatrices.
salut à tous les deux, et merci pour vos commentaires.
@ Criticus : oui, au début j’avais mis une phrase pour dire que l’UMP était aussi bien touché par le socialisme, mais je crois qu’en fait ils sont plutôt touchés par l’utilitarisme, mâtiné de socialisme. Le PS est encore franchement socialiste.
@ Harald : ??? euh, je ne suis pas sûr de comprendre cette attaque ad Hominem…
Mais bien évidemment que le libéralisme est une idéologie, différente des autres certes, mais une idéologie quand même. Le comportement des libéraux français d’ailleurs n’est pas sans rappeler celui des trostkos de la belle époque : esprit de chapelle, obsidionalité, sentiment d’avoir raison contre l’ensemble de la population, …
Quant à JFR, je ne faisais que rappeler ses origines, son évolution et son penchant pour certaines idées néo-cons. On n’a pas le droit ? Si un rappel tient de l’ad-hominem, je suppose qu’il faut donc croire que le petit Revel dès sa naissance était un pur libéral, une icône. Pour ma part, j’ai bien plus d’estime pour un type comme Madelin qui n’a jamais renié son engagement passé, qui quoi qu’on puisse en penser était honorable (l’anti-communisme l’est toujours), plutôt que pour un type comme Revel qui crache dans la soupe à laquelle il se nourrissait. Même les dieux du panthéon avaient des choses à se reprocher, ce n’est pas les insulter que de le dire. Maintenant vous le prenez comme vous voulez…
Je connais bien Revel, mais je n’ai pas encore lu ce livre. Cependant, quelques commentaires sur cet article…
Je commencerai par le commentaire de ce Paul Klein, où il est question d’une « haine du progrès » du socialisme. Je pense qu’il faudrait préciser ce que l’on entend ici par progrès, car cette idée est évidemment présente dans le socialisme. Il n’y a qu’à lire Saint-Simon pour s’en convaincre. D’ailleurs, d’après Popper, le progrès est une idée historiciste, et partant, dogmatique et idéologique ; c’est d’ailleurs une bonne partie de sa critique de Marx qui repose là-dessus ; une philosophie politique qui l’adopterait comme fondement serait par conséquent à rejeter. Critiquer le socialisme à partir de cette question du progrès qui ne serait pas admis est donc un point qui ne pas tant de soi.
« l’effondrement du régime soviétique sous le poids de ses contradictions internes » : alors là c’est une paraphrase complète du marxisme, pour lequel c’est le capitalisme qui doit s’effondrer sous le poids, etc. C’est un genre de phrase qu’on aurait pu éviter dans une critique du socialisme. Effet de style ? Maladresse plutôt.
« n’a suscité, au sein de la gauche internationale, aucune réflexion critique sur la validité de la doctrine socialiste. » Ce livre a été écrit en 2000 je crois. Et bien, avant cette date, il y eut ce que l’on a appelé le « gauchisme », qui consistait précisément à se rebeller contre le communisme/socialisme ordinaire – mais ça, Revel semble l’ignorer ou l’omettre. Bien plus, dépassant le gauchisme, les penseurs que l’on classe aujourd’hui dans la French Theory (Foucault, Deleuze, Lyotard) n’eurent de cesse que de proposer une alternative progressiste aux pensées communistes et socialistes – voir, exemple parmi tant d’autres, le groupe Socialisme ou Barbarie. Tout cela, c’était à partir des années 60. Revel semble être resté à une analyse des 50′s, où la vie intellectuelle était en effet dominée par l’existentialisme sartrien communiste. Mais très vite, ça a changé, même avant la fin des 50′s. Il y a d’autres penseurs que Sartre et la Théorie critique.
« restait taboue la comparaison entre les grandes idéologies totalitaires du XXe siècle ». Ce sont des penseurs de gauche qui l’ont pensé en premier : Popper, Arendt.
Passons au reste. « libéralisme, qui n’est pas une idéologie. » Pareil que les autres commentaires. « Libéralisme » (tout comme « socialisme ») n’est qu’un mot, tout dépend de ce que l’on met derrière, et cela peut très bien être idéologique ou pas ; c’est faire preuve d’idéologie que de ne pas l’admettre. Je n’aurai rien d’autre à ajouter aux commentaires de ceux qui ont déjà soulevé ce point.
En fait, Revel semble user lui-même d’un stratagème rhétorique consistant à utiliser un concept de « socialisme » tellement large qu’il peut y mettre tout et son contraire, du communisme le plus stalinien à la social-démocratie d’un Rocard. Et oui, on connait la thèse de la continuité, reprise de Hayek entre autre : il n’y a une différence que de degré et non de nature entre socialisme et nazisme, et de l’un à l’autre, il n’y a qu’un pas. Revel est un grand sophiste. Il n’y a qu’à voir le nombre effroyable de sottises qu’il a pu écrire sur Descartes dans son Histoire de la philosophie (et dans ce livre en général) pour avoir une idée de ses stratagèmes.
salut Gnouros, je t’invite à lire ce livre. Le commentaire que j’ai collé ici n’est pas forcément très juste. Le livre est super, vraiment, et il n’a rien de sophistique. C’est quand même excellent comme vous pouvez juger un homme, sans forcément avoir lu son bouquin, et puis ensuite basta, celui-là ne peut plus rien dire d’intéressant.
Vous avez toujours raison, sans doute.
Je prends ce « vous pouvez juger un homme, sans forcément avoir lu son bouquin » pour un vous général étant donné que tu m’as tutoyé à la phrase précédente, et je n’en prends par conséquent nul chagrin
J’ai précisé dès les premiers mots que je n’avais pas lu le livre, et mon commentaire portait moins sur celui-ci que sur le texte qui le présentait ici.
Reste que je connais très bien Revel, que je l’ai beaucoup lu : Pourquoi des philosophes, Histoire de la philosophie occidentale, L’obsession anti-américaine, Le moine et le philosophe, L’oeil et la connaissance, Le voleur dans la maison vide, Une anthologie de la poésie française (bon d’accord y a que la préface), et je dois en oublier. Il n’y a nul besoin de lire l’ensemble de l’oeuvre d’un auteur pour se forger un avis sur celle-ci et celui-ci ; s’il le fallait, personne ne pourrait se sentir habiliter de parler de Voltaire ou de Diderot.
@ Gnouros : et qu’as tu trouvé de si méprisable et sophistique dans son oeuvre…?
Un extrait ici : http://www.morbleu.com/la-sophistique-de-jean-francois-revel/
Mais ce sont des notes mal relues prises il y a quatre ans dont je ne suis pas satisfait, et j’aurais beaucoup à rajouter. Notamment sur Descartes et l’histoire de la philosophie, qui est le sujet que je maitrise le moins mal (pour le libéralisme, vous êtes bien plus experts que moi).
Surtout, ces derniers temps, ce qui m’agace chez Revel, c’est sa grande théorie selon quoi les intellectuels français seraient restés prisonniers du marxisme, alors que c’est totalement faux. Comme je l’ai dit plus haut, il n’y a qu’à lire Foucault, Deleuze ou Lyotard pour voir que ce n’est pas vrai. L’analyse de Revel semble en être restée aux années 50 et à Sartre.
@Gnouros :
Une simple analyse historique peut vous aider à comprendre la vision du marxisme par Revel. Il est né en 24 et est mort en 2006. Il avait 40 ans dans les années 60, au plus fort de la guerre froide, au plus fort de l’affrontement intellectuel Est-Ouest, au moment où nombre d’intellectuels français se faisaient carrément inviter par le régime soviétique à venir leur faire une petite visite.
Ensuite, on peut comprendre qu’effectivement, quelqu’un peut rester prisonnier de sa grille d’analyse. Mais toutefois, je crois qu’il a en partie raison. Quand on regarde des publications comme le Monde Diplomatique, comme Politis, en France, on peut raisonnablement s’interroger sur la rémanence du marxisme. Quand on voit, encore, que le Parti Socialiste est peuplé d’énormément d’anciens maos et trotskystes, on peut se poser des question (à commencer par le camarade Michel aka Jospin). Quand on voit des associations comme feue ATTAC, dont le conseil « scientifique » est peuplé d’intellectuels ouvertement marxistes, on peut donner quelques points à Revel.
@Harald : Votre analyse du terme idéologie est à mon sens le bon, voir notamment cette définition tout à fait éclairante : http://www.wikiberal.org/wiki/Idéologie
Le libéralisme est ou pas une idéologie, j’aurai tendance à dire que oui, mais ce n’est pas très important à mon sens. Il faut juste retenir que sous la plume de Lomig, c’est péjoratif.
Il me semble que le libéralisme devient une idéologie au moment où l’on ne rejette plus l’intervention de l’Etat par pessimisme mais par optimisme. Qu’est-ce que l’idéologie, sinon le discours servant à couvrir les vices de la réalité ? « Quand le travailleur veut il peut » est l’idéologie du libéral; « quand le patron veut il peut » est celle du socialiste. Et en réalité ? Eh bien, en réalité, on est souvent à côté de la plaque, et le mieux c’est de s’en tenir à quelques principes souples et d’éviter de moraliser le débat. Autrement dit, le meilleur vaccin contre l’idéologie, c’est la modération, qui consiste à laisser toujours ouverte une porte derrière soi, « au cas où ». Voilà pourquoi l’optimisme socialiste et l’enthousiasme libéral me laissent froid.
salut Maxime, en partie d’accord. Le libéralisme ne prône pas la disparition de l’Etat…Certains libéraux, les plus nombreux à mon avis, prônent simplement une réduction des champs de compétences de l’Etat, assortie d’une redéfinition claire de ses buts, des moyens d’évaluation de la mise en oeuvre des politiques associées, etc. Les libéraux cohérents et respectueux de l’histoire, et des traditions pensent qu’il est nécessaire de maintenir certaines fonctions dites régaliennes, et qu’il faut virer les autres…cela fait déjà du boulot ! Car il faut avoir le courage de réduire en conséquence les effectifs de la fonction publique…dur dur.