On continue sur l’affaire Zemmour. Aujourd’hui, je voudrais partager avec vous deux vidéos : l’une du président de la LICRA (Alain Jakubowicz), l’autre de Philippe Bilger, avocat général auprès de la cour d’appel de Paris. J’y vois les deux facettes du débat sur la liberté d’expression. Deux hommes intelligents, mais avec l’un qui prône au final une forme de restriction de la liberté d’expression pour de mauvaises raisons, et l’autre qui milite pour une liberté d’expression réelle, pour de bonnes raisons.
Un des commentateurs réguliers et valeureux de ce blog, Pap, m’a transmis l’adresse de la vidéo de l’interview de Jakubowicz. C’est un homme visiblement plein de finesse, mais dont je ne partage pas l’approche. Je vous laisse la découvrir.
Son argumentaire pourrait être cohérent, s’il s’en tenait à la critique du caractère un peu caricatural, et peu étayé des propos de Zemmour. Du type : « on n’a pas les statistiques, alors ne faisons pas de jugement à l’emporte-pièce ».
Mais ce n’est pas son propos. Alain Jakubowicz ne reproche pas à Zemmour de dire que les trafiquants sont majoritairement noirs ou arabes, il lui reproche de sous-entendre que l’explication pourrait résider dans la race ou dans la religion des délinquants en question. Ce ne sont pas la simplification et la caricature qui gênent M. Jakubowicz, c’est le choix de l’argument. La race, ou la religion, ou la culture ne sont donc pas des explications recevables pour M. Jakubowicz. Soit. Mais dans la foulée, il nous donne l’explication qui est la bonne, selon lui, et donc la seule recevable : c’est le fait d’être issu de milieux pauvres qui explique la délinquance. La pauvreté comme explication de la violence, mais pas la race, ou la culture, ou la religion.
Voilà le fond de la question : La LICRA, par la voie de son président, n’accepte que certaines pistes d’explication, et pas les autres. Les pistes non-recevables sont à interdire. C’est ce qu’on appelle la liberté d’expression à géométrie variable. Ou plus justement : de l’auto-censure.
La liberté d’expression consiste à défendre, y compris pour ceux avec qui l’on n’est pas d’accord, le droit de dire ce qu’on veut. Je suis pour que Zemmour puisse dire ce qu’il veut librement, et pour que chacun ait le droit de venir prouver, arguments à l’appui, en quoi ses raisonnements sont faux ou vrais.
Cela me fait penser à la très belle réponse d’Yves-Marie Laulan à la tribune de Caroline Fourest :
Choqué, car vous reconnaissez explicitement que les propos de Monsieur Zemmour (que je trouve pour ma part excessifs et volontiers provocateurs) sont fondés. Mais, dans une même haleine, vous lui contestez le droit de le dire publiquement. Cela s’appelle, chère Mademoiselle Fourest Caroline, la négation de la liberté d’expression, pourtant base du beau métier de journaliste et l’appel à la censure, caractéristique des régimes totalitaires.
Caroline Fourest, et les associations anti-racistes qui voudraient faire taire Zemmour sont exactement dans ce que décrivait Boudon, à propos du conformisme (on dirait aujourd’hui « politiquement correct ») :
En fait, le conformisme dans les régimes « libéraux », qui ne saurait être confondu avec le conformisme totalitaire, se caractérise par trois traits. Il s’en tient à l’implicite et préfère présenter ses dogmes comme des évidences « scientifiques », comme on le voit par l’exemple des diverses idéologies qui ont cours dans l’ordre pédagogique ou économique. En deuxième lieu, la défense du conformisme n’est pas directement assumée par l’Etat. Les « listes noires », l’étouffement par le silence remplacent le camp de concentration. En troisième lieu, la censure du point de vue cognitif constitue moins un mécanisme de répression qu’un mécanisme d’inhibition. Elle appauvrit le champ des possibles parmi lesquels notre esprit pourrait exercer sa capacité d’élection. Elle ne nous interdit pas telle pensée, elle nous détourne de nous y arrêter. Elle surveille plus qu’elle ne punit. Comme elle n’est pas strictement centralisée, elle procède par addition de biais cumulatifs, qui produisent un consensus sur des « croyances négatives » plutôt que sur des « croyances dogmatiques ».
Jakubowicz, et la LICRA sont donc dans le rôle explicitement présenté comme étant de « surveillance », et ils en appellent à un allié (le CSA) pour le côté plus répressif. Belle alliance pour casser la liberté d’expression. Et pour adjoindre au travail de censure, celui de l’autocensure. La LICRA participe d’une ridicule chasse au politiquement incorrect.
Je rejoins Bilger pour dire qu’il faut des statistiques ethniques, et qu’il est scandaleux de faire un scandale des propos d’Eric Zemmour.
Défendre la liberté d’expression. C’est simple : Eric Zemmour a probablement été caricatural, et il n’a probablement pas les données factuelles permettant de conclure. De plus, l’explication de la violence, de la délinquance, passe à mon avis forcément par une analyse complexe, multi-facteurs, qui n’est possible qu’avec des statistiques de qualité. Cela constitue des arguments pour argumenter, débattre, discuter. Certainement pas des arguments pour le faire taire.
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Tagged: Alain Jakubowicz, Autocensure, Censure, Eric Zemmour, Philippe Bilger, Polémique, Statistiques ethniques





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[...] comportement du journaliste me rappelle celui de Claude Askolovitch quand il avait interviewé Philippe Bilger au moment de l’affaire Zemmour. Il cherche – au lieu d’écouter son interlocuteur [...]
[...] comportement du journaliste me rappelle celui de Claude Askolovitch quand il avait interviewé Philippe Bilger au moment de l’affaire Zemmour. Il cherche – au lieu d’écouter son interlocuteur [...]
4 Comments
Bon, il faut des statistiques éthniques, pourquoi pas, mais pour en faire quoi ? Ensuite, si vous pensez que l »éthnie ou la culture influence la criminalité, vous êtes libres de le dire, alors pourquoi ne le faites vous pas ?
salut zozo, mais je le pense et je le dis. La culture et la religion (pour l’ethnie je n’en sais rien) influencent forcément la criminalité. Ce lien n’est pas forcément un lien fort, et il y a forcément de multiples causes à la violence (je placerai d’ailleurs le manque affectif et éducatif en première position). On peut par exemple être pauvre, musulman de culture, et recevoir une éducation qui interdit la violence, qui favorise l’émancipation de l’individu, et recevoir de l’amour. Dans ce cas, à mon avis, les individus ne seront pas plus violents que d’autres. Cela ne permet pas de déduire que l’islam ou la pauvreté n’ont pas de rapport avec la violence…
mais toi, qu’en penses-tu ?
Après la Halde, il va falloir s’occuper du CSA !
@ Lolik : d’accord ! Comme nous allons bientôt clore la pétition contre la HALDE, nous pourrons nous lancer dans un autre combat…! Pour info, l’UNI qui a lancé une pétition de soutien à Zemmour, a récolté 18000 signatures en 3 jours. C’était un bon thème…!