Pierre Polard, communiste à Rue89

J’ai lu un édito sur la une de Rue89 : Jean-François Coppé et sa drôle de conception des inégalités. Il est signé Pierre Polard, contributeur de Rue89. Un petit extrait m’a fait réagir :

Enfin, interrogé par un journaliste pour savoir s’il ne trouvait pas injuste une telle échelle de rémunération, il nous a livré ses convictions profondes. Gravement, il nous a rappelé que, par le passé, des régimes avaient essayé d’imposer la même rémunération à tous, c’était le communisme et « on a vu comment ça s’est terminé ».

Donc, il n’y a pas d’alternative : si on change quelque chose, c’est le goulag. Pas de juste milieu entre la Corée du Nord et la perpétuation des dérèglements manifestes d’un système qui conduit à l’enrichissement inconsidéré d’une minorité déconnectée des réalités.

Cela parait bien envoyé, cet appel à la modération, et au juste milieu entre deux extrêmes. Sauf que l’un des deux n’est pas un extrême, à part dans la tête de son auteur.
« …dérèglements manifestes d’un système qui conduit à l’enrichissement inconsidéré d’une minorité déconnectée des réalités. », c’est une phrase qui sent bon son marxiste de service, n’en déplaise à Pierre Polard (peut-être est-il fier d’être marxiste, d’ailleurs, auquel cas c’est encore plus grave…).

Car, dans le système capitaliste libéral, ce n’est pas une minorité qui s’enrichit : certes, une minorité s’enrichit plus vite que les autres, mais tout le monde, globalement, s’enrichit. Ce que traduit la progression des différents indicateurs économiques ou de développement humain.
Le fait est que les marxistes n’aiment ni les inégalités, ni la richesse. Ni les réalités factuelles, d’ailleurs. C’est la différence avec les libéraux : ceux-là aiment la prospérité pour tous, et les inégalités qui font la richesse des humains. Les libéraux ne veulent pas de l’égalitarisme socialiste : ne les accusons pas de vouloir en plus la pauvreté !

C’est piquant, des leçons de prospérité dispensée par un communiste…!

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12 Comments

  1. J’aime bien aussi « la minorité déconnectée des réalités » ! Il doit croire dur comme fer, à l’existence d’une économie réelle (celle qui souffre) et d’une économie virtuelle dans laquelle la minorité déconnectée s’affaire et prospère en cercle fermé. Je m’étonne même qu’il n’ait pas réclamé que l’on débranche les activités hors réalité de ces gens là, qui ne s’échangent des Linden dollars entre eux !

    Posted 27 janvier 2010 at 01:03 | Permalink
  2. LOmiG

    salut lolik, merci pour ton commentaire !

    oui, je crois que tu as raison : ce monsieur doit vivre dans un univers où des vilains capitalistes se réunissent en petit comité, en fumant des gros cigares, pour décider du sort des prochains salariés qu’ils pourront foutre à la porte pour faire encore plus de profits !

    Posted 27 janvier 2010 at 08:51 | Permalink
  3. Pierre Polard

    Bonjour camarade LOmiG, Merci de consacrer un peu de votre précieux temps à disséquer mes écrits! Est-ce plus grave d’être un »marxiste de service » ou un libéral béat ? Je ne me définis pas comme marxiste, mais mes convictions profondes sont que les inégalités ne sont pas un aigullon pour les plus pauvres, mais qu’elles engendrent au contraire frustrations et tensions sociales. Je pense qu’une société plus égalitaire est plus efficace. Je ne suis pas pour autant favorable à ce que tout le monde gagne la même chose, mais je pense qu’un salaire maximal (500 00 €/an) serait une bonne chose… J’arrête là car je pense que nous ne serons jamais d’accord !

    Continuez à lire Rue89, vous aurez sûrement l’occasion d’avoir de mes nouvelles…et du grain à moudre pour votre blog!

    Posted 19 février 2010 at 16:13 | Permalink
  4. LOmiG

    Salut Pierre Polard, merci d’être passé mettre un petit commentaire sous ce billet volontairement « aggressif ».

    Bien sûr qu’il est plus grave d’être un marxiste de service qu’un libéral béat (je ne suis pas béat, mais ça ne change pas le fond).

    Le marxisme partout où il a été appliqué, a conduit à des catastrophes humaines, économiques et sociales. Le libéralisme, partout il est appliqué, conduit au respect des droits individuels, et à la propérité rendue possible par l’accumulation de capital.

    Les libéraux sont opposés à l’arbitraire collectiviste, consistant à ce que certains décident pour d’autres ce qui est bon pour eux. D’où sort ce chiffre de 50000€/an ? de ton esprit, et il n’est que le reflet de ton histoire, de ton jugement et de tes goûts. En quoi cela pourrait-il servir de critère ou de norme pour la société ? A moins, bien sûr, de considérer que l’on sait mieux que les autres ce qui est bon.

    « Je pense qu’une société plus égalitaire est plus efficace. »

    Plus efficace pour quoi faire ? pour réduire les égalités ? Dans ce cas, ce n’est qu’un truisme. Donc je repose la question : plus efficace pour quoi faire ?

    Les libéraux sont animés par la passion pour la justice, et ils ont menés une vraie réflexion sur ce qui est juste ou injuste. Décider pour les autres ce qui est bon pour eux, les contraindre dans ce qui est LEUR liberté, voilà par exemple quelque chose d’injuste, tant qu’ils ne font de mal à personne. Non ?

    Posted 19 février 2010 at 16:45 | Permalink
  5. Pierre Polard

    Re(salut),

    « Le libéralisme, partout il est appliqué, conduit au respect des droits individuels, et à la propérité rendue possible par l’accumulation de capital. » Où ça ? Des exempls concrets et précis ?

    « D’où sort ce chiffre de 50000€/an ? » Je voulais dire 500 000 €/an ! Ce n’est pas mal, non ? On peut en débattre…C’est par exemple le chiffre retenu par les Pays-Bas pour appliquer un impôt majoré. C’était le chiffre retenu par Barck Obama pour limiter le salaire des patrons des entreprises renflouées par l’Etat.

    « Je pense qu’une société plus égalitaire est plus efficace. » Les pays les plus égalitiares (scandinaves par exemple) obtiennent les meilleurs résultats lors des études PISA de l’OCDE qui comparent les performances scolaires. Le consentemnt à l’impôt y est plus fort car il n’est pas vécu comme une spoliation par les plus riches au profit des « assistés », mais comme la mise en commun de moyens entre individus « comparables » entre eux.

    « Décider pour les autres ce qui est bon pour eux, les contraindre dans ce qui est LEUR liberté, voilà par exemple quelque chose d’injuste, tant qu’ils ne font de mal à personne » J’en conclus donc que tu es anarchiste.

    Posted 19 février 2010 at 16:59 | Permalink
  6. LOmiG

    re-salut, 1) sur les exemples de pays où le capitalisme et le libéralisme ont créé de la richesse, tu peux prendre l’ensemble des pays occidentaux depuis plus d’un siècle, ainsi qu’une bonne partie des pays en voie de développement, ça fait du monde quand même. Des centaines de millions de personnes sortent peu à peu de la pauvreté grâce au respect des droits individuels et de la propriété privée 2) sur le chiffre : peu importe le chiffre. Il restera arbitraire. Je pense pour ma part qu’il n’y a pas lieu de limiter les salaires. C’est à ceux qui font un échange (travail contre argent) de décider librement le montant du salaire. Laissons les individus décider ce qui les concerne. Si deux personnes se mettent d’accord sur un salaire, en quoi Pierre Polard – ou qui que ce soit d’autre – aurait-il son mot à dire ? 3) Tu n’as pas répondu sur le « pour quoi faire » ? Je note avec amusement que tu cites les classements PISA, que je connais un peu, ainsi que le système scolaire finlandais. Les écoles finlandaises pour rappel appliquent les principes suivants : - Chaque élève est important - Des professeurs experts - L’évaluation comme levier de changement L’intervention de Paul Robert à la radio rappelait les points suivants : - Pas de statut de fonctionnaire pour les professeurs (le chef de l’établissement peut les virer) - Décentralisation réelle, et autonomie très forte des établissements y compris dans le recrutement des professeurs - Education orientée vers l’enfant et sa réussite (moins de notes, plus grande liberté de choix dans les orientations, fort taux d’encadrement) - Evaluation permanente des établissements - Mise en concurrence des établissements

    J’attends avec impatience de voir un tel système égalitaire arriver en France. Au passage les libéraux aiment l’égalité, mais l’égalité de droit. Une petite phrase d’Hayek, grand penseur : « Il y a toutes les différences du monde entre traiter les gens de façon égale et tenter de les rendre égaux. Si le premier est la condition d’une société libre, le second n’est qu’une forme de servitude. — Hayek » Cela résume très bien ma position.

    4) Pas anarchiste, libéral. La différence étant de taille : les libéraux repectent la propriété privée (qui inclut la propriété de soi, du fruit de son travail, de ce qu’on possède par le libre échange). C’est un simple respect des droits naturels des êtres humains. Au nom de quoi voudrais-tu contraindre ceux qui ne font de mal à personne ?

    Posted 19 février 2010 at 17:16 | Permalink
  7. Pierre POLARD

    Salut, « sur les exemples de pays où le capitalisme et le libéralisme ont créé de la richesse, tu peux prendre l’ensemble des pays occidentaux depuis plus d’un siècle »

    Pour un idéaliste libéral, je te trouve peu regardant sur les conditions de réalisation de ton idéal…et c’est peut-être plus prudent. Dans les pays occidentaux que tu évoques, la dépense publique représente en moyenne plus de 40% du PIB. On est donc loin de l’idéal libéral…et c’est tant mieux. On peut noter que si la France s’en tire moins mal que ses voisins en cette période de crise, c’est surtout en raison de l’importance de sa dépense publique. Aux Etats-Unis, la crise ne provient pas uniquement de la prolifération de produits dérivés toxiques. Elle relève de l’épuisement d’un modèle économique et social qui creuse les inégalités de revenu. La stagnation du revenu médian et la hausse du revenu moyen de 3% signifie que seules les classes à hauts revenus ont bénéficié de la croissance des années 2002-2006.

    « Des centaines de millions de personnes sortent peu à peu de la pauvreté grâce au respect des droits individuels et de la propriété privée »

    En Corée du Sud, le revenu par habitant ne s’élevait en 1960 qu’à 13% de celui des pays riches. Il dépasse désormais les 50%. Et en Chine, qui pèse à elle seule le quart de l’humanité, le revenu par tête n’était que de 1% de celui des pays riches en 1960. Il est monté à 6% aujourd’hui. La progression est spectaculaire, même si l’écart reste énorme… Mais ce n’est pas en appliquant la vulgate libérale à la mode depuis trente ans que les pays asiatiques ont réussi leur décollage. Ils lui ont résisté au contraire tout en sachant tirer profit de la libéralisation des échanges. Ils ont su, et pu, protéger leurs marchés et leurs entreprises en appliquant des politiques industrielles volontaristes, selon les préceptes mercantilistes les plus traditionnels. En dehors de l’Asie de l’Est, les réussites économiques sont en revanche bien rares. L’Inde a elle aussi connu une croissance soutenue au cours de la dernière décennie. Mais pour l’instant, le revenu moyen d’un Indien, qui représentait 2,1% de celui d’un habitant des pays riches en 1960, n’en pèse toujours que 2,4% aujourd’hui. Pas de quoi pavoiser. Quant au Brésil, autre candidat récurrent au statut de locomotive économique, il a vu son niveau de vie relatif régresser: chaque Brésilien gagnait en moyenne 17% de ce que gagnait un habitant des pays riches en 1960, ce ratio est tombé à 15% en 2007. Le Mexique, voisin direct des Etats-Unis et lié à eux depuis 1994 par un accord de libre-échange, a vu la situation relative de ses habitants se dégrader encore plus nettement: en 1980, un Mexicain touchait en moyenne 30% du revenu d’un habitant des pays riches; en 2007, ce n’était plus que 23%. Le constat est encore plus net en Afrique. Au Nigeria, par exemple, le géant du continent avec ses 147 millions d’habitants: chaque Nigérian disposait en moyenne en 1960 de 3,5% du revenu d’un habitant des pays riches; en 2007, ce pourcentage n’était plus que de 1,5%, malgré l’envolée déjà engagée des cours du pétrole. Même tendance en Afrique du Sud.

    « sur le chiffre : peu importe le chiffre. Il restera arbitraire. » Il ne s’agit pour moi d’imposer quoi que ce soit…ce dont je serais bien incapable, d’ailleurs. Il s’agit de soumettre au débat démocratique des propositions. Même si le fonctionnement de la démocratie en France et dans les pays développés n’est pas exempt de tout reproche, comme toute institution humaine, je pense que ça reste le meilleur moyen de décider de nos lois communes. En effet, sans loi commune, il n’y a pas d’exercice serein de la liberté…sauf celle du renard libre dans le poulailler libre ! Une société sans loi, et sans Etat pour l’appliquer, est livrée à la sauvagerie des rapports de forces, qui ne risque pas d’instaurer l’égale et pleine liberté.

    « Si deux personnes se mettent d’accord sur un salaire, en quoi Pierre Polard – ou qui que ce soit d’autre – aurait-il son mot à dire » Je ne veux pas fixer de façon autoritaire les salaires pour tout le monde. Mais comme il existe un salaire minimum, il ne me paraît pas illogique de fixer un salaire maximum. En effet, si l’on prend l’exemple des revenus des PDG, ils sont soi-disant fixés par des comités de rémunération indépendants, mais dont la consanguinité est telle que Machin se retrouve à fixer le salaire de Truc alors que Truc siège au comité de rémunération qui doit statuer sur le salaire de Machin… Plutôt propice aux petits arrangements entre amis qu’à l’exercice d’une concurrence libre et non faussée, non ? Enfin, si on considère la rémunération comme étant la contrepartie de la productivité, il faudrait pouvoir justifier que quelqu’un qui gagne 150 000 € par mois apporte plus à la collectivité en un mois qu’un salarié payé au SMIC en 10 ans.

    Le système finlandais n’est possible que parce que les inégalités sont plus faibles. La mise en concurrence n’est efficace qu’en égaux. En France, si on met les établissements scolaires en concurrence en l’état, cela ne peut se traduire que par un renforcement de la position des meilleurs et par une dégradation des moins bien lotis. C’est ce qu’atteste d’ailleurs une récente étude de la Cour des Compte sur l’assouplissement de la carte scolaire : cela profite aux établissements les plus réputés.

    « Il y a toutes les différences du monde entre traiter les gens de façon égale et tenter de les rendre égaux. Si le premier est la condition d’une société libre, le second n’est qu’une forme de servitude. — Hayek » Ca veut dire quoi « traiter les gens de façon égale » ? Dans un pays riche comme la France où 8 millions (dont 2 millions de salariés) vivent en dessous du seuil de pauvreté, cette pauvreté n’est-elle pas une vraie forme de servitude ? N’est-ce pas renverser les choses que de dire que c’est une forme de servitude de tenter d’améliorer leur sort, via notamment la redistribution ? Si on ne les aide pas (je ne parle pas forcément que d’aide financière, mais aussi d’accompagnement, de formation), combien d’entre eux pourront s’en sortir ?

    « Tu n’as pas répondu sur le « pour quoi faire » » Je pense que la seule finalité légitime est la qualité de vie (dignité, paix, sécurité, liberté, santé, éducation, logement, loisir,…) des hommes et des femmes, et notamment les plus démunis. La force d’une société se mesure à celle de ses maillons les plus faibles. Toute l’histoire du progrès humain a consisté à améliorer la situation des plus faibles, via ce que l’on appelle la « protection sociale », qui passe par la redistribution des richesses.

    Posted 25 février 2010 at 12:58 | Permalink
  8. LOmiG

    salut, désolé pour le délai dans ma réponse…

    « On peut noter que si la France s’en tire moins mal que ses voisins en cette période de crise, c’est surtout en raison de l’importance de sa dépense publique. »

    Voilà une affirmation bien péremptoire. La plupart des économistes, libéraux ou non, s’accordent pour dire que plus le niveau de prélèvement est élevé, et plus la création de richesses est désincitée. Ce n’est pas très dur à comprendre, d’ailleurs. L’exemple de la nouvelle zélande le montre : les réformes libérales qui avaient eu lieu là-bas (consistant à diminuer de manière brusque et importante les prélèvements obligatoires) avaient conduits, deux ou trois après à avoir des rentrées par le biais de l’impôt SUPERIEURES à ce qu’elles étaient avant, avec des taux plus importants. L’aumgentation de l’assiette est évidemment l’explication.

    « Mais comme il existe un salaire minimum, il ne me paraît pas illogique de fixer un salaire maximum. »

    Tu as raison, et je considère pour ma part que le salaire minimum est une connerie sans nom qui crée du chômage, et empêche toute une catégorie de personnes de trouver du boulot. Je comprends qu’on soit attaché aux deux ; moi je préfèrerais les supprimer tous les deux.

    « Ca veut dire quoi « traiter les gens de façon égale » ? « 

    ça veut dire qu’ils soient égaux devant la loi. Strictement. Le reste ne doit pas regarder les pouvoirs publics.

    Posted 1 mars 2010 at 10:45 | Permalink
  9. Pierre POLARD

    Salut,

    « La plupart des économistes, libéraux ou non, s’accordent pour dire que plus le niveau de prélèvement est élevé, et plus la création de richesses est désincitée. » Je ne suis pas aussi sûr que toi qu’il y ait consensus parmi les économistes sur ce sujet. Sauf erreur de ma part, la fameuse « courbe de Laffer », version prétendument scientifique de l’adage « trop d’impôt tue l’impôt », n’a pas été démontrée. J’avoue ne pas connaître dans le détail le cas de la Nouvelle Zélande, mais si on prend le cas des Etats-Unis, les baisses d’impôts de Reagan se sont plutôt traduites pas des déficits publics abyssaux. Quant à la désincitation censée résulter d’un taux d’impôt trop élevé, on peut là aussi prendre le cas des Etats-Unis où le taux marginal d’imposition était de plus de 80% jusqu’à la fin des années 70. Et on ne peut pas dire que les Etats-Unis n’ont pas connu de dynamisme économique pendant les Trente glorieuses.

    « le salaire minimum est une connerie sans nom qui crée du chômage, et empêche toute une catégorie de personnes de trouver du boulot » Mais alors, il faudra m’expliquer comment on vit avec moins de 1000 € net par mois. Je crois qu’il n’y a pas de travaux prouvant une corrélation claire entre chômage des personnes non qualifiées et existence d’un salaire minimum. Des études menées aux Etats-Unis sur l’instauration d’un salaire minimum dans le secteur de la restauration rapide ont même plutôt abouti à une amélioration de l’emploi des non qualifiés. La libéralisation du marché du travail conduit selon les libéraux au plein emploi… mais uniquement pour ceux qui sont prêts à travailler au salaire d’équilibre du marché. Les autres sont censés quitter le marché du travail…pour faire quoi ? Ce n’est pas votre problème, n’est-ce pas ? Ils sont « libres » après tout ? Libres de crever…

    Pour illustrer le rôle du SMIC, une petite histoire très simple : Supposons que, pour planter des arbres, il faille deux ouvriers. Un qui sache creuser les trous (le creuseur) et l’autre qui sache planter l’arbre (le planteur). Un ouvrier ne peut pas être creuseur et planteur à la fois. A la fin de la journée, le patron donne à l’équipe 100 €. Sachant que l’un ne peut pas travailler sans l’autre, les deux ouvriers se partageront la somme « 50-50 ». Supposons à présent qu’un deuxième creuseur vienne proposer ses services au planteur. Il pourra mettre en concurrence les deux creuseurs. Au final, un creuseur acceptera de travailler pour 5 ou 10 €, voire moins… Les creuseurs sont en fait les travailleurs peu qualifiés, dont le nombre est supérieur aux postes disponibles (d’où l’existence du chômage), ce qui tire leur salaire vers le bas. Le rôle du SMIC est d’implanter une limite à la spirale à la baisse des salaires de ceux pour qui un libre fonctionnement du marché engendrerait une rémunération trop faible. Lorsqu’il existe du chômage, le problème n’est pas de baisser le prix du travail pour en augmenter la demande, mais d’augmenter le niveau d’activité économique ou de réduire la durée du travail.

    « Egaux devant la loi » Cela veut-il dire que vous êtes opposés aux retours des privilèges ? Ouf, je suis rassuré. Un fils d’ouvrier et un fils de PDG sont égaux devant la loi…S’ils tuent, ils iront en prison, s’ils roulent à 180 sur la route, ils perdront leur permis… Mais le premier a 5 ou 10 fois moins de chance que le second d’être lui-même PDG. Et ce n’est pas dû uniquement aux mérites personnels de chacun…mais plutôt que le fils de PDG aura une chambre à lui pour faire ses devoirs, des cours à domicile s’il a des difficultés en maths, l’accès à un meilleur lycée… Cela constitue une véritable forme d’injustice, c’est aussi une forme de servitude et aussi une inefficacité économique, puisque l’on se prive certainement de talents. A

    Pour finir, un lien. C’est du brutal, ne lit pas ça avant de t’endormir, tu vas faire des cauchemars! http://www.leplanb.org/Pourquoi-Le-Plan-B-n-augmentera.html

    Posted 2 mars 2010 at 00:49 | Permalink
  10. LOmiG

     » Mais le premier a 5 ou 10 fois moins de chance que le second d’être lui-même PDG. »

    Je le sais bien ; et qu’en déduis-tu ? qu’il faut mettre des bâtons dans les roues au fils du PDG ? qu’il faut faire de la discrimination positive ? cela revient à introduire, justement, des privilèges (lois privées, littéralement, c’est-à-dire ne s’appliquant pas de la même manière pour tous).

    Je sais que ton but est probablement plein de bons sentiments et de compassion. Mais c’est bien toute la faiblesse du socialisme que de ne pas s’apercevoir des pensées totalitaires qu’il abrite, et dont il fait la promotion sous couvert d’égalité des chances.

    Je ne reviens même pas sur tes raisonnements économiques complètement pipeaux, qui vont à l’encontre des faits : les faits c’est que les salaires augmentent, en moyenne, depuis un siècle. Pas l’inverse ; quand tu parles de la spirale infernale des salaires qui diminuent, c’est tout simplement de l’idéologie. Pour que les creuseurs soient en situation de force, il faut revenir au plein emploi. Le chômage est un choix de société, des économistes comme Michel Godet l’ont montré depuis longtemps. C’est un choix qui est mauvais, à tous les niveaux. Sauf peut-être celui des intentions initiales. Mais l’enfer, comme chacun le sait, est pavé de bonnes intentions…

    Posted 2 mars 2010 at 15:05 | Permalink
  11. Pierre POLARD

    Salut, Tu croyais m’avoir cloué le bec ?

    « et qu’en déduis-tu ? qu’il faut mettre des bâtons dans les roues au fils du PDG ? » Bien sûr, il faut qu’ils en bavent tous ces fils à papa! Je plaisante, évidemment. Je suis complètement opposé à la discrimination positive car elle stigmatise ceux qui en bénéficient. Et en cela elle est parfaitement contre-productive. En revanche, je suis favorable à créer les conditions pour que tout le monde puisse réussir en fonction de son seul mérite et non en raison de sa naissance. Cela devrait plaire au libéral que tu es. En effet, toi qui es attaché à l’égalité de traitement, peux-tu envisager une course ou certains partent avec un poids de 50 kg sur le dos? C’est pourquoi il faut que la collectivité « donne plus à ceux qui ont moins », selon l’expression consacrée. Mais il ne s’agit pas de distribuer aveuglément des aides financières, il s’agit de créer les conditions pour améliorer le sort des moins favorisés : construction de logements sociaux, création d’un service public de la petite enfance (car c’est dans les toutes premières années que se joue la réussite scolaire), développement des transports en commun…Toutes choses que le « marché » ne pourra jamais prendre en compte correctement. Une étude de l’OCDE (Intergenerational Social Mobility in OECD European Countries, juillet 2009) montre que la mobilité sociale est facilitée dans les pays où la redistribution des revenus est la plus importante et où les accords entre syndicats et patronat limite les écarts salariaux. Jette un œil à ça… http://www.rue89.com/2010/03/08/cest-desormais-officiel-les-inegalites-sociales-tuent-141864

    « Je ne reviens même pas sur tes raisonnements économiques complètement pipeaux » Le problème avec vous, les libéraux, c’est que vous êtes convaincus de la rigueur scientifique de vos raisonnements, alors que votre représentation de la réalité est complètement faussée. Vous raisonnez comme si le monde était une juxtaposition d’individus rationnels, en ignorant complètement les rapports de force, les rentes de situation …bref le monde tel qu’il est. Dans ces conditions, pas étonnant que vous considériez le marché du travail comme un marché comme les autres.

    « les faits c’est que les salaires augmentent, en moyenne, depuis un siècle » Inflation déduite, le coût salarial moyen (pour un temps plein) a progressé de 44% entre 1976 et 2006, le salaire net moyen de 26%, le salaire net médian (celui tel que la moitié des salariés gagnent plus et l’autre moitié gagnent moins) de 19% et le revenu salarial médian de… 9%. Parce que, entre-temps, le nombre de jours annuellement rémunérés est passé en moyenne de 285 à 264: intérim, CDD et licenciements sont passés par là… 9% en 30 ans, ce n’est pas si glorieux. Il y a fort à parier que sans le SMIC, qui joue le rôle de « voiture balai », cela encore pire… En Allemagne, où il n’y a pas de salaire minimum, on voit se développer des petits boulots payés 5 € de l’heure. Il faut donc travailler plus de 45 heures par semaine pour espérer gagner 1000 €. En période de chômage de masse, est-ce bien raisonnable ?

    « Le chômage est un choix de société, des économistes comme Michel Godet l’ont montré depuis longtemps » Tout d’abord, Michel Godet n’a jamais rien montré, sinon ça se saurait ! C’est gratuit, je te l’accorde d’autant plus que Michel Godet est un peu moins nul que Jacques Marseille ou Pascal Salin (je me souviendrai toujours de ce débat à la télé, où, acculé par un contradicteur, il a dû livrer un exemple de pays où le libéralisme marchait et il a balbutié… « L’Estonie » !).

    « Si le Smic n’existait pas, certains travailleurs seraient payés moins, et, [...] du même coup, certains ne sont pas embauchés parce qu’ils coûtent « trop cher  » » Michel Godet, Emploi: le grand mensonge, éd. Pocket, 1997, p. 152

    Voilà la « démonstration » de Michel Godet…Il pourrait conclure par « ma pauvre dame », pour continuer dans la tonalité « café du commerce » ! Aucune étude sérieuse n’a établi de corrélation entre niveau des salaires et emploi, car le salaire est aussi à la source de la demande, qui permet de développer la production et donc la croissance et donc l’emploi. De plus, dans la mesure où une entreprise est avant tout un collectif (eh oui, un COLECTIF), il est très délicat d’identifier l’apport de chacun à la productivité donc de dire que quelqu’un est payé trop cher par rapport à ce qu’il apporte.

    A bientôt

    Posted 10 mars 2010 at 09:42 | Permalink
  12. LOmiG

    Je ne pense pas que le mérite soit un critère de justice. Je te renvoie à la discussion sous la dernière citation du dimanche qui reprend en partie celle-ci, mais sans partir dans tous les sens.

    Citation du dimanche #171

    Posted 10 mars 2010 at 10:48 | Permalink

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