L’école autrichienne d’économie : l’aboutissement d’un voyage intellectuel – 1/6

Par Pascal Salin, publié le 13/02/2009 sur le site de l’Institut Mises. Traduction : Expression Libre.

Le 1er novembre 2008, Pascal Salin a reçu le prix Gary Schlarbaum pour l’ensemble de son oeuvre consacrée à la liberté. Ceci est une version légèrement remaniée de la conférence qu’il a donnée à cette occasion, d’abord publiée dans Libertarian Papers, un nouveau journal d’études libertarienne publié par l’Institut Mises.

Je ne peux pas commencer ma conférence sans exprimer ma profonde reconnaissance à l’Institut Mises, qui m’honore tellement en me décernant le prix Gary G. Schlarbaum. Et ma reconnaissance va également à M. Gary Schlarbaum qui a si généreusement doté ce prix. Recevoir cette récompense est certainement un des plus grands aboutissements dont je pouvais rêver dans ma vie professionnelle. J’apprécie beaucoup la reconnaissance que vous m’offrez et l’aide que vous me donnez, d’autant plus que je vis dans un pays, mon pays, la France, qui a été la patrie de quelques-uns des plus convaincants des penseurs libéraux, mais qui est maintenant, malheureusement, un des pays les plus socialistes du monde.

Et je me sens honoré parce que j’ai une énorme admiration pour Lew Rockwell et l’extraordinaire travail qu’il a accompli, mais aussi pour les membres de l’Institut Mises et pour tous ceux qui le soutiennent, pour les chercheurs ou les acteurs économiques qui ont compris que des principes clairs étaient essentiels pour le développement pacifique des sociétés et, également, pour leur vie de tous les jours.

L’Institut Mises peut être considéré comme le centre du monde pour ceux qui chérissent la liberté. Je peux témoigner que, en dehors des Etats-Unis d’Amérique, l’Institut Mises apporte une aide intellectuelle unique à tous ceux qui cherchent des analyses rigoureuses pour la défense d’un monde libre et qui pourraient se sentir si isolés – en l’absence d’un tel support – qu’ils pourraient en venir à douter de la validité de leur propre réflexion.

Malheureusement, je n’avais pas entendu parler de l’Institut Mises avant d’être déjà avancé dans ma carrière académique, et je suis un peu jaloux de tous ces jeunes étudiants qui ont la chance unique d’apprendre par le biais des conférences et des publications de l’Institut Mises. Cependant, d’un autre point de vue, j’ai de la chance de ne pas avoir connu l’Institut Mises au début de ma carrière car, dans le contexte intellectuel français, je n’aurais jamais été nommé professeur…

Le titre de ma présentation fait référence à l’école autrichienne d’économie. Plus précisément, je voudrais livrer quelques réflexions fondées sur l’école autrichienne d’économie principalement, mais pas exclusivement, à propos du fonctionnement des systèmes monétaires, un sujet qui a été splendidement exposé au cours du congrès organisé par l’Institut Mises . Mais j’aimerais aussi – comme cela m’a été suggéré – expliquer comment j’ai découvert l’école autrichienne d’économie et tirer quelques enseignements de mon voyage intellectuel dans le monde de la liberté individuelle.

La cohérence de l’école autrichienne d’économie

Pendant de longues années, j’ai été un économiste autrichien sans le savoir. Mais quand j’ai découvert l’école autrichienne d’économie, j’ai été stupéfait, parce que l’économie m’est apparu comme elle devrait toujours apparaitre : non comme un patchwork de théories partielles, de champs d’investigations sans liens entre eux, mais comme un processus de pensée logique basé sur des hypothèses réalistes à propos de l’action individuelle.

L’économie devint cohérente. Comme Mises l’a très justement écrit, « Il n’existe pas des choses comme ‘économie du travail’ ou ‘économie de l’agriculture’. Il y a seulement un corpus économique cohérent ». Il aurait pu ajouter, « Il n’existe pas de choses comme la microéconomie et la macroéconomie ». Ainsi, quand j’ai été sollicité pour écrire un livre sur la macroéconomie, j’ai d’abord été tenté de refuser l’offre. Toute l’économie peut-être déduite d’un simple principe, l’axiome de l’action ou principe de rationalité individuelleMais, j’ai finalement accepté, parce que cela me donnait l’occasion d’exprimer le point de vue selon lequel il est impossible de comprendre ce qu’on appelle les problèmes macroéconomiques – comme l’inflation, le chômage, la croissance – sans se référer au comportement individuel.

Ce qui est fascinant avec l’économie – ou, au moins, avec l’école autrichienne – et qui n’existe pas dans un autre champ de la connaissance, comme la physique ou la biologie – est le fait que toute l’économie peut-être déduite d’un simple principe, l’axiome de l’action ou principe de rationalité individuelle. En physique il peut y avoir un changement de paradigme, une révolution intellectuelle complète qui change complètement les hypothèses de base. Ceci ne peut pas se produire en économie : il est absurde d’essayer de développer une théorie économique basée sur l’hypothèse qu’un être humain n’agit pas ou que les individus sont fondamentalement irrationnels.

Les principes fondateurs de l’économie sont éternels et universels, et il est absurde de croire qu’il puisse y avoir une théorie économique particulière dépendante d’un contexte spatio-temporel particulier (contrairement à ce qu’un professeur français croyait quand il a écrit un livre dont le titre était « L’économie pour les arabes »).

J’ai, depuis longtemps, dispensé un cours sur la théorie des systèmes monétaires et les systèmes monétaires internationaux. Mais, au début du cours, j’avertissais les étudiants : « En faisant ce cours, je n’ai pas pour objectif principal de vous faire apprendre des idées et des faits à propos des systèmes monétaires internationaux. Je veux juste prendre ce cas particulier comme un exemple de la méthode de pensée économique ». Et je leur ai démontré comment, en partant de l’hypothèse que les individus sont rationnels, on pouvait déduire logiquement comment les systèmes monétaires se développent et sont spontanément organisés. Je leur ai expliqué que, pour comprendre pleinement le fonctionnement des systèmes monétaires, ce qui est important n’est pas de se focaliser sur les techniques monétaires, mais d’avoir une théorie cohérente de la concurrence, des monopoles, et des cartels. En d’autres termes, il n’y a pas d’un côté la théorie de la concurrence et de l’autre la théorie des systèmes monétaires. Il y a une seule théorie économique.

Cependant, il y a un phénomène étrange en théorie économique : bien que tous les économistes partent des mêmes hypothèses de base – celles d’individus rationnels capables de faire des choix – il y existe un grand nombre d’écoles économiques différentes (voire complètement opposées). Cela semble être un paradoxe car, si les économistes partent des mêmes hypothèses initiales, et s’ils sont capables de raisonner logiquement, ils devraient arriver aux mêmes conclusions. Il est impossible de comprendre les problèmes dits « macroéconomiques » sans s’appuyer sur les comportements individuels.
Je ne disserterai pas sur ce problème fondamental maintenant. Mais je voudrais souligner ceci : au début des traités et des livres d’économie, on trouve toujours un chapitre sur le comportement des consommateurs, et un sur le comportement des producteurs, comme s’ils étaient deux types de personnes avec des comportements différents. Ceci est en contradiction avec la vision cohérente de Ludwig Von Mises à propos de l’action humaine : un homme est une entité agissante qui agit (ou produit) pour obtenir des gratifications. Mais la pensée économique dominante est pleine de ces incohérences – par exemple en définissant une quantité optimale de monnaie ou en développant une théorie des politiques économiques – et seule l’école autrichienne est rigoureusement cohérente et fidèle aux principes de la théorie économique ou, plus précisément, de la théorie de l’action humaine.
S’il en est ainsi, on pourrait donc légitimement se demander pourquoi l’école autrichienne d’économie n’est pas reconnue purement et simplement comme la source de la théorie économique, par opposition à la simple expression d’opinions, de préjugés et de jugements de valeur. C’est un grand mystère. Mais une explication pourrait être trouvée dans le fait que l’école autrichienne, justement, est en décalage avec les préjugés communs et les gens ne peuvent accepter cela. Mais, paradoxalement, au lieu de reconnaitre le caractère scientifique de l’école autrichienne, ils reprochent souvent à son approche d’être idéologique.

Lire la suite : Mon cheminement vers l’Ecole Autrichienne

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  1. By Expression Libre on 12 février 2010 at 13:45

    [...] La cohérence de l’Ecole Autrichienne [...]

  2. By Expression Libre on 16 février 2010 at 09:18

    [...] parle du système monétaire. Vous pouvez lire d’abord, si ce n’est pas déjà fait, la première partie, la deuxième, ou la troisième [...]

3 Comments

  1. Dimitri

    Le début d’une longue et belle série !

    Merci

    Posted 5 février 2010 at 10:42 | Permalink
  2. LOmiG

    Oui, c’est une très belle conférence, très conforme à l’image que j’ai de Pascal Salin. Honnête et direct, passionné par son sujet. C’est lui qu’il faut remercier, et toi de m’avoir mis en contact avec lui !

    Posted 5 février 2010 at 14:11 | Permalink
  3. jugurta

    salut lomig,

    on a hâte d lire la suite.

    Posted 7 février 2010 at 12:39 | Permalink

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