Qu’est-ce que le conservatisme ? Il est intéressant pour un inculte comme moi, de découvrir cela. Parce que cela apporte un regard critique sur la pensée libérale, et pointe du doigt une partie des faiblesses « appliquées » du libéralisme, tout en montrant les synergies entre ces courants : respect de la propriété, rejet du socialisme et du constructivisme. Venez enrichir en commentaire !
On peut envisager les changements qui bouleversent notre société de deux manières : optimiste, ou pessimiste. On peut constater les progrès indéniables, observer d’un oeil satisfait les progrès de la liberté individuelle. Mais on peut aussi voir ce qui part en vrille, ce qui se détériore, ce qui va dans le mauvais sens. L’optimiste, comme le pessimiste, ont raison. Il n’y a aucune raison pour que tout changement soit mauvais, et il n’y a pas plus de raison pour que tout changement soit bon. Il y a forcément des choses à préserver, et d’autres à détruire.
Je me renseigne en ce moment, dans le cadre de l’évolution du réseau LHC, sur le conservatisme. La page wikipedia précise bien qu’il ne s’agit pas d’un corpus bien défini, et que son contenu varie suivant les époques. Normal : pourquoi seraient-ce toujours les mêmes choses qui seraient menacées ? On y lit également que :
Les conservateurs ne sont pas opposés au changement. (…) ils insistent pour que le changement soit organique, plutôt que révolutionnaire : une tentative de modifier la toile complexe des interactions humaines qui forme la société humaine, dans le but de mettre en pratique une doctrine ou une théorie, court le risque de se voir passer sous la dure loi de l’effet pervers.
Et que les conservateurs sont fortement en faveur du droit de propriété.
Il me semble que ces deux points sont assez proches de la position libérale, en tout cas, telle que je la comprends. Je déteste la violence, et en ce sens toute révolution me parait être une mauvaise manière de faire changer les choses. Je prise par dessus tout la liberté individuelle. C’est-à-dire les droits naturels des individus. La propriété (de soi, de ses biens, du fruit de son travail) est le principal.
Il me parait donc assez naturel, pour un libéral critique, d’être conservateur. Qu’est-ce que je veux préserver ? Mais tout ce qui fait que j’aime la société – ouverte – dans laquelle je vis : la liberté de penser et d’agir, l’Etat de droit, le pluralisme démocratique, la séparation du spirituel et du politique, l’égalité des citoyens devant la loi. Les menaces ? l’Etat omniprésent, ses atteintes à la propriété privée, l’islam conquérant, le politiquement correct qui censure la vérité, les politiciens menteurs ou pleutres.
Il me parait assez évident que les libéraux et les conservateurs devraient s’allier pour défendre tout ce qu’ils ont en commun (beaucoup). Cela permettrait de réhabiliter certaines notions essentielles comme la propriété privée et la liberté d’expression.
Mais je ne connais pas les conservateurs : le mieux serait qu’ils viennent expliquer ce qu’ils entendent, eux, par conservatisme, en France en 2009.
Je viens d’ouvrir mon « Dictionnaire de philosophie politique », à la page « Conservatisme ». J’y découvre en quoi le conservatisme et le libéralisme peuvent et doivent s’enrichir. En gros, la pensée conservatrice ne cesse de faire à la modernité trois critiques (extraits) :
- une critique épistémologique : l’homme est limité, apte seulement aux choses concrètes et particulières. Les prétentions de la Raison moderne ne sont que la manifestation d’un orgueil insensé. Cette critique me semble tout à fait compatible avec la critique libérale du constructivisme.
- une critique politique : le juste pouvoir est extérieur aux individus. La démocratie sape la véritable autorité politique qui doit contenir, maîtriser les passions humaines – comment le pourrait-elle si son principe de légitimité ne la rend pas indépendante des volontés humaines ? Le juste pouvoir est avant tout un gardien, il n’a pas de rôle créateur, il est au service des valeurs traditionelles incarnées par les institutions et les coutumes. A nouveau, il me semble qu’un recouvrement partiel existe avec la pensée d’Hayek, par exemple.
- une critique sociologique : la bonne société n’est pas un simple aggrégat d’individus, elle est une communauté vivante et ordonnée. L’homme n’est pas un individu autonome, il est profondément débiteur et dépendant de la société. C’est le point sur lequel je suis le moins en accord, et probablement encore plus sur lequel les libéraux se vivent comme anti-conservateurs. Le libéralisme est un individualisme. Mais, comme par ailleurs, je note et je connais les limites des libéraux sur pas mal de sujets de sociétés, où leur confiance un peu naïve dans les individus les conduits à se laver les mains de problèmes pourtant critiques et complexes, je suis sûr que ce thème aussi est riche de débats entre libéraux et conservateurs.
Beaucoup de thèmes riches, selon moi. Qu’en pensez-vous ? Que vous soyez conservateurs ou non, n’hésitez pas à enrichir cette vision très succincte en commentaire.
Une citation du dictionnaire de philo politique, pour finir :
A la racine de cette opposition fondamentale au projet moderne, il y a la conviction que l’homme est un élément de quelque chose qui le dépasse et qu’il doit se soumettre à l’ordre des choses et à la sagesse de l’histoire. Penser la société, le monde, à partir de l’individu, c’est s’affranchir de la condition humaine.
J’ai envie d’ajouter : penser la société sans considérer pleinement l’individu, c’est accepter que la fin justifie les moyens.
En guise de conclusion : tout libéral non dogmatique – c’est-à-dire critique – devrait être en partie conservateur, et tout conservateur non dogmatique – c’est-à-dire critique – devrait être en partie libéral. Laissons le dogmatisme aux extrémistes, et … échangeons nos idées ?
Articles connexes:
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- Alain Boyer : à propos de la théorie politique de Karl Popper
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- Conseils de lectures #19
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32 Comments
Effectivement, le libéralisme n’est pas et ne peut pas être l’alfa et l’oméga d’une pensée cohérente.
Je suis actuellement plongé dans les écrits des pères fondateurs américains. Ces derniers avaient compris 2 choses :
1) Aucune liberté digne de ce nom ne peut être garantie sans souveraineté sur un territoire donné, c’est-à-dire avec des frontières et une immigration maitrisées, afin de préserver la culture ainsi créée.
2) Aucune liberté digne de ce nom ne peut être garantie sans la reconnaissance de la Loi divine contenue dans la Bible définissant les droits naturels imprescriptibles de tout être humain.
En clair, aucune liberté ne pourra être garantie dans un pays héritier d’un régicide, d’un déicide et dont la souveraineté est diluée dans une superstructure anti-démocratique.
Il faut lire également Joseph de Maistre, Mark Levin (Liberty and Tyranny) ou encore Maurice G. Dantec.
Ma contribution sera ce billet écrit publié hier : « Cohérence du libéral-conservatisme »
Je ne suis pas vraiment convaincu. Bien sûr que la société se construit sur des institutions forgées par le temps, et que si ça marche bien, il n’y a pas de raison d’en changer. Sauf si ces traditions heurtent les principe que l’on considère comme fondamentaux. Pour un libéral, les droits de l’homme. Le progrès ne va pas nécessairement contre le libéralisme. Si on avait conservé l’État libéral du début 19ème aux Etats-Unis, les femmes ne voteraient pas, ni les noirs d’ailleurs. Mais concrètement, sur quel sujet, sur quel thème actuel vois-tu la nécessité de faire appel aux idées conservatrices ? Et dans quelle mesure la liberté peut être laissée de côté pour « conserver » la société ?
salut à tous, merci pour vos commentaires.
@ SRG : je crois que je suis en plein accord avec la premier de vos deux points. Quand au second, je le formulerais autrement, car il n’est pas besoin de faire appel à Dieu, il me semble. Les droits humains peuvent être définis sans parler de Dieu, non ?
@ Maxime : excellent ! Je ne connaissais pas ton article, et je viens de l’ajouter en lien dans le mien. Les grands esprits se rencontrent !
@ Paul : Je ne parle pas de laisser la liberté de côté. Au contraire, c’est même un des points communs que je vois entre libéralisme et conservatisme. La défense de la propriété privée me parait être un important point commun. Les idées conservatrices me paraissent importantes pour faire face au relativisme culturel considérant que toutes les cultures se valent. Ceci est faux, et beaucoup de libéraux ne comprennent pas cela. Je suis pour ma part attaché aux idéaux libéraux, et je pense que cet idéal – bien compris – doit intégrer notre héritage culturel. Un exemple récent : les minarets. Lutter contre l’islam politique et radical devrait être un des cheval de bataille des libéraux : qui mieux que les libéraux devraient défendre la liberté et donc combattre l’idéologie totalitaire islamique ? Or sur ce sujet, comme sur beaucoup d’autres, les libéraux se lavent gentiment les mains en s’en remettant au droit individuel et à la liberté. Ils sont dans le dogme, là où il faudrait être dans l’action et la défense concrète de la liberté.
à bientôt
L’ennui avec le conservatisme est qu’il a tendance à vouloir tout figer, ce qui va contre l’ordre des choses, qui est avant tout mouvement. Un libéral est conservateur, dans le sens où il veut conserver ce qui est bien, et révolutionnaire, dans le sens où il veut changer ce qui ne va pas – son critère essentiel étant le respect de la souveraineté de l’individu, et non des concepts fumeux crypto-collectivistes. En particulier, l’individu n’est PAS « profondément débiteur et dépendant de la société » : via l’échange, il apporte et prend à la société sur un pied d’équilibre.
Les droits humains peuvent être définis sans parler de Dieu, non ?
C’est justement la grande erreur des libéraux modernes, de mon point de vue.
Pour reprendre Mark Levin, « la science et la raison peuvent expliquer comment fonctionne l’Univers, mais elles ne peuvent pas expliquer pourquoi il y a un univers. De même, la science et la raison peuvent expliquer quelles sont les lois de la nature ou de la physique, mais elles ne peuvent pas expliquer pourquoi ces lois existent ».
En clair, il existe des forces supérieures à l’Humanité. Si tu enlèves le caractère divin des droits de l’Homme, alors tu détruis la foi et l’espérance en ces droits, donc tu introduis un relativisme moral et un nihilisme dangeureux qui se terminent par la remise en cause permanente de ces droits.
Ce n’est pas un hasard si la France athée remet en cause en permanence le droit de propriété, par exemple, et si l’abandon de Dieu a abouti au Goulag et à la Shoah au XXème siècle.
Abandonner Dieu, c’est aussi faire le jeu des communistes qui se sont faits un plaisir de faire table rase de 5 000 ans d’histoire judéo-chrétienne. Or les droits de l’homme découlent directement de cet héritage moral et religieux.
J’ajoute que renier ce qui est contenu dans la Bible ne nous met pas en position de force face à l’Islam. De quoi avons-nous l’air, avec notre misérable bout de papelard « DDH de 1789″ sorti de nulle part, face à la Parole du Tout-Puissant contenu dans leur Livre Saint ?
Il y a deux idées reçues à combattre, toutes deux d’ailleurs présentes dans l’argumentation socialo-progressiste. La première de ces idées reçues s’attaque au libéralisme : « sans organisation, nous sombrons dans l’anarchie ». La deuxième s’en prend au conservatisme : « une société attachée à ses habitudes n’évolue pas ». Dans cette optique, la solution apparaît évidente : il faut qu’une élite encadre et planifie l’activité économique et fasse évoluer la société. Normalement cette option dérange et le libéral et le conservateur, mais pour des raisons trop souvent distinctes : l’un regrette que l’État mette son gros doigt dans l’engrenage économique, l’autre qu’on juge la société incapable d’évoluer dès lors que personne ne lui dit dans quelle direction avancer. Or il est clair que sur ce point précis, libéraux et conservateurs font cause commune.
@Laure : vous avez l’air de raisonner comme une progressiste : ça « on » garde, ça « on » jette, changer c’est bien quand il faut changer et mal quand il ne faut pas, etc. On se place toujours du point de vue du législateur qui juge, dose, compose, prend, jette, déplace, etc. Bien sûr qu’il faut que certaines choses changent et d’autres non, là n’est pas la question. La question c’est : jusqu’à quel point l’État peut-il en juger ?
Pour les questions liées à l’Islam, je pense qu’on traverse les clivages. Nombre de progressistes et de gens de gauche, voire d’extrême gauche sont d’accord avec la volonté de légiférer contre les minarets ou les burqas, au nom de la lutte contre l’obscurantisme. Dans un pays plus conservateur et plus libéral que la France, les Etats-Unis, la question ne se poserait même pas : la liberté religieuse y est sacrée. Un arrêt de la Cour suprême avait autorisé les enfants Sikh à venir avec leur couteau traditionnel à l’école ! Donc pour moi ces questions ne sont pas en rapport avec la discussion sur les points communs entre libéralisme et conservatisme. Il s’agit plutôt d’opposer plusieurs conceptions de la relation Etat/religion.
Sinon, pour ce qui est d’affirmer qu’un libéral cohérent est forcément conservateur, je trouve ça un peu péremptoire. Pour ma part, je me sens progressiste et cohérent ! Je me joint à des causes qui me semblent correspondre à un libéralisme de progrès, comme l’abolition de la peine de mort, les droits des minorités sexuelles, la légalisation des produits stupéfiants, de la prostitution, le droit à mourir, la laïcité, une politique pénale plus douce, les alternatives à la prison… j’en passe. Tous ces combats sont en opposition avec les idées conservatrices et leurs prolongements politiques. Ici, on voit bien que le conservatisme ne s’oppose pas au socialisme, mais à la volonté de construire une société garantissant l’épanouissement de chacun sans avoir à subir la morale dictée par la majorité.
Je dirais simplement qu’il y a des libéraux plutôt conservateurs, et d’autres plutôt progressistes. Il n’y a pas de pureté idéologique, chacun a sa pensée unique et composée de petits bouts empruntés aux idées et aux expériences. Essayer de montrer à tout prix qu’un libéral est l’allié naturel et presque forcé du conservateur, c’est une erreur, ou en tout cas un point de vue conservateur visant à « draguer » le libéral vers la droite de l’échiquier politique. Ne nous laissons pas séduire
1°/ Reste à savoir si ce sont les libéraux et conservateurs qui, aux États-Unis, tolèrent qu’un petit Sikh se balade avec son couteau à l’école. 2°/ Qu’est-ce qu’une idée conservatrice ? Le conservatisme c’est d’abord le refus de voir imposer les changements systématiquement par le haut. Rien n’empêche un conservateur d’être pour la prostitution ou contre la peine de mort. 3°/ L’expérience montre que pour ce qui est d’imposer une morale au grand nombre, les progressistes n’ont rien à envier aux vilains conservateurs.
@ SRG : intéressante discussion. Je ne suis pas croyant, mais je suis bien conscient des valeurs d’absolu attaché à l’humain et à ses droits naturels que véhiculent la Bible et les évangiles. J’y suis moi-même attaché, probablement plus que de raison. Mais il me semble qu’on peut conserver une forme de caractère absolu (sacré?) aux droits humains sans pour autant mettre de la divinité (c’est quoi Dieu ?). On peut accepter les droits humains sans Dieu, non ? Et si Dieu est simplement dire que l’humain s’insère dans quelque chose qui le dépasse, pourquoi ne pas appeler cela la Nature ? Cela dit je partage en partie ton constat, sans pour autant pouvoir l’appliquer à mon cas : une vérité qui ne vaut que pour certains est-elle une vérité qui permet de concevoir des règles justes pour une société ?
@ Paul : il n’y a pas d’idée de drague dans ma démarche, mais d’enrichissement mutuel et de dynamisme intellectuel. Pourquoi vouloir à ce point rester « pur » libéral, toi qui vient de nous expliquer qu’il n’y pas de pureté idéologique ?
@ Laure : merci pour ton passage. Je note que ça faisait très très longtemps que tu n’avais pas commenté. Le mot « conservateur » aura au moins eu le mérite de te faire sortir de ta réserve ! Cela dit, je ne suis pas sûr qu’un libéral soit révolutionnaire. Pour ma part je ne le suis absolument pas, et je considère même cela comme le signe d’une « folie » politique. Un point commun fort avec les conservateurs..
@ Maxime @ Paul : d’après ce que j’ai compris, le conservatisme n’a pas vraiment un corps idéologique bien défini. C’est pour cela que j’aimerais que ceux qui se disent conservateurs viennent nous expliquer ce qu’ils entendent par là…
@ Tous : je suis embêté avec un point. Je sais bien ce que recouvre le mot « progressisme » : une sorte de foi idiote des socialistes dans le progrès conçu comme pensé dans un bureau ministériel et appliqué et financé de force. Je ne me reconnais pas là-dedans. Par contre je crois au progrès. Je pense que l’humanité est capable de progrès, tout comme les individus, d’ailleurs. Suis-je alors foncièrement anti-conservateur ? je ne crois pas. Par exemple : la liberté d’expression a été un progrès, et sa défense farouche doit mobiliser tous ceux qui aiment la liberté. C’est conservateur, quelque part, de vouloir préserver quelque chose, non ?
Je ne suis pas croyant
N’est-ce pas paradoxal de ne pas être croyant, c’est-à-dire de ne pas croire qu’en faisant le Bien individuellement autour de soi, on récolte individuellement et collectivement le Bien grâce à une force divine, et en même temps être un fervent partisan de la « main invisible » de Smith, qui est exactement le même raisonnement appliqué à l’économie ?
En une phrase, parce qu’il est tard : je pense être libéral pour les autres et conservateur dans ma vie privée.
Et je reprendrai un principe religieux : ne fait pas à autrui ce que tu n’aimerais pas que l’on te fasse. Principe qui peut s’expliquer par, les autres font ce qu’ils veulent, si et seulement si, la cité me garantie qu’ils n’empièteront pas dans ma vie privée et moi dans la leur.
@ SRG : quand je dis « je ne suis pas croyant », je parle de croire en Dieu. Par contre, j’ai des croyances fortes dans pas mal de choses. Je ne sais pas si je « fais le bien autour de moi ». J’essaye de ne pas faire le mal. Pourquoi parler de force divine pour expliquer des phénomènes humains ( par exemple l’échange et ses bénéfices…) ?
@ Jugurta : j’adhère au principe que tu cites. C’est le principe libéral par excellence, puisque les libéraux ont définis la liberté comme ayant intrinsèquement comme limite celle des autres. C’est tout l’intérêt de la réflexion libérale sur les liens entre liberté et responsabilité…
@ Maxime : tu dis » l’un regrette que l’État mette son gros doigt dans l’engrenage économique ». Cela me parait être une vision assez réductrice du libéralisme. Le libéralisme, de mon point de vue, proche de celui de Pascal Salin (bien que moins radical que lui), est une philosophie humaniste. Le libéral regrette non pas le doigt de l’Etat dans l’engrenage économique, mais le doigt de l’Etat à quelque endroit que ce soit où il s’impose par la contrainte. Le libéralisme n’est pas un économisme, mais une philosophie politique du droit.
Laure a écrit :
C’est une des points de désaccords que j’ai avec les libéraux. Les libéraux ne pensent les humains que comme des individus libres et responsables, majeurs et vaccinés. Les individus ne deviennent, à la limite, qu’une entité juridique. Je pense, pour ma part, qu’un individu, avant de pouvoir s’émanciper, est d’abord un enfant et EST débiteur de dépendant de ses parents, de la société, etc. C’est par la suite qu’une émancipation survient ; et c’est une fois autonome que le cadre philosophique devient opérant pour l’individu, à la fois indispensable et incontournable. Mais tous les individus ne sont pas libres, ou émancipés. Si ?
@LOmiG, c’est réducteur mais ça a le mérite d’être bref et précis.
@ Maxime : bref oui, mais ça a le désavantage d’être imprécis et caricatural. Tu as le droit, ici, de prendre le temps que tu veux pour détailler. C’est le but de ces discussions, non ?
@ Lomig : Pour la drague, je visais Maxime Zjelinski, qui nous ressert le discours traditionnel des dragueurs de libéraux CAD se placer uniquement sur le plan de l’opposition au socialisme. Je ne rejette pas par principe toute idée conservatrice, mais je remarque que lorsqu’on pose des questions concrètes, d’actualité politique, je me sens plus proche des progressistes. La philosophie politique réactionnaire est intéressante, vraiment. Mais dans la politique réelle, je ne me sens pas en phase avec les positions défendues par les conservateurs. Mon côté gauchiste
@ Maxime : « Le conservatisme c’est d’abord le refus de voir imposer les changements systématiquement par le haut ». C’est ta définition, très personnelle… Pour moi le conservatisme dépend étroitement de la société dans laquelle il se situe. Un conservateur iranien est pour rendre obligatoire le port du voile, il considère comme progressiste et gauchiste l’idée de rendre les femmes libres. Un conservateur français pensera exactement le contraire…
salut Paul, merci pour ces précisions… deux remarques : 1) tu fais – à tort à mon sens – l’amalgame entre « conservateurs » et « réactionnaires » qui ont des sens différents. 2) un conservateur iranien pourrait regretter l’époque où les femmes étaient plus libres, et s’opposer par là même à un changement qu’il a perçu comme négatif (le retour des religieux au pouvoir). C’est toi qui calques un sens anti-progrès aux mot « conservateur ». C’est pour ça que je pensais important de différencier « progrès » et « progressisme »…
Pour être concret un libéral défend le PACS et un conservateur s’y oppose (la gauche était donc plus libérale que la droite sur ce sujet). Les conservateurs disent : « la famille est la base de la société, la loi doit donc la défendre, y compris en favorisant les unions stables, et en empêchant les unions instables, ouvertes aux homosexuels, etc… ». Un libéral dit : « laissons les gens libres d’organiser leurs liens affectifs comme bon leur semble. Si la famille est effectivement si importante, ils n’ont pas besoin du gouvernement pour la défendre ».
Dans le domaine économique, un conservateur, parce qu’il défend la propriété, défend un certain libéralisme économique. Mais, tout à coup, il va se battre pour le petit commerce et contre les grandes surfaces, sous prétexte que le petit commerce est nécessaire à la vie des quartiers anciens, lesquels sont les gardiens de la tradition. Un libéral ne peut accepter la défense des corporatismes.
Sur les questions éducatives ou dans la lutte contre la délinquance, un conservateur défend l’autorité en toute circonstance. Un libéral dit : cela dépend, faisons place à l’expérimentation, laissons les gens essayer d’autres voies (à la condition expresse qu’ils assument leurs actes).
Je livre ici quelques réflexions plus que des affirmations. C’est un appel au débat et non à la polémique.
Je ne fais pas trop la différence entre conservateur et réactionnaire, même si je conçois qu’il y en a une. Pour le progrès, c’est une notion subjective, donc deux personnes peuvent se réclamer du progrès et en proposer des aspects différents. C’est particulièrement vrai lorsqu’on oppose socialistes et libéraux qui ont deux conceptions complètement étrangères du progrès. Dans les deux cas il y a une idée de sens de l’histoire. La différence c’est que pour les libéraux le progrès est dans l’organisation politique, qui se perfectionne et permet un meilleur respect des libertés, tandis que les socialistes veulent modifier la société elle-même pour la rendre parfaite. Le conservateur à l’inverse considère que le bon ordre de la société a déjà été atteint par le passé, que les traditions et les coutumes dont on a hérité nous suffisent et n’ont pas à être changées. Les religions sont conservatrices par nature : une fois le message divin livré, pas question de le changer, ou alors c’est la création d’une nouvelle religion !
@ Emmanuel : merci pour ces élements qui relancent la discussion. Selon moi, un libéral est opposé à l’expérimentation. Les humains ne sont pas des objets d’expérimentation, sauf s’ils sont volontaire. Le problème du PACS et du mariage gay, à nouveau de mon point de vue, c’est qu’ils laissent la porte ouverte à l’adoption d’enfants par des couples homo, ce qui est une forme d’expérimentation sur l’être humain. On retrouve comme souvent, la faiblesse des libéraux pour penser les enfants et leur statut. Je ne tolère pas qu’un enfant puisse être le fruit d’une expérimentation…suis-je conservateur pour cela ?
@ Paul : « Le conservateur à l’inverse considère que le bon ordre de la société a déjà été atteint par le passé » je crois que c’est une vision caricaturale des conservateurs. Les conservateurs ne pensent pas : c’était mieux avant. Ils pensent juste que certaines choses valent la peine d’être défendu contre le changement, qui n’est pas forcément bon. Mais ils en sont pas opposés à tout changement. D’après ce que je comprends, en tout cas.
Au sujet des enfants, le problème se pose en effet, et je n’ai pas de réponse pour ma part. Mais je ne parlais pas du mariage gay, mais du PACS, qui ne donne aucun droit automatique à l’adoption pour les homosexuels.
L’expérimentation telle que je l’entends signifie que les hommes avancent à tatons, y comptis sur des questions comme l’éducation. Des parents sont adeptes des méthodes Dolto. D’autres trouvent cela fumeux et veulent « liquider Mai 68″. Je crois qu’une position libérale consiste juste à dire que les parents sont les premiers responsables de leurs enfants. Un libéral ne condamne pas a priori telle ou telle méthode éducative. Il pense en revanche que si les enfants se comportent mal, les parents doivent en assumer laes conséquences, position qui n’a rien de laxiste, mais au contraire est plutôt exigente.
Il y a des gens plus ou moins conservateurs, et conservateurs de façon différente. Une seule définition est forcément insuffisante. Et il faut distinguer les théories politiques conservatrices des actions et projets des partis conservateurs.
Et pour l’adoption des homos, je ne crois pas que cela soit une « expérimentation ». C’est simplement la fin d’une discrimination.
La question est cependant compliquée car si les adultes font ce qu’ils veulent entre eux (dès lors qu’ils sont consentants et qu’ils n’embêtent personne), il faut ici penser à l’intérêt des enfants, qui doit primer.
@ Paul : pas du tout d’accord avec toi…quelle discrimination ??????
La non-délivrance de l’agrément d’adoption est fondée sur l’orientation sexuelle de celui qui le demande. La France a été condamnée pour violation du principe de non-discrimination par la Cour Européenne des Droits de l’Homme parce qu’elle refusait l’adoption pour une femme homosexuelle, sur ce motif (arrêt Emmanuelle B de 2008). Les juridictions administratives ont pris acte de cette décision. En droit français, refuser l’adoption à un homosexuel est considéré comme une discrimination. Ce qui me semble tout à fait logique.
@ Paul : avant de parler du « droit à… » des adultes homosexuels, ne peut-on considérer d’abord et prioritairement le droit des enfants à bénéficier d’un cadre éducatif « normal ». Jusqu’à preuve et du contraire, le cadre standard pour un enfant est d’avoir un père et une mère ; le fait de prétendre qu’il est sans impact pour les enfants de changer ce cadre est une affirmation sans preuve, et donc à ce titre une forme d’expérimentation… Bien sûr qu’il s’agit de discrimination ! Un couple homosexuel n’est pas la même chose qu’un couple hétéro, en ce qui concerne le fait d’élever des enfants. Cela ne remet pas en cause le droit de chacun à disposer librement de lui-même. Mais les enfants ne sont pas des jouets…
C’est le « cadre standard », mais il n’en a pas toujours été ainsi. La société évolue, les moeurs changent. A présent, nombre de familles sont « recomposées » ou mono-parentales. Et il y a des enfants élevés par des homosexuels. Que peut faire la loi ? Vouloir empêcher l’évolution des comportements sociaux c’est ça le conservatisme. Parce que ici ce n’est pas l’État qui cherche à modifier les structures familiales : il se retrouve devant le fait accompli, obligé de changer ses lois. Personne à la Cour européenne des droits de l’homme ne désire expérimenter un nouveau modèle familial. Ils prennent simplement acte de l’évolution de la société vers une plus grande tolérance et ouverture d’esprit.
L’autre Maxime avait dit que le conservatisme c’est aussi le refus de voir imposer les changements systématiquement par le haut. Effectivement, il s’agit même de la subsidiarité : ne rien laisser à l’échelon supérieur de ce qui peut être accompli à un niveau plus proche des citoyens. Une autre expression sociale et politique conservatrice est le personnalisme.
Salut Maxime, oui d’accord avec ça. Et ça va dans le sens d’un rapprochement – à nouveau – des libéraux et des conservateurs puisque la subsidiarité (bien pensée), est aussi un thème récurrent chez les libéraux.
J’avais rappelé quelques propos de Feldmann sur le sujet, il y a quelques temps : Subsidiarité…
à bientôt, et merci de ton passage !
Merci…
« Être conservateur, par conséquent, est préférer le familier à l’inconnu, préférer ce qui a déjà été utilisé à ce qui ne l’a jamais été, préférer le fait au mystère, le vrai au possible, le limité au flou, ce qui est proche plus que ce qui est distant, le suffisant à l’excédent, le convenable au parfait (…). »
connaissez-vous Michael Oakeshott ?
Quelques liens :
URL : http://www.les4verites.com/Lu-pour-vous-Morale-et-politique-dans-l-Europe-moderne-1276.html URL : http://www.fahayek.org/index.php?option=com_content&task=view&id=1242&Itemid=1
N.B. : d’autres libéraux-conservateurs : Léo Strauss, Julien Freund, Chantal Delsol, ect.