Le grand problème est de savoir si cette nouvelle exigence d’égalité n’est pas en conflit avec l’égalité des règles de juste conduite que le gouvernement est tenu d’imposer à tous dans une société libre. Il y a évidemment une grande différence entre un pouvoir à qui l’on demande de placer les citoyens dans des situations matérielles égales (ou moins inégales) et un pouvoir qui traite tous les citoyens selon les mêmes règles dans toutes les activités qu’il assume par ailleurs. Il peut en vérité surgir un conflit aigu entre ces deux objectifs. Comme les gens diffèrent les uns des autres en de nombreux attributs que le gouvernement ne peut modifier, celui-ci serait obligé de traiter chacun fort différemment des autres pour que tous obtiennent la même situation matérielle. Il est incontestable que pour assurer une même position concrète à des individus extrêmement dissemblables par la vigueur, l’intelligence, le talent, le savoir et la persévérance, tout autant que par leur milieu physique et social, le pouvoir devrait forcément les traiter de façon très dissemblable pour compenser les désavantages et les manques auxquels il ne peut rien changer directement. Et d’autre part, la stricte égalité des prestations qu’un gouvernement pourrait fournir à tous dans cet ordre d’idées conduirait manifestement à l’inégalité des situations matérielles résultantes.
Friedrich Hayek (1899 – 1992)
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Le grand problème est de savoir si cette nouvelle exigence d’égalité n’est pas en conflit avec l’égalité des règles de juste conduite que le gouvernement est tenu d’imposer à tous dans une société libre. Il y a évidemment une grande différence entre un pouvoir à qui l’on demande de placer les citoyens dans des situations matérielles égales (ou moins inégales) et un pouvoir qui traite tous les citoyens selon les mêmes règles dans toutes les activités qu’il assume par ailleurs. Il peut en vérité surgir un conflit aigu entre ces deux objectifs. Comme les gens diffèrent les uns des autres en de nombreux attributs que le gouvernement ne peut modifier, celui-ci serait obligé de traiter chacun fort différemment des autres pour que tous obtiennent la même situation matérielle. Il est incontestable que pour assurer une même position concrète à des individus extrêmement dissemblables par la vigueur, l’intelligence, le talent, le savoir et la persévérance, tout autant que par leur milieu physique et social, le pouvoir devrait forcément les traiter de façon très dissemblable pour compenser les désavantages et les manques auxquels il ne peut rien changer directement. Et d’autre part, la stricte égalité des prestations qu’un gouvernement pourrait fournir à tous dans cet ordre d’idées conduirait manifestement à l’inégalité des situations matérielles résultantes.
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15 Comments
D’où la question de fond, la seule qui vaille, et qui se pose à quiconque réfléchit sur le rôle de l’Etat : le but légitime de celui-ci est-il de rendre tous les citoyens égaux matériellement et dans leur situation sociale, ou de garantir de manière égale à tous les citoyens les moyens d’atteindre leur but par eux-mêmes ? C’est tout le gouffre qui sépare les étatistes des libéraux : les seconds font confiance à l’Homme et le respectent, les premiers le traitent comme un incapable et se proposent de faire son bonheur à sa place et malgré lui. Sans compter que ceux-là décident eux-mêmes, par définition, de ce qui doit être le bonheur des autres. Inacceptable pour qui respecte l’Homme. Inacceptable comme définition de l’égalité. Inacceptable quand on se prétend respectueux de la liberté. Inacceptable tout court…
Bonjour,
Pour illustrer mon accord avec le commentaire de René j’ ajoute cette citation de Benjamin Constant : « Que l’État se contente d’être juste. Nous nous chargeons d’être heureux ».
Enfin, la phrase du texte d’ Hayek selon laquelle « le gouvernement (…) serait obligé de traiter chacun fort différemment des autres pour que tous obtiennent la même situation matérielle » me fait penser aux courses hippiques et plus particulièrement aux courses de galop avec handicap.
Pour obtenir une course disputée ( c’ est à dire plus égalitaire ) le handicapeur en fonction des bonnes ou mauvaises performances obtenues lors des courses précédentes attribue à chaque cheval un certain poids que ce dernier va devoir porter tout au long de la course.
Voilà une citation qui pose une question pertinente. A mon avis, le rôle de l’État, c’est de niveler les inégalités, car ces inégalités sont très souvent déterminées à la naissance. On naît riche, on évolue dans un univers cultivé ou on naît pauvre, dans un univers de survivance qui ne se permet pas le loisir de la culture. Ne pas adapter l’action de l’État à ce état de fait, c’est accepter de perpétuer l’inégalité entre les différentes classes sociales sans permettre aux uns de rattraper les autres. Je comprends tout à fait cette pensée libérale mais pour moi le rôle de l’État, c’est de donner à tous les mêmes chances, et cela passe malheureusement par une aide spécifique aux plus démunis.
@ manu Je suis absolument en désaccord avec cette idée. Ce n’est pas le rôle de l’état de spolier les uns pour saupoudrer le produit du rapine sur les autres. « L’ascenseur social » dont vous parlez sans le nommer ainsi, n’est pas du rôle de l’Etat, mais du seul rôle des individus concernés. L’Etat n’est là que pour leur permettre de parvenir à cette ascension, en leur garantissant leurs libertés face à plus puissant qu’eux, et leur sécurité. Point final. Aller au-delà, c’est « voler les riches pour donner aux pauvres ». Voler copieusement les pseudo-riches pour donner des miettes aux pseudo-pauvres.
Je serais d’accord avec vous si tous naissaient avec les mêmes « options », mais la naissance détermine grandement la vie d’un citoyen. Ce ne sont pas encore toujours la qualité, ou le travail qui déterminent la vie d’une personne, mais souvent simplement sa naissance et ne pas permettre l’ascenseur social c’est priver certains de liberté. Et je ne parle pas de spoliation, ni de vol, je ne suis d’ailleurs pas un « redistributeur » acharné comme il en existe beaucoup, mais il en faut, à petite dose pour justement éviter la spoliation.
Si tous naissaient avec les mêmes « options », la question ne se poserait presque pas… Vous n’employez pas les mots « spoliation » ni « vol », mais ce que voous dites revient à ça. De quel droit disposer que ce dont tel individu dispose à sa naissance, même si c’est plus que ce dont dispose certains de ses voisins, doit lui être confisqué pour leur être « redistribué » ? Au nom de quelle « égalité » ? L’égalité, ce n’est pas l’identité. L’égalité, ce n’est pas avoir automatiquement autant que les autres. L’égalité, c’est d’avoir les mêmes possibilités que les autres d’agir. L’autre égalité, celle dont vous parlez et que j’appelle, moi, identité, est contre nature. Les êtres ne sont pas égaux, et pas seulement sur le plan de ce qu’ils possèdent. Le rôle de l’Etat n’est pas de jouer au Bon Dieu. Il n’en d’ailleurs pas capable…
salut à tous, et merci pour vos commentaires ! J’ai repris il y a quelques jours la lecture de Droit, Législation et Liberté, et je suis tombé sur cette citation. Les commentaires de manu me font penser à la suite directe dans le livre, aussi je vous la recopie : Il s’agit d’un petit sous-chapitre qui parle de l’égalité des chances. Hayek après avoir rappelé qu’il y avait beaucoup d’arguments « en faveur de la fourniture publique, sur une base égalitaire, des moyens d’instruction pour les mineurs qui ne sont pas encore pleinement des citoyens responsables », précise que cela ne suffirait pas à créer une réelle égalité des chances (ce qui n’est pas une raison pour ne pas le faire) :
@ Manu : je réagis à ton premier commentaire. Tu dis « A mon avis, le rôle de l’État, c’est de niveler les inégalités, car ces inégalités sont très souvent déterminées à la naissance. »…le premier rôle de l’Etat, c’est de garantir aux citoyens la liberté et la sécurité (ou sûreté), conformément à la déclaration des droits de l’homme de 1789. Cela se fait notamment par le biais d’une stricte égalité devant la loi. pas de citoyens de seconde zone.
Le problème de ces revendications à plus d’égalité matérielle, comme le souligne Hayek, c’est qu’elles sont contradictoires avec le souci d’égalité devant la loi. C’est ce qu’explique Hayek. Il ne porte pas un jugement moral sur les motivations d’untel ou d’untel, il explique que la demande d’égalité vient forcément empêcher – en partie – la demande d’égalité de traitement des citoyens. C’est tout le problème de la discrimination positive…
Et puis, c’est quoi, ce concept nouveau d’égalitarisme forcené ? Il me semble que dans la Déclaration des DRoits de l’homme ET DU CITOYEN (on l’oublie trop souvent), il est dit que nous naissons libres et égaux EN DROITS et non de fait.
En fait, on voit bien ce qui se camoufle (mal) derrière cette prétendue soif de justice et d’égalité, c’est le désir que personne, nulle part, ne puisse avoir plus que moi. Si moi j’ai tout de juste de quoi subsister qu’importe, du moment que mon voisin connaît la même situation. Mais qu’il puisse, lui, avoir du fromage ET du dessert, ça c’est insupportable.
En clair, cela s’appelle du ressentiment et conduit tout droit à la tyrannie.
L’égalitarisme, c’est le nivellement par le bas… Les inégalités entre individus sont NATURELLES, et SOUHAITABLES ! En tout cas, le rôle de l’Etat n’est pas d’y pallier. Il serait totalement anormal, et insupportable, que l’Etat IMPOSE une égalité de fait. Son seul DEVOIR est en effet l’égalité DE DROITS, ce qui implique de sa part la garantie de la sécurité pour les citoyens. Le reste, c’est de l’ABUS DE POUVOIR.
Salut Didier, merci pour ton passage. Oui : par flemme j’ai écrit Droits de l’homme, et j’ai omis « et du citoyen ». Bien sûr que c’est l’égalité en droits qui compte. Le reste, même partant de bon sentiments, est de l’utopie socialiste reformulée…
C’est justement l’apport d’Hayek, que d’avoir montré que des termes comme « justice sociale », ou « égalité des chances », ou « socialisme » n’avaient aucun sens cohérent, et conduisaient, dans leur logique d’application, à du totalitarisme.
à bientôt
Bien sûr que les inégalités sont souhaitables, et non je ne veux pas que tous aient les mêmes revenus, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Je dis simplement que s’il n’y a aucun nivèlement « forcé », notre société va se diviser entre ceux qui ont et ceux qui n’ont pas, et cette division va être de plus en plus importante. Par contre, à la différence de mes deux compères, je pense que celui qui se plante dans sa vie n’a qu’à se démerder, je ne suis pas du tout pour l’assistanat, mais pour l’aide aux plus démunis pour leur permettre d’accéder à un toit et un repas. Ensuite, un aide financière permettant à chaque gamin de se cultiver, faire des études. Je parle donc principalement d’aides à la famille et aux vraiment très pauvres.
Ce dernier commentaire me paraît déjà plus raisonnable ! Mais peut-être avais-je mal interprêté les précédents ?… J’ai commencé sur mon blog une série de billets intitulés de manière sérielle « Quelle réforme pour… » même si je manque cruellement de temps pour mener cette entreprise à bien dans des délais raisonnables. Vous y trouverez mes positions sur un certain nombre d’aspect de l’organisation d’une société qui laisserait sa place entière à l’Homme, à sa liberté et donc à son entière responsabilité, et sur le rôle naturel et légitime de l’Etat. Et ce que j’apprécie particulièrement sur « Expression Libre », c’est l’apport de Lomig, en termes de références littéraires et de philosophie au sens large, à une réflexion sérieuse sur le sujet.
D’accord avec René ! Et d’accord avec toi, manu : je suis d’accord avec une aide « aux plus démunis pour leur permettre d’accéder à un toit et un repas. Ensuite, un aide financière permettant à chaque gamin de se cultiver, faire des études. »
à la seule, mais importante condition, que ces aides soient valables pour tous de la même manière. C’est à dire en conservant l’égalité des citoyens devant la loi. C’est l’idée du revenu minimum universel mis en avant par Alternative Libérale. Quant à l’éducation pour tous, il me semble évident qu’elle est une nécessité impérieuse.
Je suis en désaccord, par contre, avec cette phrase : « Je dis simplement que s’il n’y a aucun nivèlement « forcé », notre société va se diviser entre ceux qui ont et ceux qui n’ont pas, et cette division va être de plus en plus importante. »
Je ne crois pas que cela soit vrai : la société ne se divise pas sans nivèlement forcé. Elle progresse vers le haut (tout le monde) avec des disparités de plus en plus marqués. Le choix est entre vivre dans une société inégalitaire, mais riche, ou dans une société égalitaire, mais pauvre. j’ai fait mon choix.
D’accord avec Lomig : j’avais oublié de relever ce point.