Le contrat social ne doit lier que des individus qui le concluent unanimement entre eux. Ils s’unissent alors en société pour leur conservation, leur sûreté mutuelle, la tranquillité de leur vie, pour jouir paisiblement de ce qui leur appartient en propre, et être mieux à l’abri des insultes de ceux qui voudraient leur nuire et leur faire du mal. Chaque particulier convenant avec les autres de faire un corps politique, sous un certain gouvernement, s’oblige envers chaque membre de cette société de se soumettre à ce qui aura été déterminé par le plus grand nombre et d’y consentir, les autres demeurant selon leur volonté dans l’état de nature par rapport aux premiers. Dans l’état de nature, chaque individu a droit de faire exécuter les lois de la nature et de punir les coupables qui les ont violées.
Cette liberté par laquelle l’on n’est point assujetti à un pouvoir absolu et arbitraire est si nécessaire, et est unie si étroitement avec la conservation de l’homme, qu’elle n’en peut être séparée que par ce qui détruit en même temps sa conservation et sa vie. Or, un homme n’ayant point de pouvoir sur sa propre vie ne peut, par aucun traité, ni par son propre consentement, se rendre esclave de qui que ce soit, ni se soumettre au pouvoir absolu et arbitraire d’un autre, qui lui ôte la vie quand il lui plaira.
La liberté individuelle s’exerce même dans le droit dont dispose chaque individu de choisir sa société. Ceux qui veulent nous persuader que ceux qui sont nés sous un gouvernement y sont naturellement sujets et n’ont plus de droit et de prétention à la liberté de l’état de nature, ne produisent d’autres raisons que celle-ci, savoir que nos pères ayant renoncé à leur liberté naturelle, et s’étant soumis à un gouvernement, se sont mis et ont mis leurs descendants dans l’obligation d’être perpétuellement sujets à ce gouvernement-là. Mais nul ne peut, par aucune convention, lier ses enfants ou sa postérité. Hors d’un contrat donnant-donnant, aucun acte du père ne peut plus ravir au fils la liberté qu’aucun acte d’aucun autre homme peut faire.
John Locke (1632 – 1704), Deuxième traité du gouvernement civil, 1690
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2 Comments
« Le contrat social ne doit lier que des individus qui le concluent unanimement entre eux » Tout est dit ! Le pouvoir des uns ne peut contraindre les autres sans leur consentement exprès. Quatre siècles plus tard, on aimerait bien que ce précepte de bonne logique soit respecté ! Que de chemin parcouru à l’envers !..
Salut René ! Tout est dans le mot « unanime ». Les libéraux « purs et durs » n’acceptent pas que l’on en déroge, et les autres – mêmes libéraux – concoivent qu’on puisse contraindre au nom du bien collectif (dont j’admet qu’il est forcément arbitraire). Cela souligne aussi l’importance du « jeu de valeurs communes » qui permet au « collectif » de jouer, sans trop écraser les individus…
Pas simple !